LE Château d'Elvira (suite et fin)

25/03/2010 21:58 par vinny53poesie

n Alors où en es-tu ma belle ?

n Je suis libre à partir d’aujourd’hui, mais je suppose que tu le sais déjà !

n Oui, j’espère que ça te fait plaisir, que vas-tu faire maintenant ?

n Ben justement, j’aurais besoin de toi pour un travail, des papiers et un logement.

n Hum oui je vois, bon ne bouge pas j’ai un coup de fil ou deux à donner et je reviens.

n Ok ! je t’attends !

Elle commençait à se demander qui était cet homme qui semblait tout pouvoir, à qui nul ne résistait et qu’elle croyait connaître. Son regard balaya l’assemblée, on la dévisageait avec considération et déférence. Les hommes n’osaient s’attarder sur sa personne comme si elle eût été « chasse gardée ». Les femmes les plus séduisantes la fusillaient de jalousie. Seul Danny semblait échapper à l’obsession générale, il la servit tranquillement avec un sourire à la fois commercial et empathique. Elle trouvait le temps long, il lui semblait qu’une heure s’était écoulée depuis le départ de Tony mais en regardant sa montre au bracelet d’or qu’il lui avait offert, elle constata qu’il n’était sorti que depuis dix minutes. Le brouhaha redoublait et chaque nouvel arrivant la scrutait comme une curiosité malsaine, elle se sentait salie, dénudée, abîmée et surtout humiliée par ces gens qui prenaient l’allure de visiteurs d’un zoo dont elle serait devenue l’attraction principale. Elle sirotait son verre, s’efforçant d’oublier ce qui se passait autour d’elle, la tête baissée et l’esprit habité par celui qui se faisait de plus en plus désiré. Au bout d’un certain temps, un curieux plus audacieux que les autres, vint lui demander si elle était la petite amie de Tony, elle répondit que non, ils étaient amis, sans plus, l’homme sembla s’en satisfaire et retourna à sa table. Après ces douloureuses minutes interminables, Tony revint de son périple téléphonique. :

n C’est bon ! (lança-t-il,) j’ai tout ce qu’il te faut ! Tu aimes la vente ?

n Euh… je ne sais pas je n’ai jamais rien vendu avant !

n Tu aimeras, il s’agit d’un magasin de prêt-à-porter en plus tu pourras bénéficier de quelques robes à des tarifs très intéressants.

n Waw ! C’est génial ! Et pour le logement !

n Tu peux garder ton appart, il est à toi !

n A moi, comment ça ?

n Je te l’ai acheté !

n Tu as fait ça ? Pourquoi ?

n Ben, il te plaisait non ?

n Oui mais tu n’aurais pas du !

n Bah ! C’est rien, ne t’en fais pas !

n Tu es fou, ou tu es très riche !

n A toi de choisir ! Bon pour le job présente toi dès lundi à Madame Bergaud au magasin «  Vêtimode » dans le 7ème arrondissement rue Vaneau près de l’Hôtel Matignon.

n Tu es vraiment très gentil, pourquoi tu fais tout ça pour moi.

n Parce que si je ne le fais pas, qui le fera ?

n Qu’est ce que je peux faire pour te rembourser ?

n T’inquiète, tu trouveras un moyen le moment venu !

Elle le gratifia d’un long baiser sur la joue, puis sortit du café où elle se sentait si malheureuse et décida de déambuler à travers les rues. Elle pensait que cet homme était vraiment un ange, mieux que ça il lui apparaissait comme un magicien qui réglait tout d’un coup de baguette magique. Quelqu’un lui faisait du mal, aussitôt Tony s’en occupait et elle était délivrée. Elle était dans le besoin, il lui suffisait d’appeler Tony et il se chargeait de tout. Si elle éprouvait de la tristesse, de la peur, elle se réfugiait dans ses bras et tout disparaissait, oui c’était un Vrai Magicien et elle bénissait le ciel de l’avoir rencontré. Mais pourquoi faisait-il cela, que pouvait-il bien attendre en retour ? Il ne l’avait même pas touché, combien de fois avait-il payé pour passer du temps avec elle et elle s’était retrouvée comblée de cadeaux, de robes somptueuses, de places de théâtre, d’opéra, de bijoux, de fleurs et tout cela sans lui avoir livré son corps. Elvira ne s’expliquait pas les attentions désintéressées de ce bellâtre si bon et si fort à qui rien ni personne ne résistait et qui semblait prêt à tout pour satisfaire ses moindres désirs. Ce que la jeune femme ignorait c’est que dix ans auparavant Antonio Lacosta n’était qu’un fils d’émigré parmi tant d’autres. Recueilli par un oncle qui faisait fortune par le soutien de gens peu scrupuleux, Antonio avait grandi sur les valeurs du système D, celui de la rue qui lui avait permis de prendre place au sein des familles les plus aisées de la capitale. Ses parents restant indifférents au sort de leur rejeton, seul le « fameux tonton » attachait de l’importance à l’essor de ce garçon prometteur. Tony brillait par l’aura qu’il dégageait, il séduisait, envoûtait, obtenait tout ce qu’il voulait et ceux qui peu nombreux, lui résistaient avaient l’habitude de disparaître dans la nature. Marié à la fille d’un industriel belge pendant deux ans, la pauvre femme victime d’une grave dépression végétait depuis plus de cinq ans dans un asile psychiatrique privé dont Tony divorcé depuis lors, continuait malgré tout de verser les sommes nécessaire à ses soins, veillant à ce qu’elle ne manquât de rien. Tout cela constituait sans doute une partie des raisons qui incitaient cet homme à se montrer bienveillant à l’égard d’Elvira.

Lorsqu’elle se présenta à madame Bergaud, Elvira se sentit aussitôt à l’aise, cette élégante quadragénaire, loin de se complaire dans un système d’intimidation lui recommanda de l’appeler par son prénom, Lise, lui précisant qu’elle n’exigeait qu’une seule chose de ses collaborateurs, l’honnêteté. Lise signifia donc à Elvira qu’elles travailleraient ensemble avec une autre vendeuse, qu’elle lui présenta et que ce travail d’équipe ne tolérait pas la compétition néfaste qui ne pourrait qu’engendrer les rivalités au sein du magasin. Cette ambiance différait totalement de celle qu’elle avait connu jusque là. Certes le salaire qu’on lui délivrait semblait très loin de ce que lui offrait madame Iris mais la dignité et la respectabilité valaient bien le sacrifice. Elvira apprit progressivement son travail, la façon d’accueillir, de conseillers et de servir les clientes, ainsi que la méthode pour répondre sincèrement sans blesser tout en se faisant respecter. Au bout de cette première journée, Lise se félicitait d’avoir répondu « oui » à Tony qu’elle connaissait depuis quelque temps déjà et qui ne l’avait jamais déçu. En sortant du magasin vers 19h35, la jeune roumaine se sentit libre comme jamais. Elle avait l’impression de devenir une petite française comme les autres, dotée, il est vrai, d’un délicieux accent des Balkans mais autorisée à marcher dans les rues sans honte et sans la moindre gêne de pouvoir avouer son métier. N’était ce pas cela le véritable rêve de la petite fille de Pitesti, vivre au grand jour du fruit de son travail, être aimée, respecter, pouvoir aller où elle voulait sans avoir de comptes à rendre. La providence veillait sur elle, une providence forte et bien séduisante qui répondait au prénom d’Antonio et quelle voulait d’ores et déjà appeler « son Tony ». Le lendemain se déroula presque à l’identique. Elvira prit plaisir à travailler aux côtés de Eléonore. Celle-ci avait approximativement le même âge, gentille, douce parfois un peu intransigeante en ce qui concernait l’émigration. Elle s’ingéniait à dire que le gouvernement manquât de fermeté envers ceux qui comme elles disaient « viennent s’enrichir aux dépends des plus pauvres dans ce pays », sans réaliser à qui elle adressait ces mots qu’Elvira recevaient comme des gifles de reproches, pour elle qui n’était ici que pour survivre. Eléonore pourtant n’avait pas la moindre animosité à l’égard de la petite Roumaine qu’elle appréciait même tant sur le plan de son travail que pour ses qualités humaines. Naturellement seule Lise Bergaud connaissait le passé d’Elvira, Tony lui en avait décrit les grandes lignes sans la mettre au courant de tous les détails sinistres. Ce deuxième jour fut un tournant pour la jeune femme, on lui permit de servir seule une cliente sans l’assistance de l’une ou l’autre. Lise l’épiait du coin de l’œil non par méfiance mais pour s’assurer que tout se déroulait parfaitement. En constatant le sourire satisfait de la cliente réputée pour ses caprices et son caractère désagréable, elle comprit que sa nouvelle vendeuse avait toutes les qualités requises pour ce travail. Après cela elle la laissa s’occuper de toutes les clientes qui se présentaient à elle, se permettant même parfois de l’envoyer seconder Eléonore pour les cas difficiles. Le trio fonctionnait à la perfection, les trois femmes devinrent rapidement amies et il n’était pas rare de les apercevoir dans un bar après la fermeture riant de bon cœur ou se moquant des hommes empressés qui s’acharnaient à leur faire la cour. Au bout de deux semaines on ne distinguait plus la patronne des autres vendeuses, elles pratiquaient le tutoiement, en collectionnant les blagues de fillettes autant que les histoires salaces qu’affectionnent les femmes en petit comité. Un soir alors qu’elles plaisantaient sur le manque de prouesse de certains de leurs amants, Elvira dut tricher, ses amants étant si particulier qu’elle n’avait même pas su ni les apprécier ni les critiquer au sujet de leurs performances. Seul Axel, cet homme charmant et attentionné qui l’avait plongé dans l’extase lui laissait un souvenir délicieusement impérissable. En racontant cette nuit mémorable, le rouge lui montait aux joues, ses mains tremblaient, son front suintait, elle ressentait des vibrations à travers tout son être. Les autres la regardaient avec un émerveillement mêlé à la gêne de découvrir une partie très intime de sa vie. Elles l’enviaient, prétextant n’avoir jamais vécu cela, même si elles avaient connu l’amour, et le plaisir puissant, elles avouaient n’avoir jamais eu d’orgasme et cela les éblouissait. Et puis se laissant aller aux confidences, et sans le vouloir elle livra son désir de sortir avec Tony. Là, les regards s’accrochaient à ses lèvres devinant des secrets inavoués. Elle leur raconta sa rencontre avec lui, la façon dont tout s’était déroulée, Lise voulait intervenir mais Elvira protesta si énergiquement que la patronne se tut. On pouvait craindre la réaction de Eléonore, mais au lieu d’émettre un jugement, celle-ci versait des larmes, touchée par la rencontre qu’on lui décrivait, devenant admirative devant le courage qu’il avait fallu à sa nouvelle amie pour se libérer du joug de son ancien métier. Elle voyait en Tony une sorte de prince charmant plein de tact et de respect, dont il ne fallait absolument pas qu’Elvira se sépare et qu’il devait être très amoureux d’elle pour l’avoir traitée de la sorte. Eléonore s’appliquait à convaincre son amie qu’elle devait faire le premier pas vis-à-vis de Tony, et que si jamais sa démarche s’avérait être un échec, elle aurait au moins tenté, cela valait mieux que le doute. Elvira se sentait comme une petite fille qui reçoit les conseils de ses aînés. Elle redoublait de « ah bon ! » et de « Tu crois ! » de manière incrédule. La soirée se termina en danse et en chansons plus ou moins paillardes, chacune enseignant aux deux autres les « trésors » de sa région ou de son pays. Lorsque vint le tour de la jeune roumaine elle traduisait chaque expression avec malice et gêne tout en se laissant partir dans un rire déchaîné si contagieux que ses camarades la suivirent. L’alcool et l’ambiance qui les entouraient activaient cette folie saine et amicale qui les habitait. Elles se rapprochaient de plus en plus ce qui permit à Elvira de s’apercevoir qu’elle venait de se constituer des amies pour la première fois depuis longtemps.

 

Au moins deux fois par semaine, Elvira allait à la rencontre de Volodia, sa nouvelle compagne et compatriote à la fois. Elle avait par trois fois solliciter les faveurs de Tony pour qu’il sorte la jeune femme de chez monsieur Vladimir, mais ses efforts furent, hélas, vains. Mais voici que les journaux annonçaient la mort suspecte d’un trafiquant notoire et proxénète de surcroît, d’origine russe. En entendant cela Elvira s’était aussitôt renseigné et les renseignements qu’elle détenait confirmaient ce qu’elle soupçonnait déjà, il s’agissait bel et bien de Vladimir kinski. Elle était accourue auprès de Volodia pour lui signifier qu’elle était libre à présent et qu’elle devait expressément quitter, non seulement son trottoir mais aussi tout ce qui la liait de près ou de loin avec Kinski et son organisation. Ensuite elle l’avait hébergé et par faveur plus que par nécessité Lise Bergaud lui avait offert une place de vendeuse manutentionnaire. Elvira savourait cette petite victoire sous forme de sauvetage et elle n’appréciait que davantage de compter désormais une amie de plus au sein de son groupe. Cela lui donnait l’impression de gérer son cercle, elle voulait les protéger, les couver, les garder au chaud comme si elles avaient été ses enfants. Cette forme de maternage la stimulait, mieux même, la rassurait et surtout lui donnait de l’importance et la renforçait. C’était si bon de sentir leur présence quasi permanente puisqu’elles ne se quittaient presque plus, passant leurs journées de travail ensemble, les soirées et les jours de repos. Il ne manquait plus pour son bonheur que la présence de Tony, son gardien, son « homme », car dans son esprit il s’agissait bien de cela. Oh comme elle aurait été heureuse de pouvoir se promener à son bras, lui présenter ses merveilleuses amies, faire la fête tous ensemble, et pourquoi pas l’épouser un jour et lui donner de beaux enfants. Mais le fils Lacosta ne semblait pas l’entendre de cette oreille, il n’intervenait que pour secourir sa belle lorsqu’elle venait le supplier, autrement il ne se manifestait jamais. En attendant de trouver un logement Volodia résidait chez Elvira qui s’efforçait de rendre la vie de sa nouvelle amie plus paisible. Volodia ignorait tout de la façon dont les transactions s’étaient déroulées pour lui permettre d’obtenir la place dans le magasin de Lise. Elvira avait du sacrifier la moitié de son salaire, non pas pour des raisons mesquines émanant de Lise mais le commerce de celle-ci, loin de s’épanouir commençait à péricliter et soucieuse de venir en aide à Volodia, Elvira avait elle-même proposé cet arrangement qui demeurait confidentiel. Fière de sa nouvelle condition et désireuse de paraître dans l’abondance la jeune femme s’évertuait à dissimuler ses nouvelles difficultés financières, elle s’était résolu à reprendre à son compte ses anciennes fonctions, s’appuyant sur ses anciens amants qui se faisaient un plaisir de profiter à nouveau de ses charmes. Pour quelques centaines d’euros on pouvait donc passer un moment agréable en sa compagnie et pour mille euros il était possible de l’avoir une nuit complète avec tous les avantages qu’elle savait offrir sans tabou. Tout cela se faisait dans la plus grande discrétion, nul ne devait connaître cette nouvelle occupation, elle s’efforçait de ne jamais être en retard au magasin afin de ne pas éveiller les soupçons.

Ce soir là elle s’interrogeait sur la personne qu’elle devait rencontrer. Un certain homme mystérieux lui avait fait part de son désir de la voir à 22h au Georges V. En arrivant elle demanda au réceptionniste la chambre de Monsieur Harold, il lui indiqua le numéro 525, elle tenta d’obtenir des renseignements sur le personnage, mais l’employé se voulait d’une discrétion d’agent secret. Le cinquième étage déployait son tapis rouge aux ferrures d’or, chaque porte arborait un aspect différent, que ce soit pour ses couleurs qou pour les motifs qui la tapissaient. Après avoir marché sur quelques mètres elle se trouva devant le numéro 525 indiqué par le réceptionniste, nantie de l’appréhension habituelle, elle frappa délicatement. La porte s’ouvrit, l’homme se tenait là, imperturbable, froid, le regard accusateur. Elvira se sentit pétrifiée et honteuse à la fois, puis effrayée de constater que Monsieur Harold n’était autre que Antonio Lacosta, son Tony, son « homme ».

n Ben qu’est-ce que tu attends, (lança-t-il sévèrement) entre !

n Euh !... oui !

n Alors ma belle, qu’est ce que tu peux m’offrir pour 5000 euros ?

n Quoi ! Mais … c’est beaucoup trop !

n Alors dis moi je dois payer combien pour avoir la plus belle pute de Paris ?

n Pour toi, c’est rien, (avança-t-elle timidement) tu le sais bien !

n Mais il n’est pas question que tu me fasses une faveur, je ne voudrais pas ruiner ton commerce, je paierai le prix, j’y tiens !

Il aurait voulu poursuivre sur le même ton, mais, en apercevant les larmes qui perlaient à travers le rimmel, il se fit tendre et l’enlaça très fort sans dire un mot. Ils restèrent longuement blottis, le cœur pétri de honte pour l’une et de colère pour l’autre. Soudain levant son regard anthracite vers celui de Tony et sans préméditation elle lui saisit le visage et lui vola un tendre baiser auquel il répondit sans retenue. Elle lui ôta ses vêtements un à un, il fit de même pour elle, et en peu de temps ils se retrouvèrent nus sur le lit. Excitée comme une chatte joueuse, elle se ruait sur lui, le caressant, le dévorant des pieds à la tête. Elle découvrait le plaisir sous des formes qui lui étaient étrangères, arpégeant les parties du corps de son aimé en le savourant sans entrave. Il lui sembla découvrir ces gestes qu’elle connaissait par cœur et qui lui révélaient soudain un aperçu étrange et merveilleux. Il lui appartenait, elle l’assaillait de partout, le chevauchant, le subissant en toute volonté, l’arpentant en tous ses sommets, le possédant en lui infligeant les plus délicieuses tortures. Ils s’appartenaient sans retenue mais avec tant de force et de bonheur. Lorsqu’il s’éveilla aux lueurs du soleil, il découvrit un merveilleux tableau. Elvira se tenait là dans le halo du levant, vêtue uniquement de la chemise blanche impudiquement ouverte de son homme, les cheveux joliment désordonnés, les jambes détendues aux cuisses luisantes du rayon qui les caressait, les pieds nus et fins aux ongles peins, ne laissant paraître que la gourmette dorée de sa cheville droite. Il savourait ce spectacle comme on se prosterne devant un Rembrandt ou un Degas, avec un identique recueillement. En le voyant réveillé, elle se jeta sur lui et profitant de l’érection matinale elle s’investit en le chevauchant à grands coups de postérieur. Ils se possédèrent à nouveau durant de longues minutes jusqu’à sentir en elle le bien être de leurs ébats. Repus et comblés, ils s’endormirent l’un contre l’autre sans se lâcher la main. Quand elle se réveilla, il avait déserté la chambre, elle se sentit tristement seule, surtout en apercevant sur la table une liasse de billets de cent euros, elle crut en dénombrer 50. Voilà donc ce que représentait cette nuit d’amour aux yeux de Tony, 5000 euros et rien de plus.

A la suite ils se revoyaient régulièrement, elle vivait des instants d’amour et lui les comptabilisaient comme des performances qu’il lui devait. Elle se réveillait chaque fois seule avec mille, deux mille voire plus, d’euros en guise de rémunération. Elle s’était résolue à accepter, se disant que s’il la considérait comme une pute de luxe, elle serait Sa pute de luxe. Elle ne s’interdisait pas de coucher avec d’autres clients, et ils étaient nombreux à la désirer. Tony ne représentait aucune exclusivité puisqu’il avait décidé d’être un client comme un autre. Evidemment les nuits avec lui revêtaient des allures de folles nuits amoureuses jusqu’à la découverte des billets, tandis que les autres clients avaient droit au grand jeu strictement professionnel. Cette situation finit par affecter sensiblement ses journées au point qu’elle se mit à négliger son travail au magasin. Lise se décida un jour à lui faire part de ses inquiétudes, d’autant qu’elle n’avait jamais eu à se plaindre de la qualité du travail d’Elvira :

-- Que se passe-t-il, ma chérie ? (Engagea-t-elle d’un ton maternel)

-- De quoi veux-tu parler ?

-- Tu le sais très bien ! Tu oublies de ranger les robes que les clientes ont laissées, tu te trompes en rendant la monnaie et tu refiles n’importe quoi aux clientes difficiles, ça ne te ressemble pas !

-- Ah oui et alors !

-- Attention Elvira, je te parle gentiment, ne le prend pas sur ce ton !

-- Pour le prix que tu me paies, j’ai le droit de prendre le ton que je veux.

-- Ah tu veux en reparler, tu sais que je n’avais pas les moyens d’embaucher la petite mais tu as voulu absolument qu’elle travaille avec toi, tu m’as persuadé de la prendre en sacrifiant ton propre salaire. C’était de la folie, mais j’ai fini par accepter et maintenant tu viens me le reprocher !

-- Oh tu m’emmerdes, après tout si t’es pas contente de mon boulot je me casse, j’ai d’autres moyens de subsistance.

-- Mais qu’est ce que tu as ? Si tu as un problème dis le moi !

-- Cela ne te regarde absolument pas, tu n’es pas ma mère et il serait temps que tu apprennes à vivre sans moi, fini les soirées passées ensemble, j’ai une vie moi !

--Ah oui et c’est quoi ta vie ? Tu as un mec, c’est ça ?

-- Ah tu voudrais tout savoir hein ! Et bien oui j’ai un mec, c’est Tony, oui je couche avec lui et c’est génial !

--Tu l’aimes ?

-- Oui !

-- Méfies toi de lui, ce type est …dangereux !

-- Quoi ! Mais tu es complètement dingue ma pauvre Lise, il est temps qu’on se sépare !

-- Fais comme tu veux, mais je t’aurais prévenu, au moins si tu pars je donnerais ton salaire à ta petite protégée ça devrait te faire plaisir !

-- Fais donc ça ! (Et elle claqua la porte sans même réclamer son du)

Une fois dans la rue elle se rendit compte de son erreur, mais songeant qu’il était trop tard et qu’il fallait toujours aller de l’avant, elle s’obstina à augmenter le nombre de sa clientèle. Elle comptait maintenant une douzaine de fidèles, prêts à débourser des fortunes pour ses prestations. Elle devenait leader sur la place de Paris et sa réputation allait au-delà car les hommes d’affaires et les stars internationales se la recommandaient. Parfois dans la journée lorsqu’elle se sentait sale et minable, elle se consolait en pensant qu’un jour elle réaliserait son rêve de petite fille et ce jour là elle pourrait leur en remontrer à tous en leur flanquant son château à la figure. Certes tout n’était pas merveilleux, loin de là. Volodia lui en voulait d’avoir quitté le magasin et sans connaître l’activité secrète de son amie, elle en devinait la teneur. Les deux femmes ne se parlaient presque plus. De plus Elvira restait fâchée avec Lise, ne voyant plus Eléonore, tout cela la contrariait beaucoup. Elle devenait avide d’argent et même de sexe et sa cupidité finissait par altérer son jugement, elle acceptait tous les hommes fortunés sans prendre le moindre renseignement au risque d’être confrontée à des pervers ou des violents. Mais dans une discrétion absolue, Tony veillait. Il postait des hommes de main qui se relayaient toute les deux heures devant l’appartement de sa tendre. Il avait pris soin de choisir des visages qui lui étaient inconnus de manière à ne jamais éveiller ses soupçons. Malheureusement, la jeune femme s’était installée en toute quiétude, ignorant qu’elle devait être fichée à la police des mœurs. Celle-ci s’embarrassait rarement d’inquiéter les petits réseaux de prostitution comme le sien qui ne représentait que du menu fretin, mais sous la pression de la police criminelle qui enquêtait depuis longtemps sur les agissements d’un certain Antonio Lacosta dit « Tony le beau gosse », ayant constaté sa relation avec la « roumaine » comme on l’appelait, la « crime » voyait là un excellent moyen de pression pour le confondre. Et, par un matin d’avril alors qu’un client se rhabillait, on sonna à la porte en criant : « ouvrez police ! » elle ouvrit. L’homme qui se présentait à elle vêtu d’un blouson de cuir marron, âgé d’un trentaine d’année offrait un visage dur et sévère :

n Je suis le lieutenant Barsac de la police des mœurs, veuillez vous habillez mademoiselle, je vous emmène au « 36 ».

n Mais pourquoi ? Je n’ai rien fait !

n Nous devons vous interroger ! Allez habillez-vous vite !

Elle tenta d’en savoir plus, mais Barsac coupa court à ses questions, il fit de même lorsqu’elle voulut se maquiller comme à son habitude.

n Dépêchez-vous bon sang !

n Bon, je vous suis (acquiesça-t-elle très dignement)

La voiture roulait très vite dans les rues de Paris mais ce n’était pas ce qui effrayait le plus Elvira. Bizarrement, en tant qu’émigré elle n’avait encore jamais eu à faire à la police. Combien de ses « frères et sœurs » d’infortune avait-elle vu ainsi embarqués manu militari, cette fois c’était elle la « criminelle » que l’on accrochait par le bras comme si elle avait été une dangereuse reprise de justice. Elle songeait soudain à la police de (Tchaoutchesku) qui avait ainsi embarqué ses parents avant qu’ils disparaissent totalement. Certes cette police là ne pouvait pas être comparée à celle du tyran mais la manière dont on lui parlait, dont on la scrutait lui laissait à penser qu’il ne s’agissait pas d’un interrogatoire de routine. Arrivés au 36, quai des orfèvres, on l’installa dans une pièce dénudée, sinistre et froide aux murs délavés, mal éclairée et dotée d’un miroir sans teint. Là elle demeurait passive, pétrie d’angoisse et d’impatience. Elle devinait le but de cette attente tout comme celui du miroir qui lui faisait face. Elle imaginait les deux ou trois personnes qui devaient l’observer de l’autre côté en pensant qu’il ne lui fallait pas donner le moindre signe d’inquiétude car tous ses gestes seraient tenus comme des aveux de culpabilité. D’ailleurs de quelle culpabilité s’agissait-il ? Que lui reprochait-on ? Elle n’ignorait pas la clandestinité de son commerce, mais la manière dont on la plantait là dans ce local vide et stressant ne pouvait être justifié par sa seule activité. Il lui venait bien à l’idée que l’un de ses clients put exercer des activités illégales mais pourquoi l’aurait-on amené ici, il aurait suffit de quelques questions à domicile. Depuis une demi-heure qu’on la laissait attendre, elle pouvait analyser toutes les raisons possibles de sa présence en ces lieux, mais aucune réponse plausible ne savait justifier cette attente. Tout à coup la porte s’ouvrit et le lieutenant entra accompagné d’un collègue qui se présenta :

n Bonjour, mademoiselle, ça ne vous a pas paru trop long j’espère, on est débordé, excusez-nous, je suis le capitaine Lestard de la criminelle.

n Non, vous savez j’ai l’habitude d’attendre (envoya-t-elle, feignant l’impassibilité pour contrarier ses hôtes)

n Bon vous vous demandez pourquoi vous êtes là, sans doute (reprit le capitaine)

n Oui un peu, mais je suppose que vous allez me le dire !

n Nous avons un petit problème avec vous Elvira, je peux vous appeler Elvira ?

n Non ! Seuls mes amis m’appellent ainsi et je ne crois pas que vous en soyez !

n Bon je vois ! Que vous soyez une pute, moi ça ne me dérange pas mais vos activités par contre elles me dérangent un peu, car votre commerce est totalement illégal et il commence à prospérer de manière fulgurante !

n Ah bon et je ne paie pas mes impôts c’est ça ? Alors vous représentez le fisc en fait ! C’est pour ça que la criminelle s’en occupe !

n Ne jouez pas à ce jeu là avec moi ! En fait ce sont vos relations qui me gênent !

n Tiens donc ! Lesquelles ?

n Votre ami, Tony, le beau Tony !

n Oui c’est mon ami et alors ?

n Parlez-nous de lui ! Comment l’avez-vous connu ?

n C’était un client et il m’a beaucoup aidé !

n Dites-nous comment il vous a aidé !

n Ben ! Il m’a rendu des services

n De quel genre de services parlez-vous ?

n Il m’a protégé des salauds, il m’a délivré de chez madame Iris et il m’a trouvé un job.

n Vous savez comment il a fait ça ?

n Par ses relations, il connaît plein de gens ici !

n Regardez ces photos mademoiselle, regardez bien ! (il étala une série de photos toutes plus horribles les unes que les autres)

n C’est quoi ?

n C’est le travail de votre « gentil ami » vous voyez ce cadavre mutilé, c’est celui de Vladimir Kinski, et celui-ci c’est son bras droit Carlos et celui-là c’est votre madame Iris. Et voilà les gosses morts d’overdose. Vous voyez ces filles avec des ecchymoses, des bleus partout, les brûlures, tout ça c’est le boulot de Tony.

n Vous mentez, Tony ne pourrait jamais faire ça, c’est un gentleman, un gentil.

n Regardez ce que ce gentleman est capable de faire, vous finirez comme celles-ci.

Elvira reconnu le visage de la photo, il s’agissait de Nassima, la marocaine qui travaillait sur le trottoir avec elle au temps de monsieur Vladimir.

n Ce n’est pas lui qui l’a tué c’est sûrement monsieur Vladimir c’était un salaud.

n Détrompez-vous elle est morte hier et elle faisait partie du « cheptel » de Tony. Il s’est débarrassé de Kinski pour s’emparer de son réseau et croyez-moi ce que subissent les filles maintenant est pire que le traitement de Vladimir.

n Vous mentez, vous dites n’importe quoi, Tony est un homme merveilleux, il aide les gens, tout cela c’est…

n Tu peux dire ce que tu veux, tu sais bien au fond de toi qu’on dit la vérité. Tu ne t’es jamais posé la question sur la façon dont il avait obtenu tout cet argent. Et pourquoi chez Dany tout le monde le craint. Si tu nous parlais un peu de la jolie Volodia.

n Qu’est ce qu’elle a à voir la dedans ?

n Tu l’as vu récemment ?

n Non, elle a quitté l’appartement !

n Tu sais où elle est ?

n Non, on est fâché depuis que j’ai quitté le magasin !

n La voilà !

Soudain elle devint blême, sur la photo on voyait distinctement le joli visage tuméfié de Volodia. Son corps était maculé de sang, on pouvait remarquer les plaies béantes qui jonchaient son corps, ce qui laissait à penser qu’on avait du la torturer avant de l’exécuter. Elvira voulait soustraire son regard aux atrocités qu’on lui montrait mes ses pensées ne parvenaient pas à oublier le cadavre de sa compatriote, son amie, sa petite sœur. Les larmes déferlaient sur son visage sans pouvoir en arrêter le flot. Son esprit naviguait entre les souffrances qu’elle imaginait et la pensée que son Tony pouvait en être le responsable. Cette idée l’horrifiait. Constatant sa stupeur, les policiers lui offrirent un temps de repos. Le lieutenant qui n’avait encore rien dit lui proposa un verre d’eau. L’un et l’autre se voulaient compatissants. Ils devaient s’imaginer qu’elle s’était contenté d’être une complice passive qui ne voulait rien savoir des activités de son homme mais ils comprenaient alors l’ignorance et la naïveté de la jeune femme ce qui en même temps leur offrait un moyen de pression extraordinaire s’ils parvenaient à la mettre de leur côté. Elvira qui était arrivé dans ce bureau presque sereine se trouvait plongée dans un cauchemar qui dépassait de loin tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Puis, reprenant un peu de courage, elle se décida à poser cette question qui la hantait :

n Mais dites moi pourquoi s’en serait-il pris à Volodia ?

n Parce que monsieur Tony ne supporte pas qu’on le quitte, cette fille faisait partie de son « cheptel » et vous lui avez enlevé.

n Alors pourquoi ne m’a-t-il rien fait à moi ?

n C’est la question qu’on se pose, vous seule détenez la réponse !

n Vous croyez que…

C’est vrai qu’elle connaissait la réponse. Tony l’aimait follement ! Il ferait n’importe quoi pour elle. Jamais il ne pourrait lui faire le moindre mal, cela lui apparut comme une évidence, le monstre avait un cœur.

n Oui je sais, (reprit-elle) j’ai compris !

n Ah bon ! On aimerait comprendre nous aussi !

n Vous ne pouvez pas, cela vous dépasserait !

n Ah et pourquoi donc (renchérit le capitaine) on est trop con !

n Non ! trop comment dire, trop terre à terre !

n Je vois ! Vous voulez parler d’amour ! Vous pensez qu’on ne sait pas ce que c’est ! pff !

n Si bien sur mais pas de la part d’un truand !

n En effet je ne crois pas votre Tony capable du moindre sentiment ! C’est un homme trop imbus de lui-même et surtout trop égoïste pour être capable de tomber amoureux !

n Détrompez-vous ! Il me m’a prouvé ! Mais jamais je ne lui pardonnerai ce qu’il a fait à Volodia !

n Vous voulez nous aider à le coincer ?

n Ah ! Nous y voilà, c’est donc pour ça que je suis là ! Vous n’en n’avez rien à foutre de mon bordel !

n C’est vrai en ce qui me concerne tu peux te faire sauter par qui tu veux pour du fric, je m’en tape, pas vrai Francis ?

n Bah pareil pour moi (rétorqua le lieutenant) même si je trouve ça con qu’une si belle nana, fasse ce boulot !

n Vous espérez que je vous fasse un prix en disant ça (lui flanqua-t-elle ironiquement)

n Désolé, je ne suis pas intéressé, j’ai ce qu’il faut à la maison !

n C’est ce qu’ils disent tous !

n Bon ça va vous ferez vos transaction à un autre moment (balança le capitaine)

n Que voulez-vous que je fasse ?

n Vous allez lui demander de venir vous voir en prétextant un besoin de protection contre le harcèlement d’un déséquilibré !

n Impossible !

n Pourquoi ?

n A l’heure qu’il est il sait que je suis chez vous !

n Et comment ça ?

n Il me surveille, il a peur pour moi. Il croit que je ne le sais pas mais je m’en suis vite aperçu ses gorilles ne sont pas discrets. Ils changent toutes les deux heures et je vois leur manège en sortant de leur voiture.

n Alors on est foutu, (reprit Lestard)

n Peut-être pas (avança Barsac) je crois avoir une idée !

n Vas y je suis curieux de savoir !

n On va relâcher Elvira, enfin je veux dire mademoiselle. Elle va aller se plaindre à Tony d’avoir des ennuis avec nous, qu’on l’empêche d’exercer tranquillement en lui demandant simplement s’il peut faire quelque chose, ça le forcera à agir. Il va solliciter ses sbires et il suffira de le suivre, le mettre sur écoute et faire suivre ses hommes et on le chope.

n Mais nous n’aurons pas de preuves suffisantes pour l’arrêter, (rétorqua le capitaine)

n Pour ça, je m’en charge (reprit Elvira d’un ton assuré)

n Vous êtes certaine de ne pas craquer ?

n Non !

n Je peux vous poser une question, (dit le lieutenant)

n Si vous voulez !

n Vous l’aimez ? Je veux dire êtes-vous amoureuse ?

n Non !

En son fort intérieur elle savait qu’elle mentait. Il représentait à ses yeux son idéal masculin, son héros en dépit de ce dont on l’accusait, Tony restait son mentor, son ange gardien. Elle se demandait ce qu’elle pourrait faire face à lui, comment elle pourrait résister à son charmant sourire, son regard de prince ébloui, ses gestes de seigneur protecteur à la façon latine, sa voix de prédicateur apaisante. Comme elle l’aimait, tant par reconnaissance que pour le statu où il l’érigeait, faisant d’elle une reine, elle à qui nul ne s’était intéressé avant lui. Ses pensées balançaient entre l’ange et le diable, le chevalier servant et le monstre, le yin et le yang. Ah comme elle aurait aimé que tout cela ne fut pas vrai. Elle aurait voulu penser que ces « salauds de flics » se soient trompés. Pourtant du fond de son être elle savait qu’ils avaient raison. Pourquoi ne le voyait-elle presque jamais alors qu’il l’aimait ? D’où venait sa fortune ? La mort suspecte de Vladimir ! Cette pauvre madame Iris qui lui avait signifié sa liberté avec tant de crainte dans le regard ! Son refus indirect d’aider Volodia ! Et puis se souvenant de l’avertissement de Lise « Méfie toi de lui, ce type est dangereux » que savait-elle donc pour dire cela ? Il fallait se rendre à l’évidence, Tony était un horrible truand et elle devait user de son pouvoir sur lui pour l’empêcher de nuire à nouveau. Comme cela paraissait facile ; dit de cette façon !

n Bon ok ! (reprit-elle) je vais le voir et lui demander son aide, ensuite je vais lui dire que je n’ai pas de nouvelles de Volodia, que je m’inquiète et que j’aimerais qu’il use de ses relations pour savoir où elle est ! Là je verrais bien son attitude.

n Vous croyez que vous y arriverez sans éveiller ses soupçons ?

n Comment croyez-vous que je fasse pour persuader un mec qu’il m’a fait jouir ? Je sais jouer la comédie !

n Ok ! On vous fait confiance, vous aurez un micro !

n Hors de question ! Si j’en ai un je ne serais plus moi-même et il le sentira

n Mais comment ferons nous pour savoir quand intervenir ?

n Ne vous en faites pas ! Je trouverais un moyen !

n Mais comment aurons nous les preuves s’il vous fait des aveux, nous n’aurons rien !

n Vous aurez un micro et une caméra et vous vous tiendrez derrière la sortie des cuisines de chez Dany !

n On dirait que vous pensez à tout !

n Cela fait parti de mon boulot de tout prévoir !

n Bon alors quand !

n Dans une heure derrière chez Dany, vous aurez tout ce que vous voulez !

n Soyez prudente (ajouta le lieutenant Barsac)

n De ça aussi j’ai l’habitude !à tout à l’heure !

En sortant du quai des orfèvres elle aperçut l’un des hommes de Tony. Elle se précipita vers lui et prenant un air affolé et angoissé, elle lui balança :

n Je sais que vous êtes un homme de Tony, ça tombe bien, il faut que je le voie, j’ai de gros ennuis !

n Ah oui ! (balbutia le gros homme, gêné d’être reconnu)

En arrivant dans le café, se moquant des regards qui la dévisageaient, elle se dirigea droit vers Tony et demanda à lui parler dans la réserve. Celui-ci voulut l’entraîner ailleurs prétextant que c’était sale pour sa petite chérie mais elle insista et le bouscula vers la réserve. Là elle vit un tableau effrayant. Un homme trapu aux allures de gorille, flagellait une fille à coups de torchon mouillé. La femme était à genoux, la tête ployée entre les jambes, subissant avec soumission le supplice qu’on lui infligeait.

n Qu’est-ce que c’est que ça ? ( asséna-t-elle)

n Tu ne devrais pas regarder ça !

n Je t’ordonne d’arrêter immédiatement !

n Mais…ne reste pas là ce sont mes affaires !

n C’est ça tes affaires ! Maltraiter des femmes et quoi d’autre ? Torturer ? Tuer peut être ? Trafiquer la drogue, les armes ! Tu es encore pire que ce salaud de Vladimir !

n Qui t’a parlé de tout ça ? Les flics, tu en viens, c’est ça !

n Oui j’en viens et je ne voulais pas les croire ! Tu n’es qu’une ordure, je m’en rends compte maintenant ! Tu me dégoûtes ! Je te prenais pour quelqu’un de formidable, et tu n’es qu’une pourriture !

n Qu’est ce que tu leur as dit aux flics (en levant la main)

n Ah tu vas me frapper aussi moi ? Alors vas-y montre que tu es un homme !

n Attention Elvira, ne me pousse pas !

n Tu n’oses pas ! Reste-t-il encore en toi quelque chose d’humain.

n Attends mon bébé, on va parler tranquillement de tout ça ! Foutez le camp vous tous.

n Et elle, tu en fais quoi ?

n Ça me regarde !

n Moi aussi ! Tu la laisses partir où j’appelle les flics !

n Bon ok ! (s’adressant à la fille)Casse toi sale pute, je n’en n’ai pas fini avec toi !

n C’est ce que je suis aussi pour toi, une sale pute ?

n Non toi tu es mon bébé !

n Qu’as-tu fait de Volodia ?

n De qui ? Je ne la connais pas ta copine moi !

n Ah tu te souviens tout de même que c’est mon amie !

n Ton amie, une petite salope va ! Tu sais qu’elle voulait que je la baise pour prendre ta place, elle était jalouse.

n C’est pour ça que tu l’as tué ?

n Qu’est ce que tu racontes, je ne lui ai rien fait !

n Alors non seulement tu l’as massacré, torturé mais en plus tu oses la salir devant moi !

n Mais je…

n Arrête ! J’ai vu les photos ! C’était déjà pénible de penser que tu avais pu tuer des salauds comme toi mais Volodia mon amie, une fille adorable, innocente qui n’avait jamais fait de mal !

n Il fallait que je montre l’exemple, sinon les autres ne m’auraient plus respecter, d’ailleurs c’est de ta faute, si t une l’avais pris sous tes jupes elle serait sans doute vivante.

n Je l’ai libéré car je savais qu’un autre pourri la rendrait esclave, mais j’ignorais que le pourri c’était toi !

n Tu m’emmerdes tu ne comprends rien aux affaires !

n Non je ne peux pas comprendre qu’on traite des êtres humains de cette façon ! Oh mon Tony, comme je t’aimais toi, j’aurais tout fait pour toi !

n Alors il faut que tu m’aides !

n Non c’est trop tard !

n Pourquoi ? Tu veux dire qu’ils seront bientôt là ?

n Non, moi je suis là !

n Il faut que tu me laisses partir mon bébé. On ira en Amérique du Sud, le pays de ton choix et je changerai de vie, tu verras, j’ai de l’argent !

n Je n’ai rien à foutre de ton fric, c’était toi que je voulais !

n Tu m’auras pour toi tout seul !

n C’est trop tard ! Il faut que tu paies pour tout ça ! Je ne veux plus jamais que des filles soient sous le joug d’un homme, qu’elles soient maltraitées, humiliées !

n Mais ce ne sont que des putes !

n Comme moi !

n Non, pas toi, toi tu es…

n Une femme, comme elles ! Ce sont des filles qui ont quitté leur pays comme toi pour un avenir meilleur et qu’est ce qu’elles ont récolté ? Un salaud qui les persécute ! Tu crois qu’elles avaient mérité ça ?

n Ce sont les affaires, chérie, ce n’est pas moi qui fixe les règles !

n Ecoute un peu ce que tu racontes, tu es si lâche que tu t’abrites derrière des pensifs de vieux gangsters, tu es pitoyable !

LE Ch穰eau d'Elvira

25/03/2010 21:26 par vinny53poesie

  • LE Ch穰eau d'Elvira

    LE Ch穰eau d'Elvira

    25/03/2010 21:26 par vinny53poesie

Le Château d’Elvira

Depuis sa plus tendre enfance, à l’heure où elle jouait avec ses poupées de chiffon héritées de ses sœurs, le plus grand rêve d’Elvira était de vivre dans un château. Cette sorte de lubie lui était venue d’un reportage télé qui dénombrait la quantité de châteaux que la France possédait. Les yeux de la petite fille s’étaient rivés à ces images merveilleuses, dignes des plus beaux contes de fées. Elle imaginait la France et tous ces monuments merveilleux, elle en avait conclu que la moitié des habitants de ce pays vivaient dans un tel palace d’architecture historique, que le niveau de vie des français était tel qu’il leur était aisé d’y accéder. Le rêve alors avait germé, si un jour elle parvenait à atteindre ce pays magique, elle aussi possèderait son château, elle y vivrait en compagnie de son prince, et ils élèveraient une ribambelle d’enfants entourés de domestiques, car, pensait-elle, ce devait être fastidieux d’entretenir une telle surface.

Puis elle avait grandi, la misère et la tyrannie du dictateur avait détruit sa famille, ses sœurs avaient disparu dans les méandres de la révolution, il ne restait plus qu’elle, dans cet orphelinat infâme où les nourrissons dépérissaient faute de soin, d’attention et d’amour. Seules les filles de son âge parvenaient à subsister jusqu’au jour où les organisations caritatives étaient venues et avaient délivré ses bambins de la famine, les plaçant dans des foyers à l’étranger, la france. Quelle chance pour ses gamins d’avoir accès à ce pays, Elvira quant à elle avait du se contenter de l’aide d’une ONG française, elle aussi, mais sur place. Les années passaient apportant leur lot de souffrance adolescente, elle mangeait à sa faim, elle vivait au chaud de famille en famille au confort plus ou moins vétuste, dénuées du moindre sentiment. A dix sept elle avait fugué pendant quelques jours, mais le froid et la faim l’avaient contrainte à regagner l’orphelinat qui l’avait replacé dans une autre famille. Tant bien que mal elle s’était fait une raison d’accepter de vivre ainsi, sans luxe avec le strict nécessaire. Sa majorité lui avait offert l’opportunité de quitter la Roumanie, son lycée organisait un voyage d’échange avec un lycée français, l’occasion semblait merveilleuse pour la jeune fille qui allait alors découvrir les richesses de ce pays qui revêtait des allures mythiques. Oh certes elle ne séjournerait qu’une petite semaine dans une petite ville du centre de la France, rien de particulièrement excitant mais ce premier contact avec les français pouvait lui permettre d’envisager un avenir. Comme toutes ses camarades elle s’y était préparée depuis longtemps, recherchant le peu de toilettes qu’elle possédait de manière à ne pas paraître ridicule vis-à-vis des filles du pays de la haute couture. La veille du départ, la directrice du lycée venait d’arriver, somme toute, pour vérifier que ses bagages seraient prêts à temps. La jeune fille ne tenait plus, puis une fois la directrice partie, on vint lui annoncer qu’en dernière minute on avait jugé bon d’offrir sa place à une autre jeune fille dont les parents plus aisés avaient offert de payer la place. Elvira s’était crue damnée. Puis force de raison ayant succédée à la douleur du désappointement, elle s’était efforcée d’oublier se contentant des photos souvenirs que ses camarades lui avaient présentées.

A vingt ans, elle travaillait dans une usine de chaussures. Cet emploi sans avenir et surtout sans intérêt lui assurait de faibles revenus lui permettant tout de même de se vêtir et se nourrir à peu près correctement. Malgré ses difficultés, Elvira ne désespérait pas de réaliser un jour son rêve français. Elle se prenait parfois à écumer à la bibliothèque de Pitesti pour apprendre la langue de Molière et connaître les habitudes, et les manières de vivre de ce peuple aussi étrange qu’étranger. Puis il advint qu’un jour une occasion se présentait de partir. Un convoi devait se rendre en france. Une vingtaine de jeunes travailleurs allaient tenter leur chance vers ce qu’ils estimaient être leur Eldorado. Elle apprit au dernier moment que l’un d’entre eux s’était désisté pour raison de grave maladie, elle sut plus tard qu’on l’avait évincé par crainte de contagion. Le matin prévu, elle se présenta devant le camion. Le défaillant avait réglé d’avance, le paiement n’étant pas remboursable, elle bénéficia de sa place après vives négociations car le passeur exigeait qu’elle réglât le montant du voyage, mais le patron des transports lui signifia qu’il fallait se satisfaire d’un seul paiement. Le camion prit la route, envahie de cette cohorte d’âmes en espérance, camouflées derrière des cartons de conserves, serrées comme des sardines dans une hygiène inexistante et des odeurs insupportables, mais tous s’accrochaient à l’idée qu’au bout de la route s’ouvrirait les portes de la liberté, de la fortune et de la vie. Il fallut quelques jours avant d’atteindre la lumière. Après deux nuits sans sommeil, des menaces d’arrestations aux douanes, et la faim, le froid et quelques arrêts sommaires pour se soulager, les portes de Paris s’offraient à cette jeunesse crédule qui n’allait pas vraiment découvrir les promesses de leur départ. Chacun devait s’acquitter du tarif de son voyage. Certes on admettait qu’ils l’avaient réglé en partie mais on insistait sur les frais supplémentaires, de paperasseries, de douanes en plus de ce que les trafiquants appelaient faux frais et les risques auxquels ils s’étaient exposés pour disaient ils «  rendre service ». C’est ainsi qu’Elvira fut placée chez un certain Vladimir qu’on appelait aussi « Monsieur Kinski »

L’homme qui se faisait appeler ainsi provenait d’on ne savait quel pays de l’est. Installé depuis une ou deux décennies il savait imposer son autorité par la force et la menace sans compter un certain savoir faire pour l’intimidation psychologique. Il régnait en maître sur un réseau de drogue, trafic d’armes, de clandestins sans oublier son occupation majeure à savoir la prostitution. Il mettait sur le trottoir des jeunes filles arrivés de l’est, s’appliquant à les remplacer dès leur vingt cinquième année sous prétexte que les clients exigeants ne se satisfaisaient qu’avec de la « viande fraîche » selon ses propres termes. Lorsqu’elles avaient passé l’âge il les exhibait sur Internet dans l’un de ses sites pornographique, quant aux autres il ne leur restait guère que la mendicité à moins d’avoir la chance de faire « un beau mariage » avec un homme aisé ignorant tout de leur passé, ce qui n’était le privilège que de quelques unes parmi les plus belles. Elvira se trouvait donc ici dans cet amas de misère et de désillusion au pays de ses rêves. Rapidement on la mit à la pratique de l’exercice de son nouveau métier. La première fois fut la plus difficile. L’homme était grand, costaud, la mine rougeaude. Il n’éprouvait pas la moindre compassion à l’égard des larmes qui ruisselaient sur les joues outrageusement peintes de blush. Il ne discuta même pas le prix, heureux de pouvoir profiter des avantages d’une aussi jolie fille pour un tarif si intéressant. Dans la chambre de l’hôtel sordide de la rue Saint Denis, elle se déshabillait tout en rangeant les billets dans la pochette qui lui tenait lieu de sac à main. Le client la dévisageait comme on aurait apprécié un bovin dans une foire, détaillant les courbes avantageuses et le joli minois qui s’offraient à lui. En sentant les mains et le corps du bonhomme qui s’affairait en elle, Elvira ravalait sa fierté ainsi que sa nausée. Elle aurait tant aimé disparaître, larguer ce fardeau qui ne lui procurait pas le moindre plaisir en forçant son hymen. Elle n’avait jamais connu l’amour et aucun des garçons de Pitesti ne lui avait manifesté une quelconque attirance, elle avait donc vécu jusqu’à ses vingt ans sans connaître le plaisir de la chair, non par choix mais par manque d’attention. Alors que le rustre éventrait ses chairs, elle pensait que l’on faisait bien du tapage pour cet acte qui ne lui apportait que souffrance et humiliation quand tout le monde vantait les jouissances et l’accoutumance à cette introspection. Une fois l’acte terminé, l’homme s’en alla, elle se sentit soulagée bien que fatiguée, écœurée et vide. Puis elle finit par se convaincre que ce boulot en valait un autre et que s’il fallait en passer par ce sacrifice pour atteindre son rêve, il ne lui restait qu’à serrer les dents pendant quelques temps, et la vie ferait le reste. Dans cet état d’esprit, elle admit plus facilement le second puis le troisième et les autres qui se succédaient. Elle devait en subir une dizaine par jours, le soir venu monsieur Kinski venait encaisser les trois quarts de l’argent péniblement gagné et il ne lui restait plus qu’à aller se coucher dans une petite chambre sous les toits pour un bref sommeil bien mérité. Dès le lendemain il fallait recommencer sans un seul jour de repos, car comme le disait « Monsieur » un jour sans tapin est un jour perdu.

Cela faisait trois mois que la jeune femme arpentait son trottoir, en ravalant son chagrin. Il lui fallait tour à tour se cacher pour éviter les véhicules de police qui faisaient leur ronde, sélectionner parmi les clients potentiels, ceux qui avaient les moyens de s’offrir ses charmes, se quereller avec les autres filles françaises ou africaines, et se protéger des obsédés qui tentaient de l’agresser. Trois mois, sans avoir parcouru les rues de la capitale, sans avoir goûté aux joies parisiennes, sans avoir vécu les nuits de fête et visiter les monuments ou les boutiques. Elvira se sentait seule, abandonnée à son sort, sans espoir d’y apercevoir la moindre lueur de changement. Malgré tout elle s’estimait un peu plus chanceuse que les autres, elle était belle et son « commerce » se portait bien. Tous les soirs elle devait subir le spectacle de celles qui ne rapportaient pas la somme prévue. A ce moment là « Monsieur » faisait signe à son homme de main, Carlos, un gorille de 1m95, qui dérouillait la « fautive » à coups de claques, quand ce n’était pas des coups de poing. Il arrivait parfois que la malheureuse fût si défigurée qu’on l’emmenait en banlieue chez une dame qu’on appelait « La Comtesse ». Cette femme qui n’avait rien d’aristocratique, descendait, à ce qu’on disait, de la cour impériale de Russie. Elle possédait une maison spéciale où l’on jouait et lorsqu’on avait plumé un joueur jusqu’aux os, on lui offrait une nuit de plaisir en guise de dédommagement avec l’une de celles que Monsieur avait coutume d’appeler les « déchets », ce qui faisait sourire sa cour. Ignorant tout de ces pratiques Elvira qui ne savait que ce qui se disait autour d’elle, craignait de finir « aux déchets » et s’efforçait de charmer sa clientèle, quitte parfois à faire un rabais pour obtenir le marché en doublant le nombre de passes. Au bout de ces quelques mois, l’habitude était prise. Chaque homme qui passait devenait un client potentiel, elle ne cherchait même plus à savoir, s’il était beau, s’il lui plaisait, pas même s’il saurait la respecter et ne pas abuser d’elle. Il ne restait plus grand-chose de la jeune vierge innocente qu’elle avait été en arrivant, elle n’ignorait plus rien des choses du sexe, des positions aux pratiques perverses, rien ne lui était plus étranger. Elle savait donner du plaisir sans en éprouver puisque cela ne la concernait pas. Parfois il arrivait à Monsieur de tester l’une ou l’autre des filles, lorsque le tour d’Elvira arrivait, elle s’efforçait, en bonne servante, de satisfaire son « maître » avec le même dévouement et la même application que si elle avait eu à faire à n’importe quel client. Elle était devenue un bon petit soldat qui ne répondait pas, ne rechignait pas et ne désobéissait jamais. Après autant de bons et loyaux services, elle devint un modèle, au point qu’on finit par la confier aux mains expertes de madame Iris, la tenancière d’un établissement bien tenu. Cette femme dirigeait une agence de call girls. Seules les plus jolies, les plus gracieuses et les plus disciplinées méritaient ce privilège. Cet endroit, loin de ressembler à un cloaque, était doté de chambres individuelles où les filles pouvaient recevoir certains clients, mais l’essentiel de leur emploi s’exerçait à l’extérieur dans les grands hôtels de la ville. Il arrivait même aux plus talentueuses de se voir offrir un séjour tous frais payés dans des hôtels de Londres, Ibiza, Barcelone, Monaco, Florence où ailleurs. Si ces séjours pouvaient revêtir des allures de vacances, ils n’étaient qu’une manière luxueuse de pratiquer le métier, avec les avantages des loisirs que les clients fortunés offraient à leur invitée. Elvira n’en n’était pas encore là mais les rendrez-vous dans les palaces lui semblaient tout de même moins contraignant que les attentes dans le froid des trottoirs et les passes dans les hôtels miteux. D’ailleurs la seule exigence demandée était de satisfaire le client. Madame prenait les commandes et les filles se hâtaient de se rendre sur les lieux de rendez vous. Il pouvait y avoir deux ou trois clients par soirée ou bien un seul lorsque celui-ci avait payé pour une nuit complète. Cette sorte de liberté permettait à la jeune femme de visiter Paris et profiter de ses merveilles, d’autant plus que le salaire plus conséquent donnait droit à des dépenses jusqu’alors inconnues pour elle. Il lui fallait apprendre la liberté bien que celle-ci fût très relative en fonction de ses obligations nocturnes. Après tout le jeu en valait la chandelle, et ce n’était pas toujours détestable de se retrouver au lit dans les bras d’un jeune et bel homme fortuné. Elle se prenait même parfois à rêver que l’un d’entre eux finirait par l’emporter dans l’un de ses carrosses cabriolet de marque allemande et l’installerait dans un nid douillet comme cela s’était produit pour l’une de ses collègues auparavant. Bien sur, la plupart de ses clients richissimes dépassaient largement la quarantaine, ils n’étaient pas très beaux et se servait d’elle comme d’un instrument de plaisir. Tous voulaient en avoir pour leur compte, exigeant d’elle une soumission totale, avares de baisers et de caresses, quand aux câlins, ils ignoraient même que cela put exister. Malgré tout elle se prenait à penser qu’elle les dominait, les manipulait. Ils avaient trop besoin de sa peau, de sa chair, de ses seins, ils la convoitaient telle une friandise inaccessible qu’un enfant désirerait derrière une vitrine. Mais dès qu’ils avaient obtenus satisfaction en la possédant, ils ne lui délivraient plus le moindre regard, la moindre attention, se contentant de dire : « c’était bien ! Je te veux la semaine prochaine à la même heure ! » Voilà tout. Alors elle se délestait de ses illusions, en se jurant de ne pas craquer, ne pas s’attendrir en s’accrochant à la seule pensée que c’était un job comme un autre qu’elle devait s’employer à le pratiquer du mieux possible car satisfaire le client était la meilleure façon de le fidéliser et de gagner davantage selon la formule bien connue « travailler plus pour gagner plus ! »

 

C’était un samedi soir, il était vingt deux heures, il était jeune, brun, le teint hâlé du latin dont les femmes se délectent à la vue de ces images publicitaires. Magnifiquement paré de son costume de grand couturier, le regard velouté mais assuré, arborant un sourire délicatement rassurant, il s’étalait dans le fauteuil du hall de ce grand palace parisien. Toutes les filles auraient aimé être à la place d’Elvira, mais c’était elle qu’il avait choisie parmi l’échantillon que lui avait proposé Madame.

n Vous êtes Elvira, (engagea-t-il d’une voix digne d’un animateur radiophonique), je suis enchanté, je suis Antonio, mais vous pouvez m’appelez Tony, j’ai l’habitude.

n Moi aussi je suis enchanté, Tony, on m’appelle Lily, mais vous pouvez me donnez le surnom que vous voulez, c’est vous qui décidez.

n Oh ! Je vois, tu n’es pas très contrariante ! Toi qu’est ce que tu préfères ?

n J’aime beaucoup mon prénom…Elvira

n Alors je vais t’appeler Elvira, je trouve aussi que c’est un très joli prénom, presque autant que toi.

n Merci ! Vous êtes gentil !

n Tu me parais vraiment timide, tu es vraiment une habituée ?

n Oui, vous n’êtes pas mon premier client, rassurez-vous, vous en aurez pour votre argent !

n Je ne m’inquiétais pas ! Je veux seulement être sur que tu n’as pas peur.

n Non ! Vous verrez que je suis une vraie pro, je peux être une salope, vicieuse, ou sado maso si vous le souhaitez.

n Holà ! du calme, excuse moi si je t’ai vexé. Tu prends un verre ?

n Oui, une double vodka, s’il vous plait.

n Bon, comme tu veux, garçon, s’il vous plait deux double vodka ! J’aime beaucoup ton accent, tu viens d’où ?

n Comme vous voulez, c’est quoi votre fantasme ?

n Qu’est ce que tu me fais là, je te demande simplement ton pays d’origine, ce n’est pas un secret.

n Non ! Je suis roumaine, j’espère que ça ne vous gêne pas, je sais que les hommes préfèrent les russes ou les polonaises en général !

n Pourquoi ça me dérangerait, roumaine c’est très bien !

n Tant mieux ! Vous voulez qu’on monte ?

n T’es pressée ? Ne t’inquiète pas je paierai pour tout le temps qu’on passera ensemble, j’ai les moyens !

n Je sais !

n Tu t’ennuies avec moi ?

n Non pas du tout ! Je ne veux pas vous faire perdre votre argent, c’est tout !

n Mais le temps passé avec toi n’est pas perdu, je me sens bien là !

n C’est vrai ?

n Bien sur ! Tu es une fille très intéressante, si tu te décoinçais un peu ce serait encore mieux !

n C’est… que j’ai pas l’habitude.

n Mais tu viens de me dire…

n Oui de coucher mais pas de parler, je trouve les hommes dans la chambre et ils me prennent, me paient et c’est tout.

n Ah bon ! C’est triste ! Tu ne trouves pas ?

n Je ne sais pas ! Peut être !

n Moi si je couche avec une fille j’aime savoir qui elle est avant, ce qu’elle aime, ce qu’elle veut !

n C’est comme vous voulez !

n Bon arrête avec ça tu m’énerves, je sais qu’on t’a appris à ne jamais contrarier le client, mais moi j’aime que les femmes s’expriment, qu’elles donnent leur avis même s’il est contraire au mien, et puis arrête ce vouvoiement ridicule !

n D’accord ! Alors tu veux faire quoi maintenant ?

n Ben justement, c’est toi qui dois choisir, pour tout dire j’ai envie de passer du temps avec une jolie fille, sympa, gentille comme toi et pas forcément pour le sexe, alors tu choisis ce que tu as envie de faire !

n Tout ce que je veux ?

n Oui demande et si je peux je le fais !

n J’aimerais aller à l’opéra, je n’ai jamais vu un opéra, ou une pièce de théâtre ou un spectacle.

n Qu’est ce que tu préfères alors ?

n L’opéra !

n Ok ! On va voir si on peut encore trouver des places, je sais qu’on joue « Nabucco » de Verdi à l’opéra Garnier, ça t’intéresse ?

n Oh oui ! J’adore !

n Comment connais tu Verdi et le Nabucco toi ?

n Chez moi à Pitesti, j’ai lu des livres sur Verdi ses opéras et une fois à la radio j’ai entendu « Le Chœur des Esclaves » c’était si beau j’en ai pleuré.

n Alors il faut prendre des mouchoirs car c’est un magnifique opéra, et tu vas avoir plusieurs occasions de pleurer.

n Pourquoi tu fais ça pour moi ?

n Je ne sais pas ! Peut être parce que je te trouve mignonne !

n C’est gentil !

n Non c’est normal, je pense que ce n’est pas parce qu’on paie pour se taper une pute qu’on peut lui manquer de respect et ne pas lui faire plaisir.

n Alors c’est ce que je suis pour toi, une pute !

n Ben c’est bien ce que tu es, non ?

n Oui, c’est vrai, j’ai failli l’oublier !

Il feignit ne pas voir sa mine décrépite. Elle semblait déçue, un moment elle avait cru qu’il la considérait comme une femme. Il avait paru vouloir la séduire, lui donner un peu de lui-même, mais il payait et rien que ce simple fait donnait à leur relation une tournure délicate qui ne lui permettait pas la moindre exigence hormis celle du respect qu’il lui accordait, en attendre davantage eut été un caprice de luxe qu’elle ne pouvait pas se permettre. Malgré son bonheur de profiter du spectacle de l’opéra, elle ne pouvait se résoudre au seul plaisir de savourer ces instants merveilleux. Il l’accompagna à l’hôtel et lui versa la somme convenue sans profiter même de ce auquel il avait droit. Elle s’en étonna, puis pensant qu’il ne la désirait pas elle le remercia ne pouvant s’empêcher de lui caresser la joue et s’enfuit vers sa chambre. Seule sur son lit elle comptait en sanglotant les billets qu’on venait de lui remettre, il avait volontairement augmenter le tarif, elle pensa qu’il devait tout de même la considérer. Pourtant en dépit de la joie qu’elle éprouvait à l’issue de cette soirée, elle ressentait une sorte de dégoût comme jamais elle ne l’avait ressenti depuis qu’elle exerçait cette profession. Une pute, c’était bien ce qu’il avait dit ! Elle ne lui reconnaissait pas le droit de prononcer ce mot. Pourtant il l’avait largué presque naturellement, même pas comme une insulte mais comme un dénominatif qui la qualifiait, elle le prenait telle une gifle qu’il lui aurait assénée sans ménagement. Alors, puisque je suis une pute, la prochaine fois ce sera bien à la pute qu’il aura à faire, se dit elle en ravalant ses larmes.

Tony devint un fidèle client, chaque semaine il arrivait des fleurs à la main, proposant là un dîner dans un grand restaurant, ici une soirée cinéma ou spectacle. Chaque fois elle donnait son avis et sans hésitation il l’emmenait là où elle l’avait décidé. La soirée se terminait toujours de la même façon, sur le pas de sa porte sans avoir consommé le corps d’Elvira, sans même un seul baiser, juste un « bonsoir, à la semaine prochaine » après lui avoir versé son « salaire ». Elle se demandait chaque fois pourquoi ne pas profiter d’elle, cet homme avait-il quelques problèmes sexuels pour ne pas user de son droit ? Et s’il la trouvait aussi intéressante qu’il aimait à le dire, pourquoi la payait il aussi grassement ? Elle s’en voulait presque de cet argent gagné « malhonnêtement » alors qu’elle avait passé une bonne soirée et qu’elle n’avait pas donné ce que lui intimait sa fonction. Cela faisait trois semaines qu’au milieu de ces marauds, ces rustres, ces cannibales du sexe, une sorte d’ange venait faillir à cet engrenage dégradant. Depuis le premier soir le jeune homme n’avait plus jamais prononcé le mot cinglant de « pute ». Il se conduisait en gentleman, ne la touchant pas même du bout des doigts, la regardant comme si elle eut été une princesse, la complimentant sur ses tenues, la finesse de son maquillage, la grâce de sa démarche ou la sensualité de sa voix nantie de cet accent qu’il trouvait délicieux. Ils bavardaient de tout, de son père tyrannique dont il vidait le compte en banque, de sa mère « dame patronnesse » par bonne conscience, de ses frères disséminés dans le monde. Elle l’écoutait comme s’il eut été son mentor, s’instruisant de son bon français, de ses bonnes manières ainsi que de son savoir. Elle se sentait ignare, inculte, petite fille dépassée devant cette merveille de perfection : beau, musclé, érudit, riche, élégant et gentleman le rêve de toutes femmes, du moins celles qui proviennent des bas fonds et de la misère. Elle se sentait presque heureuse en ces moments de complicité, oubliant pendant une soirée, toutes les autres en moins bonne compagnie où son corps n’était plus qu’un objet de plaisir et de transaction. Pourtant il manquait quelque chose à cet homme idyllique, la faculté d’écouter. Elle aussi aurait aimé se raconter. Elle aurait voulu lui confier ses rêves de petite fille au cœur d’un château. Cette misère entre la mort de ses parents, la disparition de ses sœurs, l’orphelinat, son arrivée cauchemardesque en France et ses débuts sur le trottoir, cette première fois qui lui avait fait si mal et ce boulot qui lui déplaisait tant mais qu’elle s’obstinait à pratiquer tant bien que mal pour l’argent qu’il lui rapportait et qui la rapprochait chaque jour un peu plus de son château. Mais soit par désinvolture ou par ignorance, Tony ne manifestait aucun intérêt pour ce qui la préoccupait. Etonnant de la part de celui qui ne manquait jamais de lui demander son avis sur les projets de la soirée, qu’il ne se souciât pas davantage de ce qu’elle détenait de secrets, de doutes et de rêves. Il apparut soudain aux vues de la jeune femme qu’il nourrissait peut être la crainte de paraître indiscret en lui posant trop de questions, crainte de s’immiscer dans certains souvenirs qui pourraient réveiller des douleurs enfouies au plus profond de celle qu’il respectait tant. La nuit lui sembla interminable. Des images hantaient l’esprit d’Elvira, images du sourire de Tony, de ses manières, ses histoires drôles, de sa voix, de ses mots si délicats et choisis. Que pouvait-il bien lui arriver ? Elle se sentait toute chose, comme engourdie après un effort pénible. Elle se dit que c’était peut-être l’effet de son comportement, il jurait tant parmi les autres que sa façon d’être, à elle seule pouvait justifier ce trouble. Affaiblie par toutes ces pensées qui défilaient à vive allure elle finit par s’endormir jusqu’aux aurores.

Ce soir là aurait du être un beau soir pour Elvira, un nouveau rendez-vous avec Tony mais il n’était pas venu. Madame n’avait pas reçu le coup de fil habituel et personne ne savait comment le joindre. Les activités douteuses de la famille Lacosta ne permettaient pas qu’on les localise. Elvira avait eu beau faire des pieds et des mains pour le retrouver ce fut peine perdue, ni madame Iris, ni les autres personnes qu’elle avait interrogées ne savaient où trouver Tony. Elvira fut contrainte d’accepter le client qu’on lui proposait. Il s’agissait d’un New-yorkais PDG d’une multinationale et qui avait coutume à chacun de ses passages à Paris d’user des bons services que lui proposait Madame Iris. S’il était fidèle à cette maison il n’en demeurait pas moins fidèle à Tina la jeune femme qu’on lui réservait tout spécialement à l’habitude. Lorsqu’il ouvrit la porte, Elvira aperçut un superbe quadragénaire blond aux yeux verts, vêtu d’un jean de marque et d’une chemise de trappeur à carreaux rouges et noirs. IL avait l’allure du riche industriel se donnant des airs de simple bûcheron. Il l’invita à se mettre à l’aise en lui proposant un verre. Il s’exprimait dans un français relativement correct doté d’un charmant accent. Son attitude rassurait la jeune roumaine qui abordait chaque client avec appréhension, sachant que certaines de ses collègues avaient subi de mauvais traitements et parfois des viols. Cela se terminait généralement par des dédommagements financiers que madame Iris recevait volontiers en échange du silence, puis elle en offrait une partie à la victime en la consolant sous le prétexte qu’il n’y avait pas mort d’homme et qu’en les circonstances un procès eut été du plus mauvais effet. Mais celui-ci semblait correct, il discutait avec respect du tarif et de ses préférences sans la plus petite parcelle de perversité. A peine avait-elle entamé son verre de vodka qu’il lui demanda de se déshabiller. Elle ôta sa robe avec lenteur et élégance comme à son habitude mais il monta le ton pour lui signifier sa volonté d’admirer « son cul » comme il aimait à le répéter.

n Putain de françaises, (commenta-t-il d’un ton sarcastique) vous avez toutes des culs à vous faire monter dessus !

n Je ne suis pas française (répondit-elle) je viens de Roumanie !

n Oh une pute communiste, j’adore !

n Je ne suis pas communiste !

n Mais si, toutes les filles de l’est sont communistes, mais ça ne me dérange pas, ce sont de meilleures salopes !

n Pff !

n Qu’est-ce que tu as ? Mademoiselle joue les offusquées ! Si je te donne un supplément je pourrais t’insulter ?

n Non ! On n’achète pas ma dignité !

n Sale pute, tu voudrais me faire cracher un maximum, shit !

n Plutôt crever, vous êtes un porc, reprenez votre sale fric, je me tire !

Il la saisit violemment par le bras et lui infligea une forte claque qui l’envoya sur le lit.

n Tu vas voir ce que ça te coûte petite garce de me parler comme ça, tiens prends ça dans le cul, ma salope, tu aimes ça hein. (criait-il en l’introduisant avec force dans son rectum) Tu peux toujours gueuler, je sais que ça te plaît sale petite pute va !

n Je vous en supplie laissez moi, je vous rends votre argent si vous voulez !

n Mais je n’ai pas encore fini, il faut que tu me suces, baby !

n Non laissez moi partir, je vous en prie !

Puis, profitant de l’instant où il se baissait, elle lui envoya un grand coup de pied dans les parties et après avoir enfilé sa robe, elle sortit à toute allure de la chambre. Arrivée sur le trottoir elle commençait déjà à regretter son geste en pensant aux conséquences que cela engendrerait. Elle marchait sans but mais d’un pas vif en suivant l’avenue sans envisager la suite. La pluie scintillait sur la chaussée et les voitures qui passaient ne se souciaient guère des gerbes d’eau qu’elles envoyaient sur cette passante qui avait bien d’autres tracas que celui d’être mouillée. Puis, sans comprendre comment elle en était arrivée là, elle se trouva devant le bar où Tony avait pris l’habitude de l’amener. Soudain, elle l’aperçut en compagnie d’une autre femme, hésitant un moment, elle se décida à entrer. Dès qu’il la vit, la mine défaite et la robe de soie trempée, il devina son désarroi et accourut tel un chevalier servant venant secourir sa belle. La femme qu’il venait de délaisser lui lança un regard sombre, comment pouvait-on l’abandonner elle, femme de haut rang pour une fille de rien qui de plus avait un « horrible » accent et aucune allure. Dès qu’il fut à sa hauteur, Elvira se jeta dans ses bras. Elle reprit son souffle et lui conta son aventure. En entendant cela, Tony se mordait les dents lui jurant qu’il ne laisserait pas ce « crime » impuni. Elle sanglotait en profitant de ses bras virils et puissants qui l’étreignaient la rassurant au point d’en oublier peu à peu ce qui la chagrinait. Il lui caressait les cheveux, lui glissant à l’oreille « allons, n’aies plus peur, je suis là, personne ne te fera plus de mal ! » Elle savourait ces mots, s’abandonnant lascivement telle une enfant oubliée que l’on recueillerait. Puis Tony en gentleman qu’il voulait être, lui déposa un baiser sur le front en la confiant à la patronne du bar, il s’éclipsa en disant :

n Bon ne t’inquiète pas, je m’en occupe, reste ici tu n’as rien à craindre !

Il disparut pendant une journée entière. Elvira, afin de s’occuper et pour rendre service à celle qui venait de la loger et la nourrir, offrit son aide en servant au bar. Elle n’eut aucun appel de madame Iris qui semblait ne plus se soucier d’elle. Le lendemain Tony revint, le visage démonté, arborant un sourire artificiel en lâchant :

n C’est fini ma belle, tu n’auras plus jamais de soucis avec ce salaud ! Dany tu peux me servir un gin tonic s’il te plait !

Elvira ne se posait pas la moindre question, cette seule parole de réconfort lui permit de se détendre et elle continua son activité au bar jusqu’à la nuit tombante.

Quelques jours s’étaient écoulés depuis l’incident, Elvira avait retrouvé son travail d’hôtel en hôtel, pétrie de la même appréhension qui s’envenimait plus ou moins selon l’attitude de son client. Elle n’avait pas revu Tony, n’avait pas reçu une seule nouvelle depuis ce jour. Pourtant il hantait ses jours et ses nuits à un point tel qu’elle finissait par le voir dans chacun de ses partenaires professionnels, mais pas un n’avait sa stature, son élégance, sa virilité, sa beauté ni cette gentillesse qui le caractérisait parmi tous les hommes qui avaient traversé sa vie. Celui qui l’occupait là avait bon allure, mais se souvenant de son épopée précédente avec un bellâtre elle se tenait sur ses gardes, prête à tout instant à appeler son « garde du corps » qui en la quittant lui avait laissé un numéro où le joindre. Cette fois ci tout s’était passé normalement, plutôt bien même, elle commençait à y prendre goût lorsque le bonhomme se comportait bien. Elle s’apercevait que les hommes la convoitaient, ils la dévisageaient, la détaillait, certes cela aurait pu la dévaloriser, la réduire à l’état de « bête à plaisir » mais elle prenait cela au contraire pour une marque de reconnaissance. Les voir la supplier parfois en lui offrant un collier ou une bague, trouver une douzaine de roses dans sa chambre en arrivant, se faire inviter dans un grand restaurant même si tout cela n’avait qu’un seul but, la mettre dans leur lit, lui inspirait une sensation de puissance. Elle acceptait mieux le fait d’aller dans les palaces pour les rendez-vous d’autant que dans la journée des hommes lui faisaient la cour inlassablement en y mettant les formes, parfois même le respect et pour certains de la tendresse. Elle se sentait belle, séduisante, sexy tout ce que les femmes de ce curieux pays rêvaient de devenir. Madame Iris, bien que n’appréciant guère cette sorte de concurrence à titre gracieux, laissait faire tant qu’il restait encore bon nombre de clients pour cette merveilleuse « poule aux œufs d’or », la jeune femme constituant à elle seule près du quart des revenus de son agence. Certes elle n’avait encore jamais connu le plaisir, cela lui paraissait si étrange et presque indécent. En grande professionnelle elle s’obstinait à procurer le plaisir et non le savourer, même si parfois seule dans son lit elle s’était discrètement offert des instants délicieux en pensant à celui qui pourrait peut-être lui accorder cette grâce que seuls les hommes, parait-il, connaissent ainsi que les femmes qui ont la chance d’être comblées par des amants délicats. L’objet de ses désirs, ses émotions, ses fantasmes et autres sensations que son cœur lui rappelait souvent, ne semblait pas éprouver la même attirance. Il se préoccupait certes, de ses angoisses et ses tourments mais il ne ressentait pas le besoin de l’accompagner, sortir avec elle, lui offrir des présents comme le faisaient ceux qui aspiraient au privilège de son corps. Prenant malgré tout le parti de se satisfaire de cette situation en pensant que la providence lui offrait au moins la chance de connaître un homme qui se préoccupait de son bien être en tentant par tous les moyens de lui faciliter la vie.

Le temps s’était écoulé d’homme en homme, de lit en lit et de bras en corps professionnellement ou à titre privé la différence paraissait infime hormis le fait qu’elle choisissait les hommes du privé et qu’elle leur accordait ses faveurs à titre gracieux mais toujours par intérêt. Un mois s’était écoulé sans nouvelles de Tony, à croire qu’elle ne l’intéressait pas vraiment, pour sa part elle pensait à lui de manière plus sereine, moins empressée se consolant avec les amants de passage qui lui donnaient une impression de tendresse furtive mais attentionnée. Axel était l’un de ceux là, toujours prévenant. Il se plaisait à lui tenir la portière de la voiture, lui repousser son siège au restaurant, la saluant d’un baiser sur le front en lui offrant un bouquet de fleurs harmonieusement sélectionné, la complimentant sur ses robes, son parfum sa démarche ou autre. Chaque fois elle se sentait désirée, appréciée, intéressante, et superbe. Cela n’empêchait pas le mâle de se satisfaire au lit sans se soucier du bien être de celle pour qui il avait eu précédemment tant d’égards. Malgré cela elle le trouvait gentil et délicat alors qu’il déposait un chèque conséquent sur la table de nuit en ajoutant « fais toi un petit plaisir avec ma petite biche ». Cette attention, bien que s’apparentant davantage à une rétribution qu’à un présent véritable lui témoignait néanmoins une sorte de considération au cœur de son indignité. Cette nuit là lui parut différente, lorsqu’il l’enlaça, il l’embrassait dans le cou puis derrière les oreilles en lui caressant le ventre, les seins, les hanches et les cuisses d’une telle volupté qu’elle se laissa partir dans un étourdissement enivrant. Ces mains qui lui parcouraient le corps, la transportaient littéralement dans un univers situé entre l’extase et la folie. Elle ne s’appartenait plus, se livrant à la volonté de cet « ange de plaisir » qui lui procurait ces sensations jusqu’alors inconnues. Il la déposa sur le lit et après s’être copieusement délecté de sa soyeuse intimité  par de lentes caresses buccales tout en lui massant soigneusement les seins, il s’immisça gentiment en elle en l’embrassant tendrement. Elvira s’abandonna totalement à cette effusion si sensuelle qu’elle se croyait nageant dans les nuées profondes d’un coma délicieux. Elle ressentit la jouissance intime pour la première fois de sa vie, elle baignait dans le bonheur. Après cette passionnante communion, Axel l’embrassa vigoureusement et lorsqu’il voulut lui déposer le chèque habituel elle refusa en lui précisant qu’il n’avait aucun devoir de ce genre vis-à-vis d’elle. Il l’embrassa à nouveau et s’éclipsa en la remerciant encore. Elle débordait d’une ivresse à la douceur mêlée, apaisée et excitée comme une enfant qui vient de recevoir son plus beau cadeau. Puis peu à peu, l’euphorie se transforma en malaise, elle avait ressenti le plaisir avec un autre que celui qu’elle désirait depuis leur première rencontre. Ce n’était pas Tony qui lui avait accordé cette première extase, ce grand bonheur, ce n’était pas lui qui l’avait porté sur ce lit avec toute la douceur d’un jeune marié amoureux, ce n’était pas cet homme désireux de son bien être qui lui avait apporté l’attention dont on venait de la combler. Elle se sentit infidèle, indigne, misérable, une garce qui pouvait jouir avec n’importe qui pourvu qu’on sache la prendre. Le nom de putain lui allait comme un gant, en fait, elle n’était que cela, et si Tony n’avait pas jugé bon de la rappeler c’était sans doute pour cela, lui la connaissait, il savait ce que valent ces prostituées de luxe, des garces auxquelles on ne peut jamais accorder sa confiance, elle était donc cela. Il s’en suivit un torrent de larmes, la jeune femme droite et pure qu’elle se croyait être devenait une mégère malhonnête pour peu qu’on put y mettre le prix, voilà ce qu’on avait fait d’elle. Soudain ses rêves de petite fille s’entachaient de souillures, son château s’évanouissait dans un brouillard de salissures humaines, elle se réveillait enfin, la petite Elvira n’était plus et ne serait jamais plus, on l’avait remplacé par Elvira la pute, la profiteuse, la fille de joie, la salope, la femme de tous, la femme de rien.

Ce matin là il faisait triste sur le quai St Michel, à 9h30 les bouquinistes ouvraient leurs étales au vent mauvais qui transportait la bruine. Les filles débarquaient des voitures qui les larguaient au large des passants. En les regardant Elvira se souvenait qu’elle faisait partie de ce « troupeau » de chair à mâles en rut ou en manque. Qu’elles étaient tristes ces demoiselles à peine sorties de l’adolescence pour lesquelles un maquillage à outrance donnait l’apparence de la trentaine. Comme elle, celles-ci provenait de l’est, quelques unes du continent africain et d’autres de l’Asie du sud Est. Qu’importe d’où elles venaient, elles étaient faite de la même misère, la même injustice et la même peur. Avait-elle de la chance de ne plus se trouver dans le lot, elle le devait à sa beauté, son élégance raffinée et sa stature. Bien sur elle dépendait de madame Iris et de monsieur Kinski qui rançonnait toujours la « vieille » comme la surnommaient les filles. Malgré cela, elle se sentait tellement plus libre que ces pauvres filles qui du printemps à l’hiver devaient faire le pied de grue sur les infâmes trottoirs en aguichant le client. Elvira en aborda une, elle lui ressemblait tant avec ses allures de pucelle abîmée :

n Comment t’appelles-tu ? (demanda-t-elle en hésitant)

n Volodia ! (répondit la jeune femme sur ses gardes)

n C’est joli, d’où viens-tu ?

n De Roumanie !

n Ah ! Comme moi je suis de Pitesti et je suis Elvira, et toi tu es de quel endroit ?

n Tirgoviste !

n Waw ! On est tout près, c’est génial, il y a longtemps que tu es en France ?

n Je ne sais plus, à peu près un an, presque deux !

n Tu es jolie tu sais, tu peux avoir des chances de venir chez madame Iris, c’est la dame qui m’emploie.

n Ah bon ! Et tu fais quoi ?

n Euh… ! La même chose que toi mais moi je vais avec les riches et je fais un ou deux clients par soirée et le reste du temps je suis libre et je suis bien payée

n Ça te rapporte combien ?

n Oh certains soirs je me fais cinq cent euros et parfois les clients ajoutent un supplément, et puis je me tape d’autres mecs si je veux gratos mais ils donnent toujours quelque chose, tu verras tu pourras te faire un petit pécule pour plus tard.

n C’est cool ! J’aimerais bien faire ça !

n Je vais en parler à Madame, en te voyant je suis sur qu’elle va t’apprécier. Bon je te laisse je ne voudrais pas te faire avoir des ennuis avec Monsieur Vladimir.

n Ah ! Tu le connais ?

n Oui, c’est un salaud, je sais qu’il peut être méchant quand il n’est pas content, il t’a fait cogner toi ?

n Oui une fois Carlos m’a frappé parce qu’il manquait cinq euros, il disait que je les avais gardé.

n Pour cinq euros, quel salaud ! Allez fais bien ton boulot et je vais m’occuper de toi, si madame te prends je saurais prendre soin de toi, bon courage petite sœur !

n Merci Elvira, t’es gentille.

C’est vrai qu’elle en avait de la chance, même si parfois ses clients pouvaient être dangereux, il n’y avait plus de Carlos pour la frapper si elle ne rapportait pas suffisamment, d’ailleurs c’était Madame qui encaissait en lui laissant sa commission, ainsi pas de danger de se faire avoir. Le souvenir de Volodia la hantait, à présent elle était décidée à tout faire pour la sortir de là, elle aurait tant aimé les aider toutes, mais en sauver une c’était déjà un grand pas pour celle qu’elle venait de désigner comme « sa petite sœur ».

L’après midi s’annonça d’une étrange manière, madame Iris l’appela sur son téléphone mobile, la priant de venir d’urgence. Elvira s’empressa de sauter dans le premier taxi et se présenta pétrie d’angoisse devant sa dirigeante :

n Ma petite j’ai une grande nouvelle à t’annoncer, quelqu’un t’a racheté un bon prix à Monsieur Vladimir, désormais tu es libre.

n Qu’est ce que ça veut dire (répondit la jeune femme stupéfaite, se demandant encore si cela constituait une bonne ou une mauvaise nouvelle)

n Et bien cela signifie que tu ne dois plus rien ni à lui ni à moi, tu es libre de faire ce que tu veux. Bien sur si tu souhaites rester en France il faut que tu obtiennes les papiers, permis de séjour et carte de résident ou un visa.

n Ah bon ! Mais…je ne sais pas quoi faire.

n Tu vas devoir te débrouiller seule maintenant. Au fait tu dois rendre ton appartement et tes robes de soirées. Mais ça ne presse pas tu pourras me donner tout cela demain.

n Bon, merci madame !

n Bon courage !

Elvira se sentit tout à coup en proie à l’inconnu. Son monde s’effondrait, ce qui se voulait être une libération lui faisait l’effet d’un saut dans le vide. Après tant de contraintes, de servitudes, d’oppression, elle se retrouvait seule, désemparée mais libre dans le pays qu’elle avait tellement voulu connaître. Cette indépendance avait le goût amer de l’inconnu. Vivre seule et où ? Comment ? Tout cela semblait flou au regard de la petite étrangère qui n’avait jamais réalisé jusqu’alors combien elle ignorait tout de ce pays. Elle ne s’était pas souciée de son arrivée ici, pas plus que de la façon dont elle pourrait gagner sa vie afin de réaliser ses plus grands rêves. On venait de la jeter en pâture à ce peuple, ces gens si curieux, cette société si différente de celle qu’elle avait quitté. L’esprit confus devant la brume oppressante qui masquait son avenir elle se laissa fondre en larmes jusqu’au tarissement. Les rues se chargeaient de badauds indifférents, les avertisseurs tintaient ici et là et le flot automobiliste déversait ses gaz et ses bruits dans son accoutumance sordide. Du facteur au pompier, du policier au vendeur de journaux et du coursier casqué à la ménagère encombrée, tous s’obstinaient à vivre malgré elle, en dépit de son désoeuvrement, comme s’ils voulaient lui signifier son devoir de les imiter. Vivre, voilà bien ce qu’il lui restait à faire, encore fallait-il savoir par où commencer. Soudain, comme émergeant de son coma, elle se souvint que Madame Iris avait mentionné, sans prononcer son nom, cette personne à qui elle devait sa liberté. S’agissait-il de Tony, son protecteur, son défenseur, son ange gardien ? Il fallait qu’elle s’en assure. D’abord elle allait le questionner, ensuite il pourrait aussi lui permettre d’assurer sa nouvelle vie, la guider, lui trouver un travail, des papiers, bref, l’aider à devenir plus autonome. En l’appelant, elle se tendait d’inquiétude, c’était la première fois qu’elle se permettait de l’appeler. Elle songeait au dérangement qu’elle provoquerait, peut-être ne voudrait-il pas l’aider à présent qu’il lui avait fait ce cadeau de liberté, il estimait sans doute qu’ils n’avaient plus aucun lien. Elle avait à peine eu le temps de subodorer qu’une voix se faisait entendre à l’autre bout :

n Antonio Lacosta, j’écoute !

n Tony, c’est moi Elvira, j’aimerais qu’on se voit, est-ce possible maintenant ?

Insuffisance

25/03/2010 21:00 par vinny53poesie

  • Insuffisance

    Insuffisance

    25/03/2010 21:00 par vinny53poesie

Insuffisance .

 

Il suffirait que la nuit traine

Comme un voyage inachevé

Aux heures douces qui s’égrainent

Intenses moments ravivés

Il suffirait que tu t’installes

Au sein de cette chambre usée

De l’ennui niché au dédale

Par trop peu de rêves abusés

 

Il suffirait que tu t’allumes

De ce soleil en ton regard

Celui que jamais ne consument

Mes chimères quand elles s’égarent

Pour que le ciel s’ouvre à nouveau

Sur un lendemain azuré

Pour je m’élève au niveau

D’une dignité égarée

Pour que je m’accroche à la vie

Au point d’en forger un destin

A mesure des paliers gravis

Mon être deviendrait mutin

Qu’en toutes choses insupportables

J’y imposerais mes sentences

Travestissant l’inacceptable

En nouvel idéal de chance

Pour peu que Dieu en sa ferveur

M’insuffle un zest de courage

Armé de foi j’aurais moins peur

D’affronter mes démons sauvages

A quoi bon pleurer mes lacunes

En mon cœur rien ne saurait naître

Quelque remède à l’infortune

De mes déboires, je reste maître.

 

Vincent GENDRON.

Le 08/01/2010

Questions de Bilan

25/03/2010 20:57 par vinny53poesie

  • Questions de Bilan

    Questions de Bilan

    25/03/2010 20:57 par vinny53poesie

Questions de bilan.

 

 

Et cet enfant que tu étais

Se souvient-il de ses printemps

Des rêves qui le transportaient

Bien au-delà de ses tourments

Garde-t-il encor’ quelquefois

Ce soucis d’engendrer la paix

Au cœur des êtres en mal de foi

Qui perdent le sens du respect

A la mesure de tes saisons

Que reste-t-il de tes projets

Quand tu peignais à l’horizon

Ton avenir en un seul jet

Revois-tu les soleils d’antan

Ceux que tu lisais dans les yeux

Des gens qui noyaient leurs vingt ans

Dans l’obscurité de l’odieux

Crois-tu à nouveau aux étoiles

A tous ces astres merveilleux

Qui se dessinent sur la toile

Des âmes au cœur remplies de feu

Et ce jeune homme qui pleurait

Sur l’injustice de partout

Voulant démolir pour de vrai

Les murs dressés par de vils fous

A l’approche de tes hivers

Qu’en est-il de tous tes serments

Du monde que tu voulais vert

A la grisaille qui s’étend

Peux-tu me dire aujourd’hui

Lorsque tu vois cet enfant là

Dans le miroir de ton ennui

Ce qu’il reste de son éclat

Dis-moi, dis-moi je veux savoir

Si tu demeures bien vivant

S’il est possible de te voir

Renaître de tes germes d’avant.

Vincent GENDRON Le 10/01/2010

 

 

 

Ma Chance Inesp駻馥

25/03/2010 20:12 par vinny53poesie

  • Ma Chance Inesp駻馥

    Ma Chance Inesp駻馥

    25/03/2010 20:12 par vinny53poesie

Ma Chance Inespéré

1-

C’est vrai qu’on ne vit pas ensemble

Pourtant tu es là tout le temps

C’est vrai aussi qu’on se ressemble

Qui de nous est le plus enfant

Tu deviens de plus en plus belle

Sans me faire vieillir vraiment

Ton adolescence étincelle

A me rendre encore plus vivant

Tu es le feu de mes pensées

La lumière du quotidien

Mon rêve le plus insensé

Le seul qui prenne forme et lien

2-

C’est vrai que ton cœur fait silence

Taisant le flot de tes émois

Cependant je sais qu’en substance

Ton amour est force de foi

Et lorsque tu sembles me fuir

Quand ton regard devient cruel

Peu après un éclat veut luire

M’évitant d’avaler ton fiel

Tu es la douceur de mes jours

Le chemin de ma vérité

L’éternel sens du mot « Amour »

Ma plus tendre nécessité

3-

C’est vrai-je ne ressemble en rien

Aux pères sages et résistants

Je suis loin d’être le soutien

Que tu mérites à tout instant

Pourtant jamais tu ne t’en plains

Me laissant croire avec ferveur

Que je satisfais tes besoins

Et que je suis à la hauteur

Tu es l’âtre de mes hivers

La caresse de mes douleurs

Le goût de vivre moins amer

L’espérance d’avenir meilleur

4-

C’est vrai qu’on ne vit pas ensemble

Le destin nous a séparé

Oui c’est vrai que tu me ressembles

Tu es ma chance inespérée.

 

Vincent GENDRON.

Le 31-12-2009.