La Nuit Rouge (pi鐵e de th鰾tre)

30/03/2010 11:38 par vinny53poesie



La Nuit Rouge

Pièce dramatique en 4 actes ayant pour thème principal la nuit du massacre de la Saint Barthélemy.
Au matin du 23 août 1572, Augustin de Suresnes Duc de Valence rend visite à son ami Clotaire Emeric. Ce dernier qui convoite une place de prévôt des Citadelles, un titre très prisé, pour lequel, son ami très en vue à la cour pourrait lui rendre service, mais c’est surtout pour lui parler de la jeune fille qu’il a rencontrée qu’il a convié Valence afin de l’aider à obtenir un rendez-vous.

La scène se passe dans le grand salon de Clotaire.

Valence : Clotaire mon ami, quel bonheur de vous voir
Il me tardait d’avoir enfin de vos nouvelles
J’ai oui dire combien vous nourrissiez l’espoir
D’être nommé prévôt auprès des Citadelles

Clotaire : Oh je me garde bien de fleurir quelque songe
Il est tant murmuré dans les couloirs du Louvre
Narré de vérités autant que de mensonges
Au point de n’espérer rien que je ne découvre
Je garde esprit serein car il n’est point exclu
Qu’on m’offre sans tarder la place pressentie

Valence : Vous avez bien raison, rien n’en semble perclus
Vous méritez vraiment de vous en voir nanti

Clotaire : Comme je vous rends grâce de si belle confiance
Vous m’êtes si précieux de solide amitié

Valence : C’est le moins que je puisse en égards de créances
Puisque vous ne m’offrez nulle chose à moitié

Clotaire : Brisons là mon ami, trêve de politesse
J’ai, de toute importance, je l’avoue sur le champ
A vous entretenir d’un sujet qui m’oppresse
L’objet de tous mes rêves en tous points alléchants
S’avère être un délice aux plus doux des attraits
Un bijou plein de charme, une frêle colombe
D’un visage si fin jusques aux moindres traits
Au regard si profond qu’à la voir j’y succombe
Sa voix mélodieuse à l’ouïe me ravit
Son sourire m’éclaire en traçant son chemin
Je goûte son parfum aux pas qu’elle gravit
Il jaillit de son être un rien de surhumain



Valence : Parbleu mon bon ami, vous en êtes épris !
Jamais vous ne m’eussiez laissé tant d’impression
A cette inclinaison vous donnez tant de prix
Qu’on vous dirait nourrir une tendre passion

Clotaire : Croyez en, mon ami, ce que vous entendez
Mon cœur vous a décrit les effets de l’émoi
Qui fraient en mon esprit au point de vous mandez
Afin que vous puissiez la convier pour moi

Valence : Sachez qu’en bien des points je vous suis serviteur
Mais comment puis je ici vous être de secours ?
Ignorant tout de celle qui prend votre cœur
Puissiez-vous me donner le nom de cet amour ?

Clotaire : Elle se nomme Sophie, Comtesse de Marsan

Valence : N’est ce point la nièce de ce Coligny ?
Ce Huguenot, ce fat, si fourbe et indécent
Est-elle Calviniste aussi votre Sophie ?

Clotaire : Qu’elle appartienne ou non à cette religion
Cela m’importe peu puisqu’elle détient mon cœur
Il importe en revanche que nous partagions
Notre félicité pour la chanter en chœur

Valence : Allons mon cher ami, mais vous déraisonnez
Ces gueux sont des impies ils veulent notre perte
Ils ourdissent afin de mieux vous prosterner
Par d’habiles manières, voulant votre âme offerte
J’imagine déjà leurs regards satisfaits
En voyant la donzelle vous mettre à genoux
Afin que de vous voir accomplir ce forfait
Epouser l’hérésie, que vos âmes se nouent

Clotaire : Grand Dieu cher Augustin, seriez-vous affecté ?
Pour ne voir que noirceur en tous lieux, en tout être
En pensant que ces gens se pourraient délecter
A me savoir épris, afin de me soumettre
Ils sont aussi chrétiens que vous et moi le sommes
En dépit des préceptes qui leurs tissent foi
Appartenant de même à la race des hommes
Obéissant à Dieu en divergeant de lois

Valence : Je constate, mon cher, qu’ils vous tiennent déjà
La jeune demoiselle aurait si bien œuvré
Qu’ainsi en leurs eaux troubles votre esprit nageât
Vous m’en voyez alors fort contrit, désoeuvré




Clotaire : Augustin mon ami, votre raison s’égare
Nul ne saurait corrompre ainsi ma force d’âme
Pas même cette nymphe au plus doux des regards
D’autres ont essayé par plus perverses trames

Valence : Oh ! Mais vous ignorez leurs armes diaboliques
Et combien ils se peuvent user de stratagèmes
Afin de pervertir en vous tout sens critique
En anéantissant votre foi de baptême

Clotaire : Que vous ont-ils donc fait pour justifier la haine ?
Qui souille vos propos en leurs excès de fiel
Sont-ce quelques félons à l’engeance malsaine ?
Qui vous auraient détruit jusqu’en vôtre essentiel
Vous rugissez leurs noms quand vous les prononcez
Vous les invectivez, vous leurs montrez les crocs
Comme s’ils vous avaient d’un grand mal terrassé
Comme s’ils n’étaient que vils, pourfendeurs ou escrocs
Ô comme je vous plains, vous mon ami, mon maître
Envers qui je nourris pourtant moult louanges
Mais de vous ces propos je ne puis les admettre
Est-ce vous qui parlez ? Je le crains, mais qu’entends-je ?

Valence : Mais ces traîtres renient les dogmes de l’Eglise
En s’opposant au pape, à son autorité
Ils refusent de croire en la Vierge promise
Telle mère de Dieu en toute sainteté

Clotaire : Cela ferait-il d’eux, d’ignobles assassins ?
Serait- il interdit aux hommes de douter ?


Valence : Ce serait là commettre un lourd péché malsain
Si l’on blasphème ainsi on doit tout redouter !

Clotaire : Je ne vous pensais point sujet aussi crédule
Pour avaler d’un trait autant de poudre aux yeux
Vous me semblez du lot de ceux que l’on accule
Aux niaiseries propices à la crainte de Dieu
De celles que l’on sème afin de mieux tenir
Les ouailles sous le joug de ces grands chefs d’Eglise
Afin que d’éviter tout conflit à venir
En Avignon déjà cela était de mise


Valence : Je ne vous connais plus, pitoyable Clotaire
Vous pourfendez l’Eglise, usant de sacrilèges
Vous anéantissez ses plus nobles mystères

Clotaire : Vous défendez, je vois, ses moindres privilèges
Valence : Il suffit ! Vous ne respectez rien de sacré
Je n’en puis supporter à l’instant davantage !

Clotaire : Je suis peiné de voir que vous fussiez outré
A ne supporter point critique sans ambages !

Valence : Comme il vous semble aisé en séant de juger
Vous croyant à l’abri de tous ces sortilèges
Craignez qu’un jour maudit mal vous fût adjugé
Car du courroux de Dieu plus rien ne vous protège
Vous me voyez dévot, pleutre ou même crédule
Maudissant de vos maîtres, le sage enseignement
Feignant un esprit libre, devenant ridicule
Afin de démontrer que l’Eglise, nous ment
Sans doute vous est il opportun de vous croire
A cet instant précis un être d’arrogance
Se gaussant de ces choses de noble mémoire
Défendant les indignes de votre indulgence

Clotaire : Ainsi mon cher ami, il vous plait à penser
Que je me puisse croire au-delà de nos maîtres
Me fourvoyant ainsi de manière insensée
Combien lors vous puissiez aussi mal me connaître
Je n’ai de prétention qu’à garder l’esprit libre
M’ouvrant à toute foi, n’en méprisant aucune
Je veux en toutes choses trouver l’équilibre
Apprendre à discerner les vertus de chacune


Valence : Je comprends qu’en ces mots vous remettez en cause
Les croisades menées contre les Sarrasins
A nos grands chevaliers votre thèse s’oppose
Je sache vos aïeux en compter quelques uns

Clotaire : Il est vrai en effet qu’en ma longue lignée
Je dénombre sans honte maintes chevaleries
Cependant aujourd’hui, pourquoi donc le nier
Ils ont du se livrer à de moult tueries
Nantis comme vous l’êtes, de nobles intentions
Emanant de leur pape et du bon Roi Louis
Qui les voulaient admettre en grande soumission
A l’Eglise de Rome, autre étant inouïe !

Valence : Huguenots, Sarrasins et Juifs aussi peut-être ?
Les meurtriers du Christ ont-ils grâce à vos yeux ?

Clotaire : Vous donnez ce crédit encore à vos ancêtres ?
Les Romains seuls, crucifièrent le fils de Dieu


Valence : Souffrez que je m’en aille aussitôt sur le champ
J’ai honte à vous ouïr exprimer de la sorte
Vos propos saugrenus en leur venin crachant
Sans tarder je franchis sans détour votre porte

Clotaire : Fuyez mon bien aimé, je ne vous chasse point
Gardez votre rancœur en vôtre âme bornée
Quoiqu’il puisse arriver là où l’avenir point
Vos convictions fermées s’y verront ajournées






FIN de l’acte I








































Acte II

Clotaire se rend chez Marsan, là il tombe nez à nez sur a fille Sophie, dont il est amoureux. La scène se passe dans le jardin de Marsan.


Clotaire : Grand pardon, gente dame, il s’en fallut de peu !
J’ai failli percuter votre noble céans

Sophie : Point ne soyez confus surtout mon cher Monsieur
Il ne fut rien en vous qui sembla mal séant

Clotaire : Comme il m’est tendre et doux que de vous entrevoir
Madame, même si je cherchais votre père
De voir votre personne je n’eusse osé le croire
Tant cela m’eut paru aussi folle chimère

Sophie : Quelle galanterie ! Dusse ai je m’empourprer ?
Sous tant de flatteries il me monte des fièvres
Où puissiez-vous trouver en moi telle vêprée
Tant ces mots me font aise au sortir de vos lèvres

Clotaire : Vous n’êtes que douceur, grâce et tendre beauté
Il sied au sol foulé de porter tous vos pas
Tant leur flot est léger en toute agilité
Et le soleil se flatte à dorer vos appâts
Le vent vous caressant s’enivre à vos parfums
Il n’est d’aucun oiseau qui ne vous jalousât
Tant votre chant nous berce en son Ut au plus fin
La pluie sur vos cheveux en perles se posa
Je n’ose ici Madame, vous livrer l’émoi
Qui gonfle ma poitrine à trop y sentir battre
Mon cœur prêt à se rompre à ne m’être plus moi
En un combat si lourd où je ne puis combattre

Sophie : Cessez mon tendre ami, ces louanges si hautes
Desquelles je me sens indigne en tous leurs sens
Je n’y puis que rougir à me sentir en faute
Devant tant de noblesse à me placer en transe
Souffrez que je m’émeuve à votre émoi charmant
Qui m’emplit de fierté à vous ouïr de la sorte
Vous me semblez sincère en votre cœur aimant
Et j’y trouve un bien être tant ces choses m’importent

Clotaire : Entendez-vous le chant qui de mon cœur s’élève ?
A vous voir me sourire de plaisante façon

Sophie : Je l’entends, il me semble, ici et dans mes rêves
Il fraie avec le mien en commune chanson

Clotaire : Ainsi donc vous m’aimez sans le moindre dilemme
Vous êtes-vous éprise depuis combien de temps ?

Sophie : Je sais depuis toujours, qu’en pensée je vous aime
Je le comprends ici, face à vous, à l’instant

Clotaire : Ô ma douce, ma mie, qu’à mon cœur il est tendre
De vous savoir ainsi prompte à me reconnaître
Vous que j’ai dû chercher et que j’ai su attendre
Et qui venez enfin alors de m’apparaître
J’ignorais à quel point vous me pussiez aimé
Lorsque je vous croisais au détour d’une rue
Que mon cœur chancelant se voulait arrimer
Au vôtre sans répit dès qu’il m’eut apparu
Je n’étais que manant, étranger et sans but
Errant vaille que vaille au hasard de la vie
Presque un gueux oublié, condamné au rebus
N’ayant plus d’idéal et pas le moindre avis
Un jour que vous vinssiez auprès de votre père
Quémander quelques pièces au but de charité
J’ai su que je trouvais en vous quelque repère
Et qu’il me faudrait lors ne jamais vous quitter
C’est depuis ce jour là que je me viens ébattre
Autour de vos jardins et près de votre cour
Espérant vous croiser en l’idée opiniâtre
Que de vous admirer et de vous faire la cour
Afin qu’un jour béni vous me fissiez honneur
Par un « oui » d’accepter de m’offrir votre main
Faisant de moi un homme au plus grand des bonheurs
De poursuivre sans cesse avec vous le chemin

Sophie : Je serais honoré mon ami, mon très cher
De prendre votre nom dès lors que mon aïeul
Vous aura accordé ma main et je suggère
Que vous puissiez vous rendre sitôt à son seuil

Clotaire : Oh ! J’y vais de ce pas tant l’angoisse m’oppresse
A la crainte de voir m’opposer un refus


Sophie : Ne craignez point Amour ! Tant il lui semble en presse
A me voir bienheureuse avec qui que ce fût !





Au hasard des jardins, Clotaire rencontre le Duc de Marsan.


Clotaire : Pardon Monsieur le Duc de vous importuner
Mais j’ai en toute urgence et sans vous empresser
A vous entretenir sans trop vous étonner
D’un sujet fort enclin à vous intéresser
Je viens vous demander sans le moindre détour
La main de votre fille, objet de ma passion
Vous assurant, Monsieur, la promesse en retour
Œuvrer à son bonheur sera mon obsession


Marsan : Monsieur, je vous sais gré de si noble vouloir
Et je sache de vous tant de précieux effets
J’aurais mauvaise grâce aux vertus à valoir
A ne point discerner en vous l’être parfait
L’homme sage et discret aux dires de ma fille
Nanti d’un héritage loyal en toutes formes
Aussi vous offrirais-je la main de ma fille
Dès votre conversion aux lois de la réforme

Clotaire : Je reste abasourdi de telle transaction
Comment pouvez-vous donc oser me soudoyer
Si j’éprouve respect envers vos convictions
En reniant mon culte je serais dévoyé
Ce serait abjurer les dogmes de mes pairs
Tout ce qui alimente en moi force et vertu
Mes précieuses valeurs, mes plus nobles repères
Richesses de toujours que ma foi m’institue

Marsan : Je constate avec peine votre désintérêt
Ma fille vaudrait donc moins que vos convictions
Vous n’y trouvez donc point d’aussi précieux attraits
Sacrifiant dès lors votre belle passion

Clotaire : Monsieur vous me voyez ici désappointé
Je croyais gentilhomme l’auteur de ma Mie
En constatant l’absence de votre dignité
Je souffre de vous voir d’indulgence, insoumis

Marsan : Ainsi vous seriez donc comme tous vos semblables
Abject, intolérant envers les Calvinistes
Nous trouvant en tous points, en tous lieux méprisables
Quoique envers mon enfant l’inclinaison subsiste

Clotaire : Je vous dois le respect, Duc à bien des égards
Mais je ne sache point vous avoir demander
De convertir Sophie, de peur que ne s’égare
A l’infidélité son âme, à s’amender
En aucune façon je n’ai, ici, Monsieur
Livrer quelque mépris face à votre croyance
Aussi, au risque là de sembler audacieux
C’est vous seul qui jouez de votre intolérance

Marsan : Il suffit, insolant, perfide, je vous chasse
De ma fille jamais n’aurez le privilège
De convoler en noces, puisque de cette grâce
Vous me semblez indigne à trop de sortilèges

Clotaire : Ci fait, je prends congé sans la moindre rancœur
Peiné de ne voir point en vous la grandeur d’âme
Que l’on m’avait décrite partout de grand cœur
Loin de me résigner, je ne vous sache infâme
Je vous ferai un jour entendre la raison
Si votre cœur nourrit vraiment pour votre fille
Sentiment aussi fort que mon inclinaison
Nous voulons tous les deux son bonheur sans resquille


Sophie qui rôde à proximité vient au devant de celui auquel son cœur aspire.

Sophie : Alors mon bel ami, quelles sont les nouvelles ?
Mon père vous a-t-il permis notre hyménée ?

Clotaire : Hélas ma tendre aimée, les choses sont cruelles
A n’être point unis, nous semblons condamnés

Sophie : Pourquoi diable l’amour serait-il interdit ?
Narrez moi la teneur de la conversation
Il me tarde à savoir ce qu’il vous aura dit
Parlez, je vous en prie sans nulle restriction


Clotaire : Ô ma douce, ma mie, votre père est injuste
C’est un homme sans cœur qui ne transige rien


Sophie : Comment ! Vous insultez un être des plus justes
Celui qui m’enseigna avec soin tant de biens

Clotaire : Je crains qu’il ne vous faille le reconsidérer
Il me somme en conscience de me convertir
Avant de consentir et se voir adhérer
Au projet de l’amour si prompt à nous unir

Sophie : Mais convertissez-vous et puis finissons-en !
Qu’importe aux yeux de Dieu le nom de votre foi

Clotaire : Qu’il vous parait aisé de penser au présent
Qu’on puisse transiger sans renoncer à soi
La foi nourrit mon être en toute condition
Elle me revêt, me hante et de tout me révèle
Me guidant pas à pas à maintes occasions
Et lorsque point le mal elle me donne des ailes
Comment eussiez-vous pu me la voir abolir
En oubliant ainsi tout ce qu’on m’enseigna
S’il advint que parfois Rome se vit faillir
Jamais de la servir il ne m’en dédaigna

Sophie : Je vous sache critique pourtant de moult points
On vous entend partout médire de votre Eglise


Clotaire : Je la voudrais meilleure, accordant plus de soin
A tous ceux qu’elle adjuge, à ceux qu’elle méprise

Sophie : Il vous est reproché d’étudier Calvin
On dit que ses notions se pourraient vous séduire

Clotaire : J’ai lu ses théories, l’effet ne fut pas vain
Il faut des autres thèses apprendre et s’en instruire

Sophie : Vous ne condamnez point l’esprit de mes croyances
Alors se pourrait-il que vous les épousiez ?

Clotaire : Je respecte en effet toutes vos différences
Il serait mal séant que vous en abusiez
En dépit de l’amour qu’à votre égard j’éprouve
S’il est vrai que pour vous j’irais toucher le ciel
Ne suppliez donc point qu’ainsi je vous le prouve
En me priant alors de n’être plus fidèle

Sophie : Alors mon tendre aimé serions-nous donc maudits ?
Puisque nul ne pourra troquer sa dévotion
Notre amour n’aura lors, plus le moindre crédit
Vous renoncez à moi en toute soumission

Clotaire : Détrompez vous ma mie, je me battrais pour vous
J’affronterai le Duc en grande fermeté
Sans agressivité je promets, je l’avoue
Votre amour me tient force, espoir et liberté
Nul ne saurait me taire ni plus me soumettre
Je ne choisirai point entre vous et ma foi
Puisqu’en mon cœur les deux ne me sont qu’un seul maître
Et je vous choisis donc avec elle pour loi


Sophie : Tant de grâce me comble en si noble attention
Mais je crains, mon ami, votre foi téméraire
Comment pussiez-vous donc, à moins de contrition
Retourner mon aïeul d’aussi souple manière
Je le sais de toujours, ancré à ses sentences
Il ne transige point dès lors qu’il a tranché
Puisque tout comme lui vous tenez à l’outrance
Il n’est aucune issue à ce cruel marché.

Clotaire : Si peu n’ayez ma mie, de confiance envers moi
Qu’à l’échec il vous semble mon dessein voué
Croyez en ma parole qui s’abreuve d’émoi
Et puissiez-vous un jour d’amour vous en louer
Car je n’aurai de cesse à œuvrer à ce but
Tant que notre passion sera, de vous, nourrie
J’irai livrer combat sans crainte des abus
A toute adversité si l’amour me sourit

Sophie : Vous avez, tendre amour, de moi confiance acquise
Je prierai jusqu’au bout afin que Dieu vous aide
A faire entendre enfin, toutes raisons requises
La voix de la sagesse afin que le mur cède
Souffrez que néanmoins je demeure soucieuse
A connaître mon père en ses moindres détours
Je n’en puis qu’admirer la ferveur ambitieuse
Dont vous user sans fin pour sauver notre amour

Clotaire : Croyez alors mon ange, en la grâce divine
Si noble est le combat qui agite mon être
Je n’y puis que toucher votre père, qu’il s’incline
Et qu’à notre dessein il veuille se soumettre

Sophie : Soit ! Allez mon amour, œuvrer à ce dessein
Je patiente avec foi, j’attends notre victoire
Je vous serai alors conquise et le cœur ceint
De vouloir convoler pour notre belle gloire

Ils se séparent.





FIN de l’Acte II.







ACTE III.

Après ma mort de l’amiral Coligny, les Huguenots ourdissent un plan pour assassiner la reine 5 Catherine de Médicis) qu’ils jugent responsable ainsi que ses enfants et Henri de Navarre qu’ils estiment trop mou. (C’est le 23 août au soir). Cela arrive jusqu’aux oreilles de Catherine qui, pour se préserver décide le massacre de tous les chefs Huguenots, c’est le massacre de la Saint Barthélemy.

La scène se passe chez le Duc de Marsan, quelques chefs de file se réunissent pour organiser l’assassinat de Catherine. Il y a là, le Baron Jean de Moscade, le Compte de Grinois, le Duc de Barfleur et le Duc de Marsan. Chacun use de sa supplique pour convaincre le Duc de Marsan qui semble opposé à ce terrible projet.

Moscade : Il importe, Monsieur de rendre ici justice
Afin que l’Amiral se vît enfin vengé

Grinois : Vous devez vous rallier à tous ceux qui sévissent
Au sein conspirateur où troupes sont rangées

Marsan : Je ne puis acquiescer chose tant meurtrière
Vous ne possédez point contre la Florentine
Les certitudes acquises pour cet acte de guerre
J’éprouve une aversion aux traques assassines

Moscade : Allons Monsieur le Duc, il n’est rien à prouver
Chacun sait son désir de nous anéantir
Si nous n’agissons point elle saura trouver
L’occasion à jamais afin d’y parvenir

Grinois : Le Baron a raison, il nous faut sans tarder
Briser tous ses desseins avant qu’elle nous détruise
Il n’est d’autre manière de s’y hasarder
Que lui trancher la gorge en saignant sa traîtrise

Barfleur : Amis, je veux en être et tuer la Régente
S’il le faut je tiendrai par moi-même la dague
Qui la transpercera de façon si violente
Qu’elle se repentira de si cruelle attaque

Marsan : Allons ! Mes bons amis, la haine vous égare
Il n’est pire bourreau que celui qui s’enfonce
Au puits de la souffrance haineux à tous égards
Puisqu’il n’a que l’horreur pour ultime réponse
Veuillez attendre là toute investigation
Et nous informerons le roi de ce forfait
La justice suivra son cours sans restriction
Et nous aviserons une fois satisfaits

Grinois : La justice de qui ? Celle des catholiques
Seriez-vous si naïf à croire en l’équité ?


Moscade : Ces gens là sont des fats, ils n’ont aucune étique
S’ils la jugent ils sauront bien vite l’acquitter

Barfleur : Il faut la trucider, cette femme est le diable
Douteriez-vous encor’ qu’elle tua votre beau frère ?

Marsan : J’éprouve autant que vous un mépris ineffable
Envers la misérable et ses complots pervers
Serait-il opportun que de nous mettre à mal
Envers le roi de France et le roi de Navarre
Que nous pouvons soumettre à tout notre idéal
Quoique la Médicis à la vertu s’effare.

Moscade : Que pouvez-vous attendre de telle inertie
Henri est un poltron sous le joug de la Reine
Et il se livrera aux pires facéties
Pouvant même abjurer si les dangers surviennent

Grinois : Nous déplorons c’est vrai le manque d’allié
Nul ne veut à la cour plaider notre ferveur
Auriez-vous quelque ami qui saurait rallier
Notre cause en admis auprès des décideurs

Marsan : J’ai bien ce roturier fils de bonne famille
Catholique fervent, d’esprit réprobateur
Qui convoite avec fièvre la main de ma fille
Que je puis assouplir par d’habiles vecteurs
Donnez-moi quelques heures afin que j’y pourvoie
Je vous en rendrais compte demain midi céans
Veuillez me laisser seul à présent que je vois
Le biais qu’il me faut prendre à l’égard du manant

Une heure après Clotaire vient chez Marsan pour tenter de lui faire changer d’avis.

Marsan : Ah ! Vous mon jeune ami, je vous allais quérir
Je dois, de toute urgence, vous supplier d’une aide
Si vous voulez ma fille, il vous doit d’obéir
A cette condition il se peut que je cède

Clotaire : Auriez-vous renoncé à me voir convertir ?
Vous seriez vous nanti d’âme plus indulgente ?

Marsan : Cessez d’être puéril, danger doit advenir
Il se trame un complot pour tuer la Régente

Clotaire : En seriez-vous peiné ? Elle vous est ennemie !
Sa mort devrait, je crois aplanir vos projets !


Marsan : Détrompez-vous mon cher, ce serait infamie !
Ces sots vont mettre à mal la cour et ses sujets
Ils risquent d’attirer sur nous toutes les foudres
Provoquant l’avalanche de morts en nos rangs
Pour peu qu’après les nôtres se veuillent en découdre
Tout ne sera que sang, destin désespérant !

Clotaire : Diantre ! Vous m’horrifiez ne parlant de la sorte !
Que voudriez-vous donc que je fasse pour vous ?


Marsan : Allez parler au roi, contez lui qu’il importe
Qu’on juge l’assassin de l’Amiral, surtout


Clotaire : Si j’y parviens alors, aurais-je votre fille
Ne serait-ce point là un serment alléchant

Marsan : Si vous y parvenez, sans la moindre resquille
Je vous accorderais sa main là sur le champ !

Clotaire : Je vais donc de ce pas voler de toute urgence
Croyez que j’emploierai force de conviction
Si le roi se refuse à toutes doléances
J’userais d’argument étanche à l’objection


Une heure après Clotaire revient affolé :

Clotaire : Monsieur, je viens d’apprendre une affreuse nouvelle
Catherine a eu vent du complot qui se trame
Elle vient d’ordonner de manière officielle
La mort de tous vos chefs, concevez-vous se drame ?
Il vous faut sans tarder, votre fille et vous-même
Quitter la capitale et vous en éloigner
Les bourreaux sans égard envers celle que j’aime
Sauront la trucider, je peux en témoigner


Marsan : S’il est vrai, jeune ami, qu’on vous donne raison
Je vous confie ma fille, sachez en prendre soin
Moi je ne fuirai point, suppliant d’oraison
Qu’en lieu sur vous pussiez la soustraire très loin

Clotaire : Mais vous n’y pensez point, ils vous massacreront
Ces chiens n’ont de respect du titre ni de l’âge


Marsan : J’attendrai là mon sort je ne suis point poltron
Ils devront me faire face en assénant l’outrage
Clotaire : Je salue la bravoure ici qui vous honore
Mais ne puis accepter telle résolution
Vous êtes noble père de celle que j’adore
A votre sacrifice j’émets quelque objection

Marsan : Il suffit jeune ami ! Faites ce que j’ordonne
Je vous offre ma fille aux fins de l’hyménée
Qu’à votre religion à ce jour elle s’adonne
Et comblez la sans fin puisque tant vous l’aimez
Je ne suis qu’un vieil homme et vous en êtes digne
Vous me témoignez là si belle loyauté
Je ne puis que mourir et mon cœur se résigne
A m’évanouir en paix la sachant bien dotée

A ce moment Sophie qui ignore tout, entre :


Sophie : Qu’est ce donc là mon père ? De quoi conversiez-vous ?
Vous me semblez enclin à la mélancolie
Se puit-il qu’il vous prît un dessein des plus fous
Que l’un de vous deux parle, quel grand secret vous lie ?


Clotaire : Monsieur, il vous faut là lui révéler l’affaire
Point ne la laissez donc en totale ignorance


Sophie : Parlez ! Vous mon amour, qu’avez-vous à me taire ?
Il se trame, je sens, quelques extravagances

Clotaire : Ma mie, il vous faut fuir, il pèse des menaces
Votre père me prie de vous mettre en lieu sur
Souffrez que je vous prenne de façon tenace
Afin de vous soustraire à la moindre blessure

Sophie : Comment est-ce possible ? Qui nous voudrait tuer ?
Aurait-on là commis quelque crime inexpiable ?

Clotaire : Certains chefs Huguenots auraient ainsi conspué
Envers notre Régente, cette femme est le Diable !
Apprenant le complot, elle veut exécuter
Tous ceux de votre père afin de les éteindre
Votre père et vous-même auriez été cités
Il se refuse à fuir, je puis le contraindre

Sophie : Point ne serait question de vous abandonner
Père je vous supplie à genoux de nous suivre
Comment pourrais-je un jour ainsi me pardonner
De vous avoir laisser ! Dieu veut qu’on vous délivre !



Marsan : Mon enfant, il vous faut à présent m’obéir
Suivez ce gentilhomme afin de convoler
Vous saurez abjurer afin que de servir
Avec lui tous ses dogmes à n’en d’aucun violer

Sophie : Que nenni ! Très cher père, en dépit du respect
Qu’il sied que je vous doive en digne jeune fille
Je ne pourrais quitter la place en toute paix
Qu’en vos deux compagnies ancrée jusqu’aux chevilles

Clotaire : Mamour, vous vous devez ainsi de vous soumettre
Au vouloir paternel, entendre son avis
A cette déraison que vous devez admettre
Allons, ne tardons point, venez je vous ravis

Sophie : Je ne puis le laisser, Clotaire vous m’aimez
Souffrez qu’à mon vouloir il faille consentir

Clotaire : Mon ange, il se fait tard votre vie doit primer
Je les sais qui s’approchent pour vous anéantir


Sophie : Je prie Dieu qu’il m’entende afin de le sauver
Sachez mon bel amour qu’en vous devenant femme
Je n’abjurerai point, je tiens à préserver
Tout ce qu’il m’enseigna de vertus jusqu’à l’âme

Clotaire : Il en sera ainsi que vous le désirez
Puisque telle vous êtes et telle je vous aime
Préservez vos vertus, je puis vous assurer
Que tous mes vœux d’amour s’allieront à ce thème.








FIN de l’Acte III



































Acte IV –


Après le massacre, Clotaire héberge Sophie. Valence vient tenter de justifier le massacre à Clotaire qui, excédé lui conte ce qu’il ressent.


Valence : Comme je suis bien aise ici de vous trouver
J’ai craint pour votre vie sachant vos amitiés
Je sache l’aversion que lors vous éprouver
Envers l’excès de zèle au manque de pitié
De ceux qui ordonnèrent ces douloureux sévices
Même si je répugne à ce sang trop versé
Croyez qu’il faut pourtant parfois des sacrifices
Afin de parvenir à évangéliser

Clotaire : Je regarde Paris en ces lieux désertés
Il n’est que sang partout aux détours de ses rues
Des corps gisent en masse aux pavés affectés
Partout la mort s’inhale en ses odeurs courues
Certains parfois gémissent en flots douloureux
Avions-nous donc raison de nous croire meilleurs
Cela justifiait-il tant de vies sacrifiées
J’en frémis, j’en vomis sur ce tableau d’horreur
Ne sachant aujourd’hui à quel Dieu me fier
Fallait-il un exemple ? N’est-il qu’une vérité ?
Dieu n’a-t-il pour enfant qu’engeance catholique ?
N’aime-t-il point les hommes en leur diversité ?
Diverses notes engendrent la même musique
J’ai vu tous ces bourreaux au hasard des quartiers
Si fiers que d’accomplir cette tâche cruelle
Egorgeant ça et là sans la moindre pitié
Ceux qu’ils croyaient impies, païens ou infidèles
Ils arboraient l’allure de vaillants guerriers
Tous certains de remplir une noble mission
Puis revenant sereins en leur humble terrier
La conscience apaisée sans haine ni passion.
Qui est le plus barbare en telle ignominie,
Le maître qui l’ordonne ou son exécutant ?
Je n’y puis faire un choix, si lourde est l’infamie
Les victimes toujours étaient les protestants
Vous me dites, Monsieur qu’il faut des sacrifices
Afin que d’imposer les règles d’évangiles
Pourtant même nourri sous les meilleurs offices
Qui veut donner la mort n’est qu’odieux imbécile
Avons-nous oublié les saintes écritures ?
Le « Tu ne Tueras Point » se pourrait-il renier
Pourrions-nous sans remord jouer de forfaiture
Sans nulle compte à rendre au jugement dernier
Aux prétextes que Dieu aurait tracé sa route
Evacuant à jamais tous les non catholiques
Permettant de juger et sans le moindre doute
Toute autre religion en tout ce qu’elle implique
Non ! Je ne puis, Monsieur, accepter votre thèse
Me résoudre à cela serait me renier
De pouvoir mettre ainsi des vies en parenthèse
Plaçant toutes les têtes au même panier

Valence : Mais l’Eglise nous dit qu’il n’est qu’un seul Vrai Dieu
Ceux qui refusent ici la voie de soumission
S’exposent à ses foudres sur terre comme aux Cieux


Clotaire : Foutaise que cela, l’Eglise et ses notions !


Valence : Vous blasphémez, Monsieur, contre la Sainte Mère
Elle nous est refuge et nous guide en tous points


Clotaire : Et le pape se veut nous être le Saint Père
Infaillible et sans tache, rien de mieux ni de moins
Etes-vous donc naïf que de croire cela ?
On nous berce depuis tant de générations
Avec tous ces préceptes sans y mettre un holà
En nourrissant la haine avec tant de passion
Nos ancêtres ont cru en ce flot d’inepties
Afin de massacrer des Juifs, des Sarrasins
Pour combien d’hérésies ou de dogmes précis
L’Eglise fera-t-elle de nous des assassins ?

Valence : Il suffit mon ami, vos propos me ré pulsent
Vous profanez la foi, socle de notre histoire
En entendant ces mots mon âme se révulse
J’ai honte pour vos pères et leur noble mémoire

Clotaire : Moi j’ai honte pour eux de leur ignominie
Tant leur folle ignorance les a rendu cruels
Ne conjuguant l’Amour qu’avec parcimonie
Reniant là leur essence, leur flux intellectuel

Valence : Ainsi donc vous n’avez que mépris et que honte
Envers ceux qui tissèrent votre généalogie
Ce qui forge l’histoire en tout ce qu’elle raconte
Semble n’être pour vous qu’une idéologie

Clotaire : Je méprise les actes en ce qu’ils ont d’horrible
Ceux qui les perpétuent ne sont point haïssables
Dès lors qu’ils pussent croire aux ordres infaillibles
La volonté de Dieu étant insaisissable
Il faut de notre histoire, savoir puiser le fond
En extraire les maux, toutes les circonstances
En tirer des leçons au sens le plus profond
Et bâtir un futur sans feindre l’ignorance
Sachez aussi Monsieur, que nul n’est infaillible
Pas même le Saint Père, pas plus que notre Eglise
Il faut, des testaments, bien comprendre la bible
A la crédulité, nulle âme n’est soumise
Il faudrait être fat, sot ou même puéril
Pour croire sans douter tout ce qu’on nous assène
Ni remettre en question quelques dogmes subtils
Puisqu’ils ne sont que fruits de réflexions humaines
On doit, de nos esprits évaluer la somme
Afin que d’y trouver l’once de vérité
C’est là notre noblesse, notre richesse d’homme
Nous gagnerons alors en solidarité
Et plus jamais personne ne devra subir
L’exclusion, la poursuite, le mal intolérant
Nous devons travailler, ériger l’avenir
Qu’à nos fils il leur semble un peu plus espérant.


A ce moment Sophie entre dans la pièce. Valence dégaine son épée.


Valence : Serait-ce la félonne qui vous eut perverti ? (Il la transperce)
Voici ton châtiment pernicieuse sorcière !
Je vous eus, cher ami, pourtant bien averti
Je devais préserver votre âme salutaire !

Clotaire : Quel horrible forfait venez-vous de commettre !
Je vous cru de longtemps mon plus fidèle ami
Je vous retrouve là tel un ignoble traître
Je reste démuni devant telle infamie

Sophie : Sont-ce là vos amis, des gens aussi cruels
Qu’il leur faille pourfendre tous ceux que vous aimez
Habités par la haine et le cœur plein de fiel
En ignorant l’amour en tous lieux essaimé

Clotaire : Ne parlez plus mamour, préservez votre souffle
Qu’on appelle un docteur, diable que font ils donc ?
Nous allons vous sortir très vite de ce gouffre
Ceci vient par ma faute, j’implore votre pardon


Sophie : Je ne puis pardonner ce qui de vous n’incombe
Vous m’êtes, fol amour, un présent si précieux
S’il advint qu’à ce jour à la mort je succombe
Je saurais vous aimer bien au-delà des Cieux

Clotaire : Ne mourrez point ma mie, ô je vous en conjure !
A l’idée du bonheur il vous faut arrimer
Je vous serai servant dévoué, je le jure
Sachez que je vous aime autant que vous m’aimez


Sophie : Ces mots me sont caresses en effleurant mon être
A n’y plus ressentir la douleur qui me ronge
Je m’envole sans crainte et Dieu peut m’apparaître
Vos traits me seront lors bel et ultime songe

Valence : Pardonnez mon ami de vous rendre souffrance
Il me fallait expier ce mal qui vous dévore

Clotaire : Vous n’avez rien compris en vôtre âme d’errance
Votre cœur entretient des idées que j’abhorre
Si lors je vous épargne en dépit des rancoeurs
Ce n’est que pour mémoire d’une belle amitié
Puissiez-vous prier Dieu qu’il germe en votre cœur
Un peu de tolérance et de vous j’ai pitié
A présent je vous chasse avant que d’être enclin
Aux folies meurtrières qui se voudraient naître
A l’encontre de vous pour mon pire déclin
Puisque je ne saurais alors me reconnaître

Sophie : Vous devez pardonner tous ces flots de démence
Je sache votre cœur prompt à ne point honnir
Qu’à ne point pardonner vous seriez en souffrance
Puisse de vous la paix s’éprendre et s’y tenir

Clotaire : Votre cœur en vertus s’honore sans ombrage
Vos propos conciliants tendent à le prouver
Et votre âme si pieuse dissipe en moi la rage
Qu’il est noble mon cœur de vous avoir trouvé.
Avec tant de fierté au-delà de la mort
Je saurais vous aimer en dépit du chagrin
Qui brise tout mon être autant qu’il vous dévore
Liés par notre amour au sein du même écrin

Sophie : Adieu, et à bientôt mon tendre et fol amant
Mon être se rassure à vous savoir sans haine
Vous êtes brave et fort, gracieusement aimant
Offrez-moi le baiser qui taira votre peine.


Il l’enlace et lui offre un long baiser afin qu’elle s’éteigne dans ses bras.


FIN de La Nuit Rouge


MAI 2008. Vincent GENDRON




































































Une Vue sur la Mer (po鑪e)

30/03/2010 11:35 par vinny53poesie

Et la mer était verte

Aux mille et un reflets

Pour tant de découvertes

Pour m'offrir ses effets.

Elle ronflait avec grâce

Au cœur de février

En laissant quelques traces

Sur le sable mouillé.

Elle s'enivrait ravie

De séduire mon regard

Sachant là mon envie

De m'y fondre au hasard

Elle dansait sans complexe

Telle une courtisane

Je demeurais perplexe

En matelot profane

Et la mer se brodait

En dentelle d'écume

Sachant qu'elle inspirait

Tous ses flots à ma plume

Qui ne savait traduire

Les élans de mon cœur

Sans risquer d'en déduire

Qu'elle fut mon bonheur

 

Et la mer souriait

De ses flots aguichants

Puis elle me rassurait

Me berçant de son chant

Je n'y pouvais répondre

Mais elle m'était amie

Pour ne point me morfondre

De lourdes infamies.

Et la mer épousait

L'azur du ciel serein

L'un et l'autre posaient

Leur regard souverain

De tant de bienfaisance

Eclairée de tendresse

Avec tant d'insistance

Que mon cœur en détresse

Ne pouvait y trouver

Qu'une consolation

M'empêchant de "crever"

Dans ma désolation.

Et la mer était verte

Aux mille et un reflets

J'ai fait sa découverte

Jusqu'aux moindres attraits

 

Vincent GENDRON

Le 21-02-2002 (St BENOÎT des Ondes

 

R騅駘ations

26/03/2010 20:54 par vinny53poesie

                                                                                            Révélations



Je suis l’ombre de Dieu
Silhouette incertaine
Qu’on devine avec peine
En écartant les cieux
Quand le soleil dessine
Au milieu des nuages
Des lézardes sauvages
Aux lueurs qui fascinent

Je suis la voix de Dieu
Mélopée captivante
Lorsque le temps s’évente
En son doux chant radieux
Caressant les branchages
Ou vagues écumées
Qu’il nous plait à humer
Quand d’effluves se chargent

Je suis le cri de Dieu
Quand je foudroie de rage
En des étés d’orages
Etincelant les cieux
Je déchire la nuit
En déversant mes larmes
Dans un violent vacarme
Et que rien ne détruit

Je suis douleur de Dieu
Lorsque je m’écartèle
De terre qui se fêle
Tremblant en quelque lieu
Je souffre quand s’effondrent
Les murs du quotidien
Quand chacun voit les siens
Broyés sous les décombres

Je suis l’esprit de Dieu
Lorsque vos mains se tendent
Là où les cœurs se fendent
Souffrant d’un mal odieux
De toutes vos largesses
Offrant votre secours                                                      Je suis là, je suis Dieu
C’est la force d’amour                                                    En chaque instant de vie
Que vous livrez sans cesse                                          Dans la douleur, l’envie
                                                                                           La merveille ou l’odieux
Je suis le don de Dieu                                                   Si vous savez m’entendre
Quand vous portez l’enfant                                          Je suis tout près de vous
Ô femmes en vos flancs                                               A vos cœurs je me voue
Et vos corps plus radieux                                            Je n’ai rien à vous vendre .
Quand vous savez aimer
Malgré tout, malgré ceux
Qui éteignent le feu
Des bonheurs à semer

                                                                                                                        Vincent GENDRON

                                                                                                                         Le 18/02/2004






Pouvoir Aimer Encore

26/03/2010 20:53 par vinny53poesie


                                                                                 Pouvoir Aimer Encore



Ai-je oublié le temps
Où je savais aimer
Où mon cœur en printemps
N’avait rien décimé
De ses rêves en goguette
Et de ses preux serments
De folie plein la tête
Encline aux sentiments

Ai-je au fond de mon cœur
Ces choses qui palpitent
Quand le bonheur fait peur
Que l’envie nous agite
Ce délicieux pouvoir
De gravir les montagnes
Franchir sans le savoir
Océans et campagnes

Serai-je encor’ capable
De m’enflammer d’emblée
D’un regard ineffable
Des membres à trembler
Balbutiant quelques bribes
De mots inachevés
De ces mots inaudibles
D’émotions abreuvés

J’ai l’âme fatiguée
Et le cœur en réserve
Je me sens divaguer
Comme mis en conserve
Sans but, sans altitude
Amoindri par le temps
Décimé d’habitudes
Qui m’accusent cent ans

Comment pourrai-je ainsi
Frémir de tout mon être
Me tendre à la merci
D’une passion à naître
Elargir mon esprit
Au gré de déraison
Désapprendre l’appris
Et changer d’horizon



Suis-je seul ou perdu
Suis-je encor’ de ce monde
Serai-je descendu
En abîmes profondes
N’ai-je donc plus d’allant
Pour atteindre les cœurs
De mon cœur bringuebalant
Dénué de saveur

O toi belle inconnue
Qui ne me sache point
Espérer ta venue
Serait-ce à ce point
Une tendre hérésie
Ou un rêve dément
J’ai quelque frénésie
A croire en ce serment

En dépit de mon âge
Qui se veut descendant
J’ai foi qu’en mes nuages
Point un soleil ardent.



Vincent GENDRON

Le 23 Septembre 2008.









Un Pas

26/03/2010 20:51 par vinny53poesie



                                                                                           Un Pas

 

Un pas
Toujours un pas
Qui se voudrait mener
Vers l’ailleurs
L’au-delà
Une route bien née
Pour un futur meilleur

Mais c’est un pas de plus
Un acte de courage
Un geste volontaire
Un chemin de vertu
Un choix plus ou moins sage
Entouré de mystère

C’est le pas du savoir
Le pas des connaissances
Enjambée nécessaire
Vers un nouveau devoir
En libre conséquence
Pour nous mieux satisfaire

C’est le pas de l’accueil
Elargi d’un sourire
Comme un coin de ciel bleu
Enluminant les deuils
Les journées qui chavirent
Ou les hivers sans feu

Un pas
Toujours un pas
Comme un engagement
De son cœur, de sa foi
Un plus noble combat
Franchise d’un serment
Que l’on choisit pour loi

C’est le pas du pardon
Vers l’ennemi d’hier
Qui nous vient honorer
Du plus noble abandon
Des querelles sévères,
D’une vie torturée

C’est le pas de l’aveu,
Cruauté du mensonge
Des lourdes trahisons

Pour éteindre le feu
Qui dévore et qui ronge,
Un horrible poison .

Un pas
Toujours un pas
Une quête nouvelle
Pour avancer sur soi .
Mais si on ne fait pas
Cette marche essentielle
Notre vie sert à quoi ?







Vincent GENDRON

Le 15/09/2004 …





Il est Revenu (pi鐵e de th鰾tre)

26/03/2010 20:50 par vinny53poesie

                                                                             Il est Revenu !


Pièce en 4 actes de Vincent GENDRON.


La scène se passe en fin de journée dans l’appartement de la mère d’Aurélie. Aurélie, 25 ans vient de clore la réception. Toutes les personnes qui étaient présentes sont parties. La jeune femme s’affaire aux derniers rangements quand on sonne à sa porte. Elle ouvre et se trouve en présence d’un homme de la cinquantaine, grave et timide. Le silence s’installe pesamment avant qu’elle ne l’invite à entrer.


Aurélie : Euh ! Ne restez pas là, entrez ! Alors, qu’est ce que vous voulez ? Vous n’êtes pas un démarcheur j’espère parce que ce n’est vraiment pas le jour !

Franck : Non, non !

Aurélie : Ben alors, qui êtes vous ? Qu’est ce que vous voulez ?

Franck : Vous êtes… en deuil ?

Aurélie : Oui ! Je viens de perdre ma mère.

Franck : Je suis désolé !

Aurélie : Vous la connaissiez ?

Franck : Oui, enfin pour tout dire je l’ai connu il y a longtemps !

Aurélie : Vous étiez un ami ? Un amant ?

Franck : En quelque sorte !

Aurélie : Pourquoi ne vous ai-je pas vu à l’enterrement ?

Franck : Je n’ai pas osé.

Aurélie : Ah bon ! Vous auriez du venir !

Franck : Vous êtes…Aurélie, c’est ça ?

Aurélie : Oui ! Elle vous a déjà parlé de moi ?

Franck : Vous lui ressemblez. Quand on s’est connu elle était exactement comme vous. Aussi belle, aussi dure, le même regard, la même voix, la même rage, enfin tout quoi !

Aurélie : Qui êtes vous au juste ?

Franck : Oh si je le savais moi-même ! Un pauvre type qui s’est égaré, qui s’est trompé souvent tout en trompant les autres !

Aurélie : Arrêtez votre baratin ! Dites moi qui vous êtes !

Franck : Ton père !

Aurélie : Foutez moi le camp !

Franck : Attends ! Donne moi juste quelques minutes !

Aurélie : Pourquoi ? Je n’ai rien à vous dire !

Franck : Alors écoute moi !

Aurélie : Oh je vois ! Vous allez me jouer la grande scène du repentir. « Je te demande pardon…j’étais jeune…je ne savais pas ce que je faisais…j’étais stupide… » Vous trouvez ça dans tous les bouquins et le cinéma en est rempli !

Franck : Non, même pas ! Je n’ai pas la moindre excuse.

Aurélie : Alors pourquoi êtes vous là ?

Franck : Peut-être pour me rendre compte de ce que j’ai perdu !

Aurélie : Pff ! Vous me la jouez misérable maintenant ! Vous pensez que je vais compatir ! Désolé, je suis totalement dépourvue de sensibilité, l’hérédité sans doute !

Franck : Je n’attends rien de toi !

Aurélie : Alors tirez vous ! On a assez perdu de temps !

Franck : C’est vrai ! 24ans c’est une éternité !

Aurélie : Et oui ! Comme vous le voyez je me suis très bien passée de vous jusque là, il n’y a aucune raison pour que ça ne continue pas !

Franck : Je n’ai pas la prétention d’être indispensable.

Aurélie : Qu’est-ce que vous foutez là alors ? Oh je sais vous venez chercher un semblant de pardon, histoire de vieillir plus tranquillement, cela fait mal la culpabilité. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en débarrasser !

Franck : Je crois que tu as raison, je n’aurais pas du venir !

Aurélie Vous voyez, on fini par tomber d’accord ! Alors salut !

Franck : Attends !

Aurélie : Dehors !

Franck : Ecoute !

Aurélie : Cassez-vous !

Franck : Juste une minute !

Aurélie : Non, adieu !

Franck : Ok ! Comme tu veux ! Puis-je revenir ?

Aurélie : Pas question !

Franck : Un autre jour ?

Aurélie : Jamais !

Franck : J’aurais tellement…

Aurélie : Ah oui ! Quoi donc ?

Franck : J’aurais voulu t’expliquer…

Aurélie : Génial ! Un tas de conneries oui !

Franck : Ce n’est pas aussi facile !

Aurélie : Mais si au contraire. Un mec se tire en laissant sa femme et sa fille de un an sans donner la moindre nouvelle et se pointe au bout de 24 ans juste après la mort de celle qu’il a fait souffrir. Et moi ta fille je devrais t’accueillir les bras ouverts comme si tu étais parti la veille. Mais dans quel monde tu vis ? Fous le camp connard ! Ne remets plus jamais les pieds ici (elle pleure)

Franck : Bon je m’en vais, j’aurais du appeler ou écrire, je suis désolé. J’essaierai de t’écrire.

Aurélie : Pas la peine, on s’est tout dit !

Franck : Ne me juge pas ! Les choses ne sont pas toujours comme elles semblent.

Aurélie : Quoi encore ? On t’a forcé la main ? T’étais en tôle ? Malade ? Amnésique ? Dans le comas ? Qu’est-ce que tu vas inventer ?

Franck : Je n’ai aucune excuse, je suis un lâche, un salaud, tout ce que tu veux et je mérite ton mépris. C’est con mais j’ai cru que…

Aurélie : Qu’on allait faire comme si de rien n’était ? On s’embrasse, on oublie tout ! Oh mais tu hallucines grave là ! Tu t’es trompée de maison !

Franck : Je pensais qu’on allait au moins discuter, échanger nos points de vue, faire connaissance quoi !

Aurélie : Ah ! Ben voyons, c’est tellement facile !

Franck : Tu as raison, je suis vraiment trop con !

Aurélie : Je ne te le fais pas dire, allez tire toi d’ici avant que je ne te…

Franck : C’est vrai que tu lui ressembles !

Aurélie : Pauvre type ! T’es vraiment minable !

Franck : Au revoir !...Aurélie. (Il la regarde un moment et referme la porte)
(Aurélie se jette sur le canapé en sanglotant) (Quelques minutes après on sonne à nouveau, c’est lui qui revient)

Aurélie : Qu’est ce que tu veux ?

Franck : Excuse moi je suis en panne, je peux téléphoner ?

Aurélie : Le portable ça existe ! Ok ! Vas y !

Franck : As-tu les pages jaunes ?

Aurélie : Tu ne veux pas que je mette les mains dans le cambouis aussi ? Tiens ! (En lui tendant l’annuaire)

Franck : (Après quelques secondes de recherche) Oui ! Bonjour, c’est le garage Raveau ? J’aurais besoin d’être dépanné, je suis garé dans … (s’adressant à Aurélie) on est où là ?

Aurélie : Rue du 8 Mai !

Franck : Tiens comme toi !

Aurélie : Quoi ?

Franck : Le 8 Mai c’est ta date de naissance…

Aurélie : Pas en 45 !

Franck : (au garagiste).du 8 Mai c’est ça, dans combien de temps, une heure (en la regardant) bon tant pis je vais attendre alors, à tout de suite (il raccroche)

Aurélie : Tu t’en souviens ?

Franck : Du 8 Mais 45 ? Pas vraiment non !

Aurélie : De ma naissance.

Franck : Tu avais les cheveux épais tout noir. On a eu peur, tu ne voulais pas crier, il t’en a fallu du temps. Je revois ton grain de beauté au dessus du nombril et l’autre sur la fesse droite. Ton visage était bien formé, tu ne ressemblais pas à ces bébés difformes et plissés. Je n’avais rien vu de plus merveilleux !

Aurélie : Apparemment, ça ne t’a pas manqué !

Franck : Oh si ! Tous les jours !

Aurélie : Bravo ! J’ai failli y croire !

Franck : Pourtant je peux t’assurer qu’il ne s’est pas écoulé un seul jour sans que je ne pense à ta petite frimousse, tes premiers pas.

Aurélie : Tu n’étais déjà plus là quand j’ai commencé à marcher ! J’avais 13 mois.

Franck : Non, tu as marché à 9 mois et demi, tu semblais si pressée d’être autonome

Aurélie : Maman m’a pourtant dit que…

Franck : Sans doute pour éviter d’évoquer mon souvenir, c’est moi qui te tenais quand tu as lâché ma main pour explorer l’univers de la maison.

Aurélie : Tu l’as lâchée pour de bon peu de temps après !

Franck : Je ne l’ai pas décidé.

Aurélie : Tu oses prétendre que c’est elle qui t’a chassé ?

Franck : Je n’ai pas dit ça !

Aurélie : Alors explique !

Franck : On ne s’entendait plus, c’était des cris, des engueulades tous les jours !

Aurélie : Pourquoi ne pas divorcer ?

Franck : Nous n’étions pas mariés !

Aurélie : Mais ! Elle m’a toujours dit que… Du moins je pensais…

Franck : Elle n’a jamais voulu. La suite lui a donné raison !

Aurélie : Et moi dans tout ça ?

Franck : Nous t’aimions tous les deux, mais il fallait qu’on se sépare.

Aurélie : Alors tu t’es tiré comme ça, sans te soucier de ce que je devenais.

Franck : Oui j’ai foutu le camp comme un lâche un soir où ses cris et ses reproches me fatiguaient plus qu’à l’habitude.

Aurélie : Mais après ? Tu ne pouvais pas revenir, prendre de mes nouvelles ?

Franck : J’avais honte !

Aurélie : Tu avais honte ! Tu veux dire que j’ai passé toute mon enfance sans père parce que tu avais honte ? Chaque fois que mes copines se plaignaient de leur père trop autoritaire ou trop envahissant je les enviais, en faisant croire le contraire. Que je me sentais libre, que ma mère était cool. Le soir c’était maman qui me racontait des histoires au bord du lit. C’était elle qui me faisait réciter mes leçons. C’est à elle que je confiais mes chagrins d’amour, mes soucis, mes conflits. Et plus tard quand elle s’est rendue compte que je ne gardais pas un petit ami plus de 2 jours, je lui ai expliqué que je ne faisais pas confiance aux garçons. Et maintenant encore je ne peux pas garder un mec, j’ai peur de m’attacher et le voir s’en aller. Et tu me dis que tu n’as pas osé prendre de mes nouvelles parce que tu avais honte ! Pas un seul cadeau d’anniversaire ou de Noël, pas une seule carte, pas un coup de fil. C’est maintenant que tu devrais avoir honte. Pauvre minable !

Franck : Tout ne s’est pas passé comme tu le dis. J’étais lâche, c’est vrai, mais chaque fois que j’ai appelé elle me raccrochait au nez.

Aurélie : Tu vas me dire aussi qu’elle a brûlé tes lettres !

Franck : Non, je n’arrivais pas à t’écrire. Petite tu n’aurais pas su les lire et après je ne savais plus quoi dire ou comment le dire. C’est bête, je sais, mais comment expliquer à une petite fille qui nous a oublié qu’on l’aime, qu’on pense à elle et qu’on a peur de venir la voir.

Aurélie : En somme tu te donnes le beau rôle ! Maman était la mégère et toi la victime privée de son droit parental !

Franck : Non, ta mère a toujours été exemplaire : dévouée, attentionnée, énergique et capable de faire mille choses en même temps. Elle me reprochait juste de ne pas pouvoir en faire autant. Je ne suivais pas. Etre chômeur, père incapable d’exercer un vrai métier, de cuisiner, de tenir un balai. D’ailleurs je n’ai jamais compris ce qui l’avait séduite chez moi, j’étais incapable et elle a du s’en rendre compte trop tard.

Aurélie : Et on remet les violons !...

Franck : Non je te jure ! Je me noyais dans un verre d’eau !

Aurélie : Mais je m’en foutais moi ! Je t’aurais aimé, tu étais mon papa, et j’avais besoin de toi, de ta présence, de ta main, de ton regard, de ton écoute. Tout cela m’aurait suffi.

Franck : J’ai du penser que ce serait mieux pour toi, je n’étais pas un bon modèle masculin.

Aurélie : Tu as préféré que je n’en n’aie pas du tout ! J’ai du m’en passer, puisque ma seule référence dans le domaine c’était un salaud qui m’avait abandonné.

Franck : En ce temps là tout me faisait peur.

Aurélie : Peut être mais par la suite ?

Franck : Tu sais plus le temps passe et plus on pense qu’il est trop tard. J’ai cru que ta vie était tracée sans moi, que tu m’avais oublié.

Aurélie : Comment pouvais-tu penser ça ? Moi je te rêvais, je t’imaginais dans des voyages, des aventures terribles. Je t’inventais une vie trépidante où tu étais prisonnier d’une tribu inconnue qui te retenait loin de moi. Que tu étais une sorte d’espion tenu au secret qui ne pouvait plus vivre auprès des siens, pour les préserver de tous dangers. Ou bien que tu avais pris la fuite pour échapper à d’horribles personnages !

Franck : Bien sur, c’était mieux de faire de moi un héros, la réalité était si médiocre !

Aurélie : Au contraire ! Le mieux aurait été que tu sois là ! Je ne voulais pas d’un héros mais d’un père, celui que tu aurais du être. Au fait tu m’as bien dit que c’est toi qui me faisais marcher ? Cela prouve bien que tu savais t’occuper de moi.

Franck : Oh ! Si mal !

Aurélie : Mal vaut mieux que pas du tout. Qu’est ce que tu crois ? Que les autres pères sont parfaits ? Qu’ils savent toujours faire ce qu’il faut quand il le faut ? Qu’ils sont tous justes ? Attentionnés ? Proches ? Non, mais ils sont auprès de leur enfant au moins.

Franck : Les absents ont toujours tort, je sais !

Aurélie : Oui ! Au moins tu aurais appris à me connaître, à savoir mes besoins, je t’aurais appris à devenir un bon père, tu m’aurais appris à devenir ta fille, on aurait grandi ensemble. On aurait découvert la vie, tu m’aurais protégé !

Franck : De quoi ? J’avais peur de tout !

Aurélie : Mais ensemble on aurait été plus fort !

Franck : Ma fille, tu es plus adulte que je ne le serais jamais !

Aurélie : J’ai bien été obligée de le devenir, sans toi ! Et puis ne m’appelle pas « Ma Fille » tu en as perdu le droit dès lors que tu m’as abandonnée.

Franck : Je ne l’ai sans doute jamais mérité.

Aurélie : Pauvre con ! Tu t’es toi-même retiré ce droit. Tu ne peux t’en prendre à personne d’autre qu’à toi !

Franck : Je ne prétends pas le contraire, je suis trop nul !

Aurélie : C’est facile, cela te sert de parapluie ! « Je suis nul, ainsi je suis couvert pour toutes mes lâchetés » Tu te crois absous, ta nullité est un rempart contre tout effort ! Mais cela ne marche pas ! Essaie de faire face au moins une fois dans ta vie, ta nullité n’est qu’une excuse bidon ! Tu t’imagines que les autres n’ont jamais peur, qu’ils sont plus forts et plus surs que toi ? Personne n’est assuré de réussir en tant que père, ni que fille ! Mais pour moi le meilleur des pères eut été celui qui m’aurait tenu la main. Celui qui m’aurait apprit le monde : la nature, le ciel, les étoiles, l’océan, les gens. Comment s’adresser à eux, comment être aimable, ce que je pouvais attendre d’eux. J’étais si sauvage et je le suis resté.

Franck : Je ne savais rien de tout cela !

Aurélie : Nous l’aurions appris ensemble, j’aurais su dans ton regard, j’aurais compris. Nous aurions tant appris l’un de l’autre, nous nous serions Aimé. Aujourd’hui, par exemple, pendant qu’on plaçait maman en terre, tu m’aurais serré la main, j’aurais eu un peu moins mal, j’aurais été plus forte.

Franck : Qui l’a fait ?

Aurélie : Personne, j’ai pris sur moi, comme chaque fois où j’ai éprouvé une douleur, un chagrin, un mal indicible. Toute faiblesse m’est interdite. J’ai appris à survivre avec ça, tu m’auras au moins enseigné cette vertu !

Franck : Dans ma vie, je me suis toujours trompé. Ma plus grande erreur a été de faire un enfant.

Aurélie : Ta plus grande erreur a été la fuite. Je n’ai peut être pas demandé à naître mais j’étais en droit d’avoir un père.

Franck : Un autre, sans doute !

Aurélie : Toi ! J’avais seulement besoin de toi !

Franck : Je suis un vrai con !

Aurélie : Aujourd’hui, je ne sais pas puisque je ne te connais pas, mais hier sûrement !

Franck : Toi tu es quelqu’un de bien en tous cas, malgré moi.

Aurélie : Il faut croire que maman a fait du bon boulot, puisqu’elle a du se débrouiller seule.

Franck : Tu veux dire que …

Aurélie : Si elle a eu un autre homme, non jamais, elle s’est consacrée uniquement à moi et à son travail, pas de place pour qui que ce fut d’autre.

Franck : Tu crois que c’est à cause de moi ?

Aurélie : Assurément ! Elle t’aimait !

Franck : Quelle connerie ?

Aurélie : Quoi ? Son amour ?

Franck : Non ! Ma lâcheté, mon départ, mon absence.

Aurélie : T u l’aimais, toi ?

Franck : Comme un fou !

Aurélie : Et c’est pour ça que tu l’as quittée !

Franck : Je te l’ai dit, je …

Aurélie : Oui je sais tu étais fatigué, trop lâche, au chômage… etc.…Au fait, tu as un boulot maintenant ?

Franck : Oui, j’ai racheté une petite librairie depuis quelques années, mais je vais bientôt déposer le bilan.

Aurélie : Décidément ! Pourquoi une librairie ?

Franck : Oh comme ça, une occasion qui s’est présentée, et puis j’ai toujours aimé les livres, la lecture.

Aurélie : Ah bon ! Cela doit être dans nos gênes !

Franck : Toi aussi, tu aimes lire ?

Aurélie : Tellement que j’en ai fait mon métier, mais je ne suis qu’une petite employée.

Franck : Oh je suis persuadé que tu deviendras quelqu’un d’important !

Aurélie : Je ne sais pas de quoi j’ai envie. Les autres veulent toujours épater, leur père, le rendre fier d’elles.

Franck : Moi je le serai toujours !

Aurélie : Mais toi tu n’es pas Mon Père, tu es …personne !

Franck : C’est vrai.

Aurélie : Tu ferais mieux d’aller voir ce que fait ton mécano ! Ce doit être l’heure.

Franck : Oui ! Il est l’heure ! J’y vais !
(Il revient quelques minutes après)

Aurélie : Que veux tu encore ?

Franck : Il a du emmener la voiture, il doit en avoir pour deux heures de travail, c’est …l’allumage.

Aurélie : Il n’a pas pu t’emmener ?

Franck : Euh non ! Je lui ai dit que j’attendrais chez toi, ça ne te dérange pas ?

Aurélie : Justement si ! Alors tu prends un taxi et tu vas attendre là bas ou dans un café enfin où tu veux mais surtout pas ici !

Franck : Désolé !

Aurélie : Arrête d’être désolé sans cesse, c’est moi qui suis désolée d’avoir un père lamentable

Franck : Quoique je dise, j’ai toujours tort, c’est ça ?

Aurélie : Tout ce que tu pourras dire ne changera rien à ton passé « glorieux ». Alors sors d’ici et ne reviens plus jamais, tu m’entends plus jamais, pour de bon cette fois-ci !

Franck : Tu me détestes ?

Aurélie : Même pas, je t’ignore, pour moi tu es inexistant. Tiens (elle lui balance un billet) pour ton taxi, tu serais capable de me dire que tu es fauché, mais c’est tout ce que tu auras de ma part, c’est tout ce que tu vaux !

Franck : Je ne veux pas de ta charité ! Adieu !
(Il ouvre la porte, contemple sa fille alors qu’elle lui tourne le dos, puis sort)
(Elle se retourne et se précipite vers la porte, s’apprêtant à le rappeler dans l’escalier, hésite, puis rentre en refermant la porte.

Fin de l’Acte I








































Acte 2

Une heure environ s’est écoulée depuis le départ de Franck. Aurélie, assise sur le canapé téléphone au garagiste.

Aurélie : Allo ! Je suis bien au garage Raveau…vous avez dépanné un client il y a environ une heure dans la rue du 8 Mai…oui…Monsieur Tusseau...Franck c’est bien ça…il est encore chez vous ?...je suis …sa fille Aurélie…un message ?...oui, dites lui que je l’attends…chez moi
(Elle repose le combiné en se demandant si elle a eu raison) (Elle se relève et range par ci par là pour se donner une contenance. Elle fouille un peu partout, s’attarde à la fenêtre comme pour guetter son arrivée puis appelle sa meilleure amie)

Aurélie : Sylvaine ! Je crois que je viens de faire une connerie !... oui avec un mec…mon Père…il est venu chez moi ce soir…oh des tas de conneries sur sa lâcheté, ses remords, ma mère, tout ça quoi !...je ne sais pas…je crois qu’il voulait simplement me connaître…pourquoi ?...tu crois qu’il veut quelque chose ? …il semblait sincère !...je l’ai chassé comme un voleur sans même lui laisser la moindre chance de se défendre !...je viens de le rappeler…je ne sais pas si j’ai bien fait !...j’espère que tu as tort !...j’ai envie…j’ai besoin de le connaître…Sylvaine, je viens de perdre ma mère !...et s’il voulait rattraper le temps perdu !..Mais …c’est mon père !...je dois en avoir le cœur net !...il faut que je lui donne une seconde chance !...tu ne peux pas comprendre !...si tu l’avais vu…je crois qu’il souffre…mais c’est mon père, j’ai besoin de lui !...laisse tomber, tu ne comprends rien !...Non ! (Elle raccroche brutalement)
(A ce moment on sonne à la porte, c’est Franck)

Aurélie (en ouvrant la porte) Entre ! Assieds-toi !

Franck : Alors, tu voulais me voir ?

Aurélie : Je tenais à m’excuser pour ma conduite de tout à l’heure !

Franck : Tu avais de bonnes raisons mais je te remercie, ça me touche vraiment !

Aurélie : Je t’ai fait venir pour avoir des explications. Je n’arrive pas à comprendre.

Franck : Il n’y a pas grand-chose à expliquer. J’ai fui et je me suis tu pendant 24 ans, que puis je ajouter ?

Aurélie : N’as-tu jamais eu envie d’essayer de me joindre ?

Franck : Si ! Bien des fois ! Si tu savais le nombre de fois où j’ai fait le numéro et je raccrochais aussitôt.

Aurélie : Alors, pourquoi maintenant ? Pourquoi juste après la mort de maman ?

Franck ! La peur, toujours !

Aurélie : Tu avais peur d’elle ?

Franck : Pas vraiment, plutôt de son intransigeance, ses jugements téméraires, sa violence.

Aurélie : Sa violence ?

Franck : Oh rassure toi, pas dans les actes mais dans ses mots, ses intonations.

Aurélie : Ah ! Je vois ! Comme moi quoi !

Franck : Un peu oui !

Aurélie : Elle n’était pas très facile, mais son enfance a laissé des traces. Il semble que les femmes de cette famille soient condamnées à l’abandon parental.

Franck : C’est vrai, j’avais oublié, l’abandon de sa mère, son père qu’elle n’a jamais connu. Elle a du me considérer comme un monstre !

Aurélie : Je ne sais pas, elle ne me parlait jamais de toi.

Franck : Pour te préserver sans doute !

Aurélie : Et se préserver en même temps ! Elle devait tant assumer !

Franck : À ce propos, je ne t’ai pas demandé comment tu allais.

Aurélie : Cela t’intéresse ?

Franck : Evidemment ! Tu viens de perdre ta mère, tu dois avoir besoin d’en parler !

Aurélie : Tu es vraiment la dernière personne avec qui j’ai envie d’en parler !

Franck : Alors pourquoi m’as-tu fait venir ?

Aurélie : Tu n’as toujours pas répondu à ma question. Pourquoi es-tu revenu, là, maintenant ?

Franck : J’ai pensé naïvement que tu aurais besoin de mon aide.

Aurélie : Maintenant ? Tu ne trouves pas que c’est un peu tard ? D’ailleurs comment as-tu su pour maman ?

Franck : Je suis tombé par hasard sur la rubrique nécrologique d’un journal.

Aurélie : Et tu t’es souvenue que tu avais une fille ?

Franck : C’est ta façon de voir les choses !

Aurélie : Comment veux-tu que je le voie ? Après 24 ans tu reviens uniquement parce qu’elle est morte ?

Franck : J’ai toujours pensé à toi mais en sachant que tu avais perdu ta mère j’ai voulu te réconforter.

Aurélie : Ah ! Et tu crois que je vais avaler ça ? Je ne suis plus une petite fille naïve !

Franck : Pourquoi serais-je là sinon, si ce n’est pour toi ?

Aurélie : C’est ce que j’aimerais savoir. Je ne sache pas qu’elle possédait des biens ni une assurance vie, alors je me demande !

Franck : Quoi ? Tu sous entends que je serais là dans un but intéressé ? Comment peux-tu !..

Aurélie : Mais je ne te connais pas moi ! Que puis-je imaginer ?

Franck : Si c’est vraiment ce que tu crois il ne fallait pas me demander de revenir !

Aurélie : J’ignore tout de toi et ton retour si soudain ne peut qu’éveiller des soupçons.

Franck : Tu as raison !

Aurélie : Tu n’es pas là que pour moi alors !

Franck : Non ! Tu as raison de t’inquiéter. Après tout je ne suis qu’un étranger et mon passé ne plaide pas en ma faveur.

Aurélie : Ton passé ! Quel passé ?

Franck : Tu sais quand j’étais seul, paumé, il m’est arrivé de faire un peu n’importe quoi pour survivre. J’ai volé !

Aurélie : Ah bravo ! Qu’as-tu fait encore d’inavouable ? Violer ? Tuer ?

Franck : Bien sur que non ! J’ai volé un peu de nourriture parce que j’avais faim.

Aurélie : Tu as connu la faim ? Le froid ?

Franck : C’est vieux tout cela ! Rassure toi je m’en suis sorti grâce à des gens biens, des amis.

Aurélie : Tu as des amis ? Une femme ? Des enfants ?

Franck : Des amis, oui ! Des femmes de temps en temps, mais aucun autre enfant.

Aurélie : Tu vis où ?

Franck : En Bretagne, dans un joli coin et je ne manque de rien ou presque.

Aurélie : Je ne comprends pas ce que tu fous là !

Franck : Tu m’as bien demandé de venir ?

Aurélie : Oui mais avant ?

Franck : En fait j’ai honte de dire ça mais je craignais que ta mère m’empêche de te voir, c’est pour ça que je ne suis là que maintenant

Aurélie : Tu aurais pu me donner rendez-vous ailleurs ! Et puis comment savais-tu que je vivais toujours chez maman ?

Franck : J’ai mes sources !

Aurélie : Tu veux dire que tu m’espionnais ?

Franck : Non ! J’ai juste eu quelques indications.

Aurélie : Tu m’as fait suivre ?

Franck : Euh !… un peu

Aurélie : Oui ou Non ?

Frank : Pas comme tu crois !

Aurélie : As-tu engagé quelqu’un pour me suivre ?

Franck : Oui.

Aurélie : Espèce de salaud ! Dégage d’ici !

Franck : Mais… je devais savoir ce que tu devenais !

Aurélie : Tu n’as jamais pensé à venir toi-même ?

Franck : Tu crois que c’était facile ! Fallait que je sache comment je pouvais t’aborder. Tenter de voir comment tu vivais et s’il existait une petite place pour moi dans ton existence.

Aurélie : C’est minable !

Franck : Peut-être mais c’est la seule façon que j’ai trouvé pour me préparer à cette rencontre.

Aurélie : Pff ! …Quel idiot ! (Elle esquisse un rire)

Franck : Waw ! C’est la première fois !

Aurélie : La première fois ?

Franck : Que tu me souris !

Aurélie : Je ne souris pas !

Franck : Bon, je n’ai rien dit !

Aurélie : Je crois qu’il est temps que tu partes !

Franck : Comme tu veux ! Si je comprends bien entre nous le courant ne passera jamais !

Aurélie : Comme tu le dis ! Ce n’est pas de mon fait !

Franck : Je ne t’en fais pas le reproche ! Je me contente de le déplorer !

Aurélie : Tu devras vivre avec ça. Tu t’es bien passé de moi jusqu’à présent, alors continue !

Franck : Ne ferme pas complètement la porte, laisse nous au moins une petite chance !

Aurélie : Tu veux surtout que Je Te laisse une chance ! Parce que moi je n’en n’ai plus rien à foutre !

Franck : Bien sur, on ne peut pas rattraper le temps perdu mais on peut essayer de créer un semblant de lien.

Aurélie : Pour ma part je n’ai absolument pas besoin de toi !

Franck : Tu ne peux pas prétendre cela. Je sais que tu ne le penses pas, je le sens !

Aurélie : Ah bon ! Qu’est qui te permets de le penser ?

Franck : Tout en toi le montre !

Aurélie : C’est vrai que tu me connais parfaitement ! Etant donné le temps que tu as passé avec moi !

Franck : Il n’est pas nécessaire de passer beaucoup de temps avec une personne pour deviner ses sentiments.

Aurélie : Ah bon et quels sont mes sentiments, monsieur le super psychologue ?

Franck : La colère, la douleur, le chagrin, la rage, tout le contraire de l’indifférence ! Je vois aussi la peur de souffrir. J’aimerais te convaincre de ma sincérité, de mon amour pour toi, de mon envie qu’on soit un peu comme des amis.

Aurélie : De l’Amour ? De grâce, n’emploie pas des mots dont tu ignores le sens ! Quand à ton amitié tu sais où tu peux te la mettre ! D’une certaine façon je crois en ta sincérité, mais tu dois être bien naïf pour croire que tu peux à nouveau jouer les « papa » comme si tu m’avais quitté depuis un an.

Franck : Je ne pense pas en effet qu’on puisse tout redémarrer d’un seul coup, mais cela peut se faire petit à petit. On peut tisser un lien progressivement. Accepte déjà de me revoir ! On peut s’appeler, passer des petits moments ensemble. Si tu es honnête avec toi-même tu vas te rendre compte qu’on en a besoin autant l’un que l’autre. Je ne peux pas balayer toutes ces années de souffrances ni effacer mes fautes passées. Mais permets moi de t’offrir autre chose.

Aurélie : Et quoi par exemple ?

Franck : Mon soutien, mon attention, un peu de cette présence qui t’a tellement fait défaut.

Aurélie : Je ne le crois pas ! Tu vas aussi m’emmener au bac à sable et me pousser sur la balançoire ! Et pendant qu’on y est tu vas souffler sur mes petits bobos ! Mais ceux que j’aie ne peuvent pas disparaître sous le souffle magique d’un papa.

Franck : Dans ce domaine, il n’existe pas de remède miracle, j’en conviens ! J’ai commis des erreurs, des fautes même, oui c’est vrai. Considère que je me suis comporté comme un salaud, si tu veux. Mais admets que tout le monde peut changer et s’améliorer avec le temps. N’as-tu jamais commis une seule erreur dans ta vie ?

Aurélie Bien sur que j’en ai commises, des dizaines, des centaines peut être, mais elles n’ont jamais blessé personne !

Franck : Qu’en sais tu ? On fait tous du mal à ceux qu’on aime sans s’en rendre compte, et on ignore souvent la portée de nos actes !

Aurélie : Magnifique ! Après le psy le philosophe, et après tu vas me jouer quoi ?

Franck : Tu peux user de sarcasmes tant que tu veux, tu peux même m’insulter, me cracher dessus si ça te chante mais tu ne résoudras pas ton problème.

Aurélie : Parce que j’ai un problème Moi ?

Franck : Oui ! Tu ne sais pas pardonner et tu penses être la seule à souffrir de cette situation.

Aurélie : Dis donc monsieur le nouveau sage, si tu souffres c’est à toi seul que tu le dois, moi je n’ai rien à me reprocher.

Franck : En ce qui concerne mon départ, c’est certain, mais pour ce qui est de renouer les liens je ne peux pas dire que tu y mettes vraiment du tien.

Aurélie : Mais je rêve ! Tu me colles ça sur le dos à présent !

Franck : Tu vois comment tu es ! Toujours cette façon de détourner la situation, quelle mauvaise foi !

Aurélie : Ce doit être l’héritage paternel hélas !

Franck : A quoi bon discuter ! Tu ne veux faire aucun effort.

Aurélie : Parce que c’est à moi d’en faire !

Franck : Bon ça suffit ! Arrête de te conduire comme une gamine, nous sommes adultes, raisonnons en adulte.

Aurélie : Parce que tu sais ce qu’est un adulte toi qui a passé ton temps à fuir, avoir peur de tout, ne jamais rien assumer ?

Franck : Ma démarche devrait te prouver que je le suis devenu !

Aurélie : Au bout de 24 ans ? On ne peut pas dire que tu sois précoce dans le genre.

Franck : Certains ne le deviennent jamais !

Aurélie : Tu as raison, il aurait été préférable que tu ne le deviennes jamais, ça t’aurait évité de revenir !

Franck : Cela te fait tant souffrir que je sois revenu ?

Aurélie : Souffrir moi ? Tu rigoles, je n’en n’ai strictement rien à foutre !

Franck : Ma pauvre chérie ! Je ne sais pas qui de nous deux est le plus paumé ! En revanche je sais qu’on peut s’apporter beaucoup l’un l’autre.

Aurélie : Alors là je te le répète, je peux très bien vivre sans toi, j’ai grandi sans père, je suis devenue femme sans père alors maintenant il est bien temps de venir jouer ton rôle. Remarque je comprends que tu te sentes coupable, mais rassure toi je gère, ça va très bien par contre tu peux toujours consulter un psy, mais ne compte pas sur moi pour te soulager du poids de la culpabilité !

Franck : Crains tu à ce point de blesser ton ego, qu’il te faille feindre l’indifférence ?

Aurélie : Holà, monsieur emploie les grands mots. Mais ego pour ego entre moi qui frime soit disant et toi qui n’as jamais osé remettre les pieds ici par honte ou je ne sais quoi , dis moi qui a l’ego le plus démesuré ?

Franck : Ce n’était pas une question d’ego et puisque tu veux disserter sur le sujet, sache que je craignais de te faire plus de mal en revenant qu’en me faisant oublier.

Aurélie : Explique moi alors pourquoi tu as fini par revenir.

Franck : J’ai su que tu avais perdu ta mère et j’ai pensé qu’avoir ton autre parent à tes côtés te soulagerait un peu.

Aurélie : Trop fort ! Le coup du mec qui retrouve son rôle parental pour compenser la perte de l’autre parent, excellent, tu as du la creuser celle-ci !

Franck : Tes sarcasmes ne te préserveront pas car ce n’est pas moi ton ennemi !

Aurélie : Ah oui ! Alors qui donc ?

Franck : Tu le sais très bien c’est toi-même. Tu ne peux pas continuer à t’endurcir pour te protéger, il existe un moment où tu dois avoir confiance enfin.

Aurélie : A qui puis-je faire confiance, à toi ? Sûrement pas !

Franck : Et pourquoi pas ?

Aurélie : Tu rigoles ? Tu ne m’as donné que des raisons de me méfier ! La confiance ça se gagne et toi tu es loin d’avoir gagné la mienne !

Franck : Je suis d’accord mais pour gagner ta confiance, j’ai besoin que tu y mettes un peu du tien !

Aurélie : Ben tiens ! Tu veux que je t’ouvre les bras pendant qu’on y est !

Franck : Je croyais que tu étais adulte mais écoute toi tu te conduis comme une petite ado capricieuse !

Aurélie : Ben tu vois, je suis restée bloquée à l’adolescence, ton absence m’a empêchée d’évoluer !

Franck : Bon là ça commence à bien faire je veux bien endossé toutes les fautes mais ne te déresponsabilise pas parce que ça t’arrange, assume toi il est temps !

Aurélie : C’est ça engueule moi maintenant !

Franck : Ta mère ne l’a peut-être pas assez fait !

Aurélie : Je ne te permets pas de critiquer maman ! Elle était là elle au moins !

Franck : Cela ne fait pas d’elle une sainte !

Aurélie : Je n’ai jamais prétendu qu’elle l’était, mais je n’ai rien à lui reprocher quant à mon éducation, je ne peux pas en dire autant de toi !

Franck : Tu ne trouves pas qu’on tourne en rond là ! Il serait temps d’avancer ! Si on tentait de se connaître un peu !

Aurélie : Pourquoi faire, je n’ai pas la moindre envie de te connaître !

Franck : Dis plutôt que tu as peur ! Et si je n’étais pas aussi moche que tu le voudrais !

Aurélie : Tu t’entends là, mais c’est vraiment n’importe quoi !

Franck : Bon là je renonce, je crois que ça ne marchera jamais !

Aurélie : Quoi donc ?

Franck : Nous deux !

Aurélie : Parce que tu compares une relation père fille à une machine !

Franck : Bien sur que non ! Tu as toute les mauvaises foi du monde toi !

Aurélie : J’en ai des défauts hein !

Franck : Heureusement sans quoi je désespérerais d’être ce que je suis !

Aurélie : En fait tu voudrais bien revenir en arrière comme si tu n’étais jamais parti. Tu serais le bon papa proche de sa petite fille chérie, tout doux, attentionné ! Mais voilà tu t’es conduit comme un salaud et ta fifille ne veut plus te voir, c’est con hein !

Franck : Aurélie, on risque de passer tous les deux à côté de quelque chose. Je ne veux pas que tu aies à le regretter plus tard !

Aurélie : Tu veux dire, si tu meurs ! Tu peux crever, je n’aurais pas le moindre remord d’être passé à côté de quelque chose comme tu dis !

Franck : Bon je vois que tu n’es pas prête !

Aurélie : Prête à quoi ?

Franck : A ce qu’on fasse connaissance, qu’on commence un semblant de relation, quelque chose quoi !

Aurélie : Pff ! Tu peux rêver mon vieux !

Franck : Alors je ne comprends pas !

Aurélie : Qu’est ce que tu ne comprends pas ?

Franck : Je ne comprends pas pourquoi tu m’as fait revenir !

Aurélie : Oh ! J’avoue que je ne le sais plus moi-même !

Franck : Qu’est ce qui s’est passé entre ton coup de fil et mon arrivée ?

Aurélie : Que veux-tu qu’il se soit passé ?

Franck : Quelqu’un t’a fait changé d’avis ?

Aurélie : Personne ne me dit ce que je dois faire !

Franck : C’est ce que tu voudrais me faire croire. Mais quand tu as appelé, le type du garage t’a mise sur haut parleur et je t’ai entendu. Tu étais détendue, sereine, prête à dialoguer et depuis que je suis là tu ne cesses de t’emporter de m’injurier, de te bloquer comme si on t’avais dissuadée de me donner une chance !

Aurélie : Mais t’es parano toi ! Casse toi tu m’énerves !

Franck : Ok ! Je te laisse ma carte, ne la déchire pas s’il te plait et si tu as la moindre envie de me parler, de jour comme de nuit, appelle moi !

Aurélie : Que veux tu que j’en foute de ton numéro ?

Franck : On ne sait jamais ! Je ne peux faire que cela pour l’instant ! Bon alors, peut être à bientôt !

Aurélie : Compte là-dessus !
(Il sort sans se retourner, alors qu’elle le regarde partir)

FIN de l’Acte 2


































Acte 3

On sonne à nouveau ! C’est Franck qui revient, avant même que Aurélie n’ait le temps de dire quoi que ce soit il se lance sans s’interrompre.

Franck : Oui, c’est encore moi ! Oh je sais ce que tu penses et surtout que tu n’as plus envie de me voir ! Malgré tout ce que tu m’as flanqué dans la gueule, j’insiste pour te parler quitte à me faire encore jeter. Tu as tout à fait raison, du moins de ton point de vue. Je n’ai pas été un père, j’en conviens, j’aurais du me manifester plus tôt. J’ aurais du être présent à chaque instant important de ta vie. J’ai failli, je me suis déballonné devant ta mère, j’ai eu la trouille toute ma vie et même à cet instant je tremble encore devant toi et j’ignore encore comment je trouve le courage pour t’affronter à nouveau. Bon tu peux passer ta vie à m’en vouloir, ne jamais me revoir et prolonger cette douleur qui t’a démolie depuis toute petite. Mais tu peux aussi décider d’avancer, m’accorder un peu de crédit et réaliser que je t’aime, que je ne suis pas un monstre d’égoïsme, mais un simple mec qui s’est planté. J’assume mes erreurs et je n’ai pas le pouvoir de te faire oublier mes fautes passées. Mais situe toi dans le présent et regarde moi, je suis là en dépit de tout, je suis ton père, je veux créer un lien avec toi. Je veux me dire que tu sauras me faire appel chaque fois que tu en auras besoin. Je veux t’aider, te soutenir, te protéger de tout y compris de toi-même. Je veux espérer que je serai là pour ton mariage, la naissance de tes enfants, tes réussites, tes gloires, tes défaites, tes chagrins, tes déceptions et partager tout ce qui te touche. J’ai envie d’apprendre à connaître tes moindres traits de caractère, tes travers, tes folies, tes colères, tes excès de bonheur. Je veux redevenir ton père et mériter ce noble titre au fil de nos échanges lorsque tu auras toi-même décidé que le l’ai gagné. Je veux te donner tout ce que tu seras en droit d’attendre d’un père parce que… je t’aime !
(Aurélie reste sans voix un bon moment puis répond)

Aurélie : C’est bien ! Tu as fini ? Si tu t’entendais : « je veux, je veux… » Est-ce que tu te soucies de ce que je veux moi ? Tu me demandes de t’accueillir dans ma vie parce que ça t’arrange TOI ! Mais que fais tu de mes besoins, mes désirs à moi !

Franck : Quand je dis « je veux » c’est juste une figure de rhétorique. Je n’exige rien, cela correspond à ce que je souhaiterais si toi tu en manifestais le désir. Mais la balle est dans ton camp. Je tenais simplement à vider mon cœur de tout ce qui me pèse depuis le début de notre rencontre. Il fallait que tu saches ce que je ressens car tu ne m’as pas vraiment laissé le temps de le faire jusque là. A présent que tu le sais tu as tout le temps d’y réfléchir et de t’interroger sur ce que tu attends de moi.

Aurélie : J’ai appris à ne plus rien attendre de personne. Quand à toi je ne t’ai jamais inclus dans mes projets !

Franck : Jusque là c’est vrai mais maintenant tu peux peut être reconsidérer la question. Tu sais ça peut être utile un père !

Aurélie : (En souriant) Oui sans doute !

Franck : Je sais que tu es quelqu’un de bien, j’ai confiance en ton jugement !

Aurélie : Il semblerait que tu en saches plus sur moi que moi sur toi. C’est possible que tu aies changé et que tu veuilles mon bonheur mais on n’est rien l’un pour l’autre !

Franck : Ce n’est pas vrai ! Et puis dans toute rencontre il faut un début, on s’ignore toujours avant !

Aurélie : Mais…

Franck : Je sais, j’ai un sérieux handicap, je ne suis pas tout à fait étranger et j’ai mes casseroles. Et si tu essayais de découvrir le Franck que tu ne connais pas. Un Franck tout neuf libéré de son lourd passé et qui pourrait devenir ton père !

Aurélie : Je ne sais pas !

Franck : Je vais te laisser, je crois qu’il vaut mieux te donner le temps de souffler.

Aurélie : Non, j’aimerais que tu restes…un petit peu !

Franck : Comme tu veux ! Tu sais je n’ai pas envie de m’immiscer dans ta vie comme un intrus, une sorte de trouble fête. J’aimerais pourvoir être intégré sans rompre l’harmonie.

Aurélie : Tu ne peux rompre aucune harmonie, ma vie est si désordonnée !

Franck : Dois je comprendre que tu pourrais m’y inclure ?

Aurélie : Peut être mais après un bon moment. Je commence à réaliser que j’ai été un peu dur. Je dois être sur mes gardes, qui pourrait me protéger de toi maintenant que maman n’est plus là ?

Franck : Je ne peux pas te garantir que je ne commettrais pas la moindre erreur. J’ai tout à apprendre sur le rôle d’un père, surtout que je débute avec une adulte. Il faudra que tu m’aides !

Aurélie : Je ne sais rien non plus ! Je n’ai jamais eu de père avant ! J’aimerais te dire que je t’aime, que tu m’as manquée, que j’ai envie de te découvrir, d’apprendre des choses avec toi. Mais cela sonnerait faux parce qu’à vrai dire je me sens démunie, dénuée du moindre sentiment vis-à-vis de toi. Pourtant tu sembles gentil, sympa, avec ton regard si doux. Je sens que tu veux tout faire pour que ça marche, tu essaies de t’amender du mieux que tu peux. Tu as sûrement beaucoup à m’apporter mais je ne sais pas…Je ne saurais pas t’expliquer, peut être que je suis une femme sans cœur !

Franck : Pff ! Je suis certain du contraire ! Tout cela me paraît normal, tu n’as pas été préparée à cela. Je représente une pierre qui te tombe sur la tête, tu es assommée ! Je trouve que tu réagis plutôt bien en la circonstance, tu grandis ma fille !

Aurélie : Tu crois ? J’ai plutôt la sensation de régresser et de devenir une petite fille.

Franck : C’est plutôt bon signe !

Aurélie : Pourquoi ?

Franck : Cela veut dire que tu as besoin de retrouver ton enfance, l’époque où j’étais près de toi. Cela veut tout simplement dire qu’on se rapproche un peu !

Aurélie : Pour quelqu’un qui a peur de tout, je te trouve prodigieusement optimiste !

Franck : Cela te rassure ?

Aurélie : Un peu ! J’espère que je peux te faire confiance !

Franck : Je te l’ai dit je n’ai pas de preuves incontestables de ma bonne foi, en dehors de ma parole.

Aurélie : Oh je te crois ! Mais rien ne peut me garantir qu’au premier coup dur tu ne vas pas démissionner, tout plaquer à nouveau. Es-tu toi-même certain de tenir le coup ?

Franck : Certain ? Non ! Mais je sais que j’ai mûri, j’ai pris pas mal de coups et puis toi-même tu m’as mis du plomb dans la tête.

Aurélie : C’est vrai ? Je reconnais que je t’ai un peu secoué !

Franck : Tu as bien fait ! J’en avais vraiment besoin ! Ha ! (Il s’assied en se tenant le ventre)

Aurélie : Qu’est ce que tu as ? Tu es malade ?

Franck : Oh ce n’est que mon foie. Cela m’arrive de temps en temps.

Aurélie : Tu es suivi pour ça ?

Franck : Oui mais il n’y a pas grand-chose à faire à part une greffe.

Aurélie : Tu as un traitement ? Quelque chose ?

Franck : Evidemment mais ce n’est plus très efficace.

Aurélie : Et pour la greffe, tu dois attendre longtemps ?

Franck : Malheureusement oui, je suis loin sur la liste !

Aurélie : Il n’y a donc aucun autre moyen ?

Franck : Il y en a peut être un mais ce n’est pas évident !

Aurélie : Lequel ?

Franck : Le prélèvement d’un morceau sur le foie d’une autre personne. Comme le foie se régénère, l’une et l’autre peuvent se reconstituer un foie, mais il faut trouver la personne compatible.

Aurélie : Tu veux parler d’un parent ? Une fille par exemple ?

Franck : C’est possible en effet !

Aurélie : C’était donc ça !

Franck : Quoi ?

Aurélie : Et dire que je commençais à te croire sincère, tu finissais par me convaincre, quel salaud !

Franck : Tu penses que je suis venu te voir pour ça ?

Aurélie : Oh tu peux jouer l’innocent, tu m’as fait un vrai cinéma pour m’attendrir et tu termines par l’apitoiement, bravo ! Quel comédien !

Franck : Je peux t’assurer que je n’avais même pas l’intention de t’en parler si je n’avais pas eu ce malaise.

Aurélie : Bien sûr ! Tu n’es pas venu là pour ça ! Ce n’est pas non plus pour cette raison que tu as insisté en me laissant ta carte ! Que tu m’as joué le couplet du père repentant, disponible, proche, qui veut participer à l’avenir de sa fille chérie ! Et j’ai marché, comme une conne !

Franck : Je te jure que je ne voulais vraiment pas !

Aurélie : Oh ! Ne jure plus, je t’en prie ! T’en as assez fait dans ce domaine !

Franck : Je suis désolé, je suis sincère, je n’étais pas là pour ça…

Aurélie : Bon ça suffit ! Tu vas l’avoir ton bout de foie, puisque c’est ce que tu veux ! Je ne veux pas avoir ta mort sur la conscience, mais je te préviens, après l’intervention je ne veux plus ni te voir, ni entendre parler de toi !

Franck : Je refuse ! Tu dois me croire, je ne voulais pas qu’il en soit question. Pour être franc, quand le médecin m’en a parlé, j’ai pensé d’abord à toi, et par la suite j’ai cherché tous les moyens d’éviter ce

Entre Automne et Printemps (nouvelle)

26/03/2010 16:15 par vinny53poesie


                                                                            Entre Automne et Printemps.

                                    

                                         Il tombait des cordes sur ce parking de supermarché, décidément pour Antoine ce n’était pas son jour. Après s’être débattu avec son banquier pour négocier un découvert en raison de son salaire qui tardait, il s’était fait arrêté par les gendarmes qui l’avaient ennuyé pour un feu de plaque qui ne fonctionnait plus, puis après maintes hésitations, on lui avait tout de même épargné l’amende, à condition que le remplacement fût effectué dans les quarante huit heures. Puis en arrivant sur le parking à deux reprises on lui avait grillé une place, et voici que l’orage déversait son flot de perles tout au long du trajet qui le séparait de l’entrée du magasin, juste ce qu’il fallait pour être trempé.
Quelle corvée les courses, ce n’était jamais agréable, mais cela s’avérait incontournable ! Enfin il pénétrait dans ce supermarché trop encombré comme à l’habitude. Il se dirigea vers le rayon légumes, puis enchaîna vers les conserves, le lait, l’eau, pour terminer par le café. Toutes les caisses étaient envahies, il suivit la queue de celle qui lui sembla la plus rapide. La caissière lui paraissait mignonne et souriante, tant mieux, pensait-il, le passage ne lui en serait que plus agréable. Son tour arriva ; alors qu’il déposait ses achats sur le tapis roulant, il reçut un bonjour qui l’enveloppa d’une telle douceur qu’il voulut connaître celle qui possédait ce trésor vocal. Un visage sensuel et doux aux pommettes remplies dessinait un sourire épanoui. Le regard châtaigne inondait Antoine d’une caresse tendre et généreuse, sa chevelure brune et soyeuse tenue par une barrette couronnait harmonieusement sa face. Sur la blouse rouge à l’effigie du magasin il put lire le prénom de Sandra. Elle ne devait guère dépasser vingt cinq ans. Contrairement à l’ordinaire le défilé des emplettes lui parut trop court, il aurait aimé que cela durât des heures, afin de la contempler longtemps, la détailler attentivement, savourer le son de sa voix et la connaître davantage. Il crut remarquer qu’elle l’appréciait, ponctuant les banalités d’usage de sourires et de réflexions amusantes, mais cela faisait peut-être parti de son rituel. Lorsqu’elle lui rendit la monnaie il réalisa qu’il devait la quitter ; cela lui apparut au dessus de ses forces, se résignant malgré tout, il sortit du magasin marqué du bien être de cette rencontre.

Le trajet s’écourtait au souvenir des merveilleux instants furtifs. L’après midi s’écoula en un torrent de réflexions d’où émergeait sans cesse le visage angélique de Sandra. Dieu qu’elle était belle ! Lui, pourtant si sensible au charme féminin n’avait jamais ressenti une telle impression. Son être se sentait conquis par l’émerveillement. Il imaginait des promenades romantiques, des dîners en tête à tête dans une auberge bucolique. Il inventait de folles Saint Valentin et des vacances au soleil caressant la peau de cette sirène éclatante. Puis, soudain, sortant de ses songes il s’éveilla à la réalité de ses cinquante ans de lassitude. La vieillesse le frappa d’un seul coup. Cette cruelle sorcière qui lui creusait les traits et l’affligeait d’une vilaine rondeur en l’assommant de fatigue, de soucis, l’avait transformé en un gigot bardé de bourrelets aux cheveux plus salés que poivrés. Il détestait cette horrible image bien que n’ayant jamais été un Apollon, les années ne l’avaient pas épargné. Pauvre idiot, comment une telle créature pourrait elle songer ne fut ce qu’un instant à une quelconque histoire avec ce vieux bougre d’imbécile. Après deux divorces, des aventures stupides et sans lendemain, il n’avait pas grandi, il se voyait tel un adolescent attardé. Qu’avait-il appris de ses rêves déçus, de ses déboires, ses insomnies et ses erreurs ? Sans doute rien, le délire amoureux lui tendait à nouveau son piège séduisant. Le diable avait-il tant de cruauté pour revêtir ainsi l’apparence féerique d’un ange niché aux caisses des supermarchés ? En dépit du journal télévisuel, du film du soir et du magasine qui suivait, els mêmes pensées hantaient son esprit chimérique et il lui fallu des heures avant que de plonger dans un sommeil furtif.

La matinée déploya son linceul de monotonie pour ce vieux loup solitaire qui n’exerçait plus d’emploi en raison de ses problèmes de santé. Mais dès qu’il eut émergé de sa léthargie en mouvements, il lui revint en mémoire l’évènement de la veille et le visage adorable de la jeune femme irradiait à nouveau ses pensées fantasques et féeriques. Aussitôt l’envie de la revoir le gagna. Il lui fallait voir si elle était aussi merveilleuse qu’en ses souvenirs, découvrir les détails qu’il n’avait su apercevoir, tester sa réaction afin de savoir si Sandra éprouvait un réel intérêt à son égard. Mais si l’envie se voulait de plus en plus brûlante, en revanche le courage s’amenuisait d’autant. Sa lâcheté lui enseignait qu’il risquait de se remplir de déceptions, de ridicule et de souffrir comme à l’accoutumée. Pourtant après avoir disséquer longuement les pour et les contre, il se prit d’audace et se dirigea directement vers le centre commercial où travaillait le fruit de ses fantasme. En entrant il jeta un bref coup d’œil pour tenter de l’apercevoir mais hélas il ne la vit point. Pensant qu’il avait mal regardé, il entreprit de choisir quelques denrées bon marché afin de passer rapidement en caisse, mais il ne la trouva pas. Après avoir observé attentivement tous les points, il se résolut à remettre ses objets à leur place initiale et décida de revenir l’après midi même, et pourquoi pas, les jours suivants jusqu’à ce qu’elle lui apparaisse. Ce fut vers quatorze heures qu’il la découvrit à nouveau alors qu’elle plaçait en rayon quelques produits ménagers. Antoine se sentait bouillir d’un malaise angoissant. Perchée sur un tabouret, affairée à déposer les objets au dessus de la gondole, elle semblait ignorer son admirateur. Par chance, elle avait revêtu une jupe en jean ce qui permettait à Antoine d’admirer le galbe de ses jambes légèrement hâlées, jusqu’aux cuisses luisantes au point qu’il rêvait d’y hasarder la paume de sa main tremblante. Il demeurait tel un enfant adulant le jouet de ses rêves, ne sachant plus bouger d’un pouce. Soudain elle descendit et l’apercevant elle lança un « bonjour » qui paraissait plus fade que celui de la veille. Ne l’avait-elle donc pas reconnu ? Il faut croire qu’elle devina sa déception à l’aspect défait du visage d’Antoine qui pâlissait. Elle se reprit et ajouta :

n Vous cherchez quelque chose ?
n Euh ! Non ! Enfin si ! Je cherche des … brosses à dents !
n Ah ce n’est pas là, c’est à trois rayons plus loin !
Puis tout à coup, comme épris d’une audace incontrôlable, il s’entendit lui demander :
n Je peux vous inviter à prendre un café, ce soir après votre service ?
Elle se tut, puis esquissant un sourire, elle répondit :
n Oui ! Pourquoi pas, ça ne me déplairait pas ! Mais pas ce soir, demain si vous pouvez !
n Demain ? Oui demain, c’est ça demain, oui demain ce serait bien ! Ah oui Demain !

A partir de cet instant il ne se contrôlait plus, il ignorait tout ce qu’il faisait, il décollait et n’avait pas la moindre envie de reposer les pieds sur terre. Il renaissait même si cela ressemblait à ses rêves. Arrivé à la maison, il se remplissait le cœur de projets, de folies et de bien être. Sans doute idéalisait-il ce qui ne serait que quelques minutes passées à la table d’une brasserie mais il savait que ces minutes là lui seraient précieuses et géantes. Il se répétait mille fois cette phrase « elle a dit oui, elle a dit oui ! » comme si cela eut été le révélateur d’une infinie promesse. Ce simple «oui » s’avérait être la porte du bonheur, le monde s’ouvrait, la vie s’écartelait et la chance enfin étirait son rideau de lumière.

La soirée arrivait, il songeait qu’elle devait quitter le magasin, sa journée se terminait. Il réalisait qu’il lui fallait patienter vingt quatre heures, oui dans vingt quatre heures alors qu’elle sortirait du magasin, il l’attendrait sur le parking, ensemble ils se rendraient au café du « Rond Point », là il se griserait de fierté d’être vu en compagnie d’une si charmante personne. Il imaginait les regards envieux de tous les hommes des lieux. Il se voyait assis face aux yeux pénétrants de Sandra. Intimidé, mais ivre de bonheur il s’entendrait lui parler avec des mots choisis et fleuris, il brillerait de son intelligence, il l’éblouirait de sa superbe, elle serait séduite il triompherait de son cœur nanti de la force qu’elle lui délivrerait. Il entendait la voix mélodieuse de la jeune femme lui révéler ses détours, ses envies d’enfance et ses désirs d’adolescence. Elle lui révèlerait ses secrets les plus délicieux. Ils se sentiraient en harmonie, ils s’épouseraient du regard, du cœur et de l’âme. Ils se quitteraient trop tôt mais forgés d’espérante promesse du prochain rendez-vous ainsi que tous ceux qui suivraient. Mais il fallait attendre ! Une soirée, une nuit entière et une journée complète avant d’arriver à ce moment magique où il allait revivre en conjuguant la chance et l’espérance. Après quelques heures d’un sommeil quasi inaccessible il engloutit la nuit et s’offrit à ce jour qu’il bénissait déjà. L’azur déployait son grand rideau au soleil chaleureux et docile. Le village en son entier revêtait des allures de fête, chaque passant semblait sourire à la vie en souriant à cet Antoine nouveau qui s’efforçait de naître. Malgré l’interminable journée qui s’étirait, l’homme se sentait bien, il respirait l’air pur, il écoutait la vie, il regardait le monde aux horizons flamboyants. Puis cette Heure arriva. Après avoir puisé au fond le l’armoire, fouiné dans sa maigre penderie, trié parmi les chemises les moins élimées, les pantalons les moins démodés et les veste les moins usées, il parvient à se vêtir de manière présentable, parfumé d’une eau de toilette à petit prix lais néanmoins correcte. Posté en sentinelle du coeur, il attendait là, à la sortie du personnel. Il patientait depuis vingt minutes, ainsi, à un retard indécent il avait préféré une avance confortable. Il ne restait plus que dix minutes avant la sortie, son cœur commençait à s’emballer tel qu’en ses premiers émois d’antan. Ses membres tremblaient, son estomac se tendait à se rompre, ses intestins se tordaient de bien être et de malaise. Il finit par se sentir si mal qu’il eut envie de fuir, mais la raison lui suggérait d’attendre l’instant féerique. Sa montre afficha dix neuf heures trente, il ne tarda pas à voir les premiers employés quitter le magasin. Il observait, il dévisageait chaque femme, se disant que démunie de son uniforme de caissière, Sandra serait-elle facilement reconnaissable ! Et le bâtiment déversa son flot de visages anonymes empressés. Les unes se hâtaient vers l’emplacement de leurs voitures, les autres se précipitaient dans les bras de leurs conjoints, mais nulle n’avait l’apparence de la promesse tant attendue. Peu à peu la marée s’estompa, il ne restait que quelques employées attardées. Avait-elle oublié ou bien changé d’avis ? Soudain il pensa qu’elle s’était moquée de lui, sans doute n’avait elle jamais eu envie de traîner avec ce vieil empâté sans allure et sans fortune. Quelle cruauté de la part de cet ange, mais quelle naïveté de la part d’un homme d’âge aguerri ! Il ressentait toute son infortune lorsqu’une voix lui caressa l’oreille :

n Excusez-moi, je suis en retard, dit elle…mais j’ai eu un défaut de caisse et j’ai du tout recompter !
n Ah ! Ce n’est rien, je ne me suis pas ennuyé !
n J’espère que vous n’étiez pas inquiet ?
n Pas du tout ! Je me doutais bien qu’il devait y avoir une bonne raison à votre retard.
n Ha ! Ha ! Ha ! Vous mentez mal ! Vous pensiez que je vous avais posé un lapin ! Mais moi quand je dis oui, je dis oui ! Tu verras quand tu me connaîtras mieux ! Ah oui au fait on se tutoie ?
n Euh ! … Oui si…si tu veux ! Bon tu as un endroit préféré ?
n Ben non ! On va là au « Rond Point » !
n Si tu veux !
Puis ils se dirigèrent vers le lieu désigné, presque côte à côte et unis par le même sourire. Quand ils franchirent le seuil de l’établissement Antoine observa les clients mais tous restaient affairés à leurs conversations et aucun d’entre eux ne remarqua leur entrée, pas même le visage éblouissant de la jeune femme. Peu importait, il s’asseyait face à cet ange qui lui souriait, marquant ainsi son bonheur d’être ne sa compagnie et cela le comblait. Il ne brillait ni par son originalité, ni par son humour et encore moins par sa thématique, mais tant pis ! Ensemble ils communiaient dans un bonheur identique autour d’une simple tasse de café qui leur devenait nectar en ses effluves de folie superbe. Antoine s’étalait en palabres, ponctuant chacun de ses mots d’un geste précis. Sandra le dévorait en allumant son regard. Parfois c’était elle qui gesticulait en phrases gestuelles, elle se démenait pour exprimer ses idées. La plupart du temps ils s’accordaient sur les sujets, mais certaines fois ils divergeaient alors il s’en suivait des propos détonants, chacun voulant faire entendre raison à l’autre. Puis rassasiés et repus ils se rendaient à l’évidence que tout cela ne revêtait que peu d’importance et ils échangeaient un sourire complice s’embrassant d’une œillade tendre avant de s’égarer à nouveau dans un flot de paroles inutiles mais rassurantes afin de briser le silence.

Une heure s’écoula, puis deux et ils atteignirent le cap de la troisième avant de se rendre compte qu’ils n’avaient pas dîné et qu’ils devaient se quitter. Certes, il pensait l’inviter au restaurant, mais craignant de paraître trop audacieux, il s’y refusa. Lorsqu’ils arrivèrent sur le parking, elle l’embrassa par deux fois sur les joues et il lui fit un signe de la main. Il ne décoinçait pas du lieu où il s’était fixé, juste à côté de sa voiture, les yeux rivés sur celle qui venait de le quitter. Elle se retourna à deux reprises, esquissant un millième sourire, puis regagna son propre véhicule. Antoine attendit le départ de sa rêverie avant de réaliser ce qui venait de se produire. Arrivé à l’appartement, il alluma machinalement son poste de télé sans la regarder, habité par le visage de Sandra, ses mains, son regard, ses gestes épars, sa voix douce et sensuelle , bref tout ce qui avait composé l’ivresse de cette soirée. Il était plus de minuit quand, du fond de son lit, il y pensait encore avant que le sommeil ne l’assommât. L’image de Sandra le tenait à nouveau lorsqu’il descendait son bol de café, songeant avec effroi qu’il n’avait même pas une adresse, pas le moindre numéro de téléphone ni l’email de celle qui ne lâchait plus ses pensées. Il se rassura vite en pensant qu’il pourrait la retrouver au magasin. Dieu qu’elle était belle quand ses yeux caressant enveloppaient le visage du vieil ogre abîmé. Il lui semblait qu’elle l’avait embelli d’un seul regard, elle l’avait rajeuni d’un sourire et l’avait délivré de ses turpitudes en une seule phrase, il ‘était devenu Vivant !

Après avoir absorbé un déjeuner frugal, il se hâta d’aller au supermarché, il choisit deux ou trois bricoles et passa en caisse. Dès qu’elle l’aperçut, elle se mit à sourire, se piquant joyeusement à ce jeu, traînant sur chaque objet en dépit du mécontentement des clients qui attendaient leur tour. Elle glissa un « merci pour hier soir, c’était génial ! » tout en continuant son activité. Dix minutes après elle le revit avec trois autres denrées, ce qui la fit rire aux éclats. Les clients hargneux commencèrent à la menacer d’en référer à la direction, d’autres se réjouissaient de ce qu’ils devinaient être un jeu. Quelques minutes plus tard il reposait trois autres articles sur le tapis roulant, elle lui lança un « t’es fou ! » en souriant à nouveau, avec son ticket de caisse elle lui offrit un petit mot sur lequel était écrit : « ce soir à 19h » sans plus d’explication. Il traîna autour du centre commercial en attendant puis à dix neuf heures précises elle sortit en courant par la porte arrière du magasin. Elle se précipita vers lui, à l’allure où elle courait il avait l’impression qu’elle allait lui sauter au cou, mais elle se contenta de lui caresser l’épaule en lui jetant un regard d’ivresse, puis elle murmura :

n Oh toi ! T’es un grand malade ! T’es fou ! , t’es…Génial !
n J’espère que tu ne vas pas avoir d’ennui, à cause de moi !
n Bah non, t’inquiète ! Ce n’est pas à cause de quelques cons qu’il faut se prendre la tête !
n Ah j’espère parce que sinon…
n Mais non je te dis ! Bon ben on va se bouffer quelque chose ?
n Oui…si tu veux !
n Allez, viens, je t’invite !
n Ah non ! C’est moi !
n Mais tu ne vas pas jouer les machos, non !
n Holà ! Je n’insiste pas !
Elle lui parlait en allumant ses yeux d’une séduisante malice qui lui caressait le cœur. Ils pénétrèrent dans une pizzeria clairsemée, seules deux ou trois tables étaient occupées. Malgré l’apparente complicité qui les unissait, ils ne savaient plus échanger le moindre mot. Sans doute le langage du cœur leur suffisait il à exprimer leur joie d’être ensemble. Contrairement à son habitude Sandra s’était parée d’une jupe assez courte pour laisser voir ses cuisses joliment galbes et musclées, ce qui n’avait pas échappé au regard admiratif d’Antoine. Son chemisier dégrafé de quelques boutons permettait de puiser délicatement sur sa gorge où l’on devinait une poitrine généreusement fournie. Il plaisait à penser au vieil adolescent qu’elle avait anticipé son désir, s’habillant de manière aussi séduisante pour lui plaire. Il se sentait fier d’être vu en si belle compagnie, Sandra apparaissait telle une princesse des temps modernes, alliant la grâce et l’élégance, la beauté et la sensualité, l’humour et l’intelligence, la simplicité et la discrétion. Après les banalités ponctuées de longs silences, ils finirent par plonger dans une conversation d’idées. Antoine abordait les sujets délicats de société qui conduisent fatalement à l’idéologie politique. L’homme de gauche convaincu qu’il était désapprouvait toutes les théories du capitalisme, les dérives égoïstes qui appauvrissent les peuples en condamnant les pauvres à s’appauvrir. En étalant ses pensées, il lui prit soudain l’idée douloureuse qu’elle pouvait ne pas partager ses points de vue, cela le tourmentait en dépit de son ouverture d’esprit. Elle sut parfaitement déjouer ce qui lui paraissait être un piège tendu pour connaître ses opinions. Elle s’en tint aux explications visant à blâmer certaines administrations et le système administratif français. On aurait pu friser l’incident polémique mais Sandra ne voulait pas déplaire et pensant que l’heure ne se prêtait pas aux affrontements, en bonne diplomate et loin de renier ses idées de libéralisme, laissa planer le flou confortable qui lui permettait d’éviter le conflit. Le dîner s’allongea jusqu’à l’heure de la fermeture où on leur signifia que l’heure était venue de quitter les lieux. Une fois dehors ils n’avaient pas le cœur à se séparer, sans prononcer un seul mot ils se comprirent d’un sourire. Ensemble ils regagnèrent leurs voitures respectives et il osa un simple «tu me suis ! », elle acquiesça et le suivit jusqu’à chez lui. Arrivés à l’appartement, Antoine ne savait plus où se tourner, elle aussi semblait intimidée. Il avait tellement rêvé de la voir chez lui, il l’avait vu derrière ces portes arborant son minois malicieux en semant son parfum subtil à travers chaque pièce. Il l’avait imaginée lovée dans son canapé, un verre à la main entrain de parler, de raconter ses anecdotes les plus folles. A présent qu’elle était là, il se sentait paralysé, d’émotion, sans doute, de peur, certainement. Elle ne l’aidait pas, affichant une sorte d’angoisse, admirant les photos pour se donner une contenance, s’arrêtant sur celle de la maison d’enfance d’Antoine en demandant où elle était située, davantage par politesse
que par intérêt. Il lui offrit ce qu’il avait, une simple liqueur de cassis, elle accepta sans conviction, pensant probablement que boire les occuperait. Les minutes leur semblèrent interminables. Une folle envie les avait incité à venir là, ils se demandaient à présent pourquoi. Il tenta une approche maladroite en s’asseyant près d’elle, il voulait l’embrasser, elle ne s’y prêtait pas, n’avait-elle pas compris ? Ne le désirait-elle pas ? Il posa la main sur la cuisse de Sandra, elle se laissa faire, il caressait cette rondeur satinée délicatement, elle tendit ses lèvres et leurs bouches se joignirent. Il essaya d’y hasarder sa langue mais elle se délivra. Il l’enlaça tendrement, elle s’offrit généreusement cette fois en l’embrassant à pleine bouche, elle se soumettait à ses caresses, allant jusqu’à lui offrir un sein pour étancher sa soif de chair. Elle se laissa aller en s’allongeant sur le divan. Il brûlait de désir, la caressant de toutes parts, la baisant goulûment dans le cou, sur les seins, se dirigeant lentement entre ses cuisses en écartant le rideau de dentelle qui masquait la jolie fleur dénudée. Elle se renversait en savourant chaque douceur qu’il lui délivrait. En goûtant ainsi aux sources du plaisir il lui faisait gravir les sommets du désir. Elle l’attendait, le souhaitait, le désirait en elle. En lui massant la chevelure elle gémissait à petits cris saccadés. De l’autre main elle tentait de saisir ce qu’il supposait être enflé par le bien être mais en atteignant le pantalon d’Antoine elle fut stupéfaite de constater la taille réduite de ce à quoi elle aspirait. Désemparé il cessa d’emblée son activité. Elle le fixa d’un regard interrogateur, quasi accusateur. Elle se sentit trahie, humiliée, elle, si belle, si désirable, si voluptueuse, au corps appétissant, comment pouvait elle ne pas faire monter le désir en celui qui paraissait la vouloir plus que tout ? Il rougissait tel un enfant pris en flagrant délit de bêtise. Il finit par lui expliquer qu’il n’avait pas eu de relations depuis si longtemps, qu’elle représentait pour lui la jeunesse, la pureté, elle lui inspirait la vertu et qu’il craignait de la souiller, la salir. Elle avait du mal à croire à ce flot d’explications aussi absurdes que ridicules. Elle se leva, furieuse, se dirigeant vers la porte. Il la retint. En l’observant elle remarqua les larmes qui suintaient en ses yeux abattus, le rendant si vulnérable qu’elle l’étreignit fortement. Elle lui caressait les joues comme pour le consoler, le rassurer. Elle lui déposait de petits bisous un peu partout autour du visage. Elle réalisa à cet instant qu’elle ne pourrait plus jamais se passer de lui. Ils finirent la nuit dans la chambre, il la combla à trois reprises, puis s’endormirent l’un contre l’autre dans les effluves de l’amour.

A partir de ce jour ils ne se quittèrent plus. Elle s’installa chez Antoine, ne laissant l’appartement que le temps de se rendre à son travail au magasin. Quand elle rentrait elle se voyait accueillie d’un énorme câlin qui se prolongeait en communion charnelle. Chaque week-end revêtait des allures de stratégie de charme. Ils élaboraient un scénario dans lequel elle devenait sa victime consentante dans des tenues plus sexy les unes que les autres. Tour à tour, Sandra se faisait infirmière, soubrette, écolière, fermière tout y passait sans grande originalité mais elle assumait pleinement les fantasmes de son homme. Au bout de quelques mois, il leur semblait avoir épuisé tout le répertoire. Ils durent rapidement se rendre à l’évidence qu’en dehors du sexe, ils n’avaient rien en commun. Il aimait la musique classique et la chanson française, elle n’écoutait que du Rapp et de la House Music. Il lisait les grands classiques et les journaux littéraires, elle n’appréciait que la collection Arlequin et les magasines people. Leurs conversations se limitaient aux projets du week-end et aux positions du kamasoutra qu’ils n’avaient pas encore expérimentées. Deux à trois fois par semaine elle l’entraînait dans une discothèque à la mode ; là, abruti par l’agressivité de l’éclairage et de la musique il s’asseyait pour somnoler, lorsqu’il émergeait il apercevait Sandra en pleine danse langoureuse dans les bras d’un homme de son âge qui la dévorait des yeux. Antoine bouillait de rage au devant de ce tableau désespérant. Elle y prenait un malin plaisir, pensant peut-être qu’il allait l’arracher à son admirateur pour l’emporter à l’image de ses héros de romans faciles, qu’il lui ferait l’amour pendant des heures avant de la couvrir de bijoux. Mais elle réalisait très vite qu’il n’était pas le véritable héros de ses plus beaux rêves. Alors faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle déposait un bisou furtif sur la joue de son partenaire de danse et revenait vers son homme l’invitant à partir en lui tenant amicalement la main. La passion s’éteignait remplacée par la tendresse. Un matin, alors qu’elle ne parvenait pas à avaler son petit déjeuner, elle se résolut à lui parler :
-- Antoine, on ne peut plus continuer comme ça !
-- Tu veux me quitter ?
-- Je m’ennuie avec toi et je sens que toi tu souffres !
-- Je suis un vieux con c’est ça ?
-- Sûrement pas. Tu es tout sauf un vieux con ! Tu es un homme adorable, cultivé, généreux, doux et tendre et tu mérites mieux que moi !
-- Mieux que toi ? Mais je n’aime que toi, tu m’as redonné la vie, tu es BELLE, sexy, séduisante….
-- Tu entends ce que tu dis ? Je ne suis que belle et sexy pour toi, voilà le problème. Tu te sentais condamné à vivre sans amour et puis tu m’as trouvé. Tu me trouves jeune et belle et sexy et tu te vois flatté d’être en ma compagnie. Tu fais des envieux et c’est cela qui te comble le plus, ce n’est pas moi !
-- Comment peux-tu dire ça ! Tu t’imagines n’être pour moi qu’un…qu’un…
-- Un fantasme oui ! Et je ne t’en veux pas, j’en suis même flattée et si cela t’a permis de connaître un peu de bonheur, tant mieux, mais cessons de nous jouer la comédie. Il existe sûrement beaucoup de choses entre nous, de belles choses même, mais pas de l’amour.
-- Tu crois ?
-- Tu le sais bien !
-- Alors tu t’en vas ?
-- Disons plutôt qu’on se sépare doucement sans bruit, sans vague et surtout sans haine !
-- Mais… qu’est ce que je vais faire ?
-- Tu vas vivre, tu vas peut être aimer encore, tu vas même être heureux, mais sans moi !
-- Tu pars quand ?
-- Là, j’emmène mes affaires et je ne reviendrai pas !
-- Déjà !
Elle ne répondit pas, réunit ses affaires, l’observa longuement avant de partir, lui caressa la joue puis s’évanouit en voiture devant les yeux hagards de cet homme qui ne comprenait plus rien. Il ne revint jamais au magasin. Sandra rencontra l’amour, se maria et donna naissance à trois beaux enfants. Antoine vieillit seul, il devint romancier et connut un certain succès avant de sombrer dans un «Alzheimer » qui le dégradait peu à peu. Et puis il s’éteignit.



FIN (Entre Automne et Printemps)


Vincent GENDRON (Avril 2008)









Nos Tendres Ennemies (texte de chanson)

26/03/2010 16:13 par vinny53poesie

                                                             Nos Tendres Ennemies


1-
Elles sont tell’ment fragiles
Si dures à supporter
Leur cœur est comme une île
Qu’il nous faut accoster
Elles ont tant de méfiance
De leurs rêves déçus
Qu’il faut tant de patience
Pour puiser leur vécu
Même quand elles sont légères
Leur cœur semble si lourd
Même quand elles sont mégères
Elles ont besoin d’amour


Leur âme généreuse
S’éparpille en tendresse
Quand elles sont amoureuses
Elles débordent d’ivresse
Elles soignent leurs blessures
A coups de médisances
Car cela les rassure
Des doutes en émergence
Elles aiment être cruelles
Féroces, obstinément
Mais quand un cœur se fêle
Elles deviennent maman

Refrain

Elles sont le pain, elles sont la vie
Elles sont aussi nos plus beaux rêves
Nos désirs fous et nos envies
Elles sont de tous nos fruits, la sève
Et nos plus tendres ennemies.

2-
Elles sortent de l’enfance
Pour préserver la nôtre
Nous berçant d’insouciance
En dépit de nos fautes
Mais elles nous infligent
Des promesses à tenir
Défis qui nous obligent
Trop souvent à grandir
S’il advient qu’on défaille
Qu’on trébuche, qu’on échoue
Elles nous jugent et nous taillent
Nous blâmes, nous désavouent

Mais elles ont tant de force
Qu’elles savent pardonner
Nous recouvrir d’écorce
Et nous refaçonner
Puis elles nous admirent
Nous érigent en héros
Et soudain elles se mirent
En nos regards marauds
Elles nous deviennent muses
Elles nous deviennent armure
En lâche on en abuse
On leur fait la vie dure.

Vincent GENDRON.

Le 14-11-2008.











Les Citations

26/03/2010 16:09 par vinny53poesie

Les Citations

Ce qu’ils auraient pu écrire, je l’ai fait à leur place.

 

Par pure vanité je commencerais par moi-même :

 

Vincent Gendron a écrit :

 :

Les mots d’auteur sont l’art d’exprimer de manière plus sophistiquée tout ce que nous nous disons simplement tous les jours.

Albert Einstein a écrit :

 :

Nous ne sommes que des humains, tout ce que nous pourrons accomplir par force, ambition ou par foi au fil de la destinée qu’on nous impose, ne sera jamais que prouesse humaine à un niveau humain.

Karl Marx a écrit :

La grandeur de l’homme tient en l’espérance qu’il a de rendre le monde meilleur en oeuvrant pour la dignité de l’humanité.

Sacha Guitry a écrit :

La chance de la femme est d’avoir rencontré l’homme. La chance de l’homme est d’avoir rencontré la femme après avoir tout fait pour l’éviter.

Pierre Dac a écrit :

Au commencement était le verbe, mais n’ayant pas trouvé d’objet de complément direct, il se mit hors sujet.

Charles de Gaulle a écrit :

Les Français sont la richesse de la France, mais plus les Français sont pauvres et plus ils appauvrissent la france.

Ernest Hemingway a écrit :

 :

Les hommes sont superflus, cupides, abjects et fourbes, mais ils détiennent en eux la valeur intrinsèque qui leur donnera l’espérance insensée de vouloir se construire une nature encline à ressusciter la promesse des espérances perdues qu’ils ont engrangées au plus profond secret de leur âme.

Jack London a écrit :

Quand il ne restera sur la terre que des hommes en danger de survivre, démunis des vestiges qu’ils auront lentement dissipés, alors s’accomplira un infernal déclin de mort en avenir.

Féodor Mikkaïlovitch Dostoïevski a écrit :

Il règne en la souffrance un parfum si cruel où l’homme qui s’en croit à jamais, préservé, s’abreuve de vengeance et la violence y trouve les germes de l’horreur.

Georges Simenon a écrit :

Si les hommes se mentent c’est pour dissimuler la peur qu’ils ont de vivre en proie au quotidien, harcelés d’habitudes, craignant de perdre l’espérance d’un rêve.

Alphonse Allais a écrit :

 :

Un repas sans pain, sans vin, sans fromage et sans couvert c’est un conseil d’administration.

Jonathan Livingstone a écrit :

 :

Vue du ciel, la terre est un paradis où les hommes, les femmes et les enfants sévissent en harmonie, arpentant les détours de ce globe en conjuguant l’amour, la vie, la chance sans jamais déroger aux vertus de l’honneur.

Voltaire a écrit :

 :

Il naîtra de ce monde tant de conflits humains, de famines, de misères et des flots d’abondance de valeurs superflues, que l’homme devra grandir, parfois se surpasser afin que d’acquérir sa vraie noblesse humaine.

Victor Hugo a écrit :

 :

L’histoire aura parlé : Où que vivent les hommes en dépit de l’orgueil qui nourrit leurs péchés, il se trame en leur être une force à combattre pour un meilleur destin, nantis de ce courage qui incite à tenir la route sans jamais lâcher la main d’autrui.

William Shakespeare a écrit :

 :

Eussions-nous à rougir des fléaux de l’histoire

Qu’il nous faille sans cesse alors nous en blâmer

L’exemple de nos pères en pieux trésors de gloire

Y peut seul dissiper les saisons diffamées

Robespierre a écrit :

Nous devons apprendre de tout homme, ses idées, ses principes, ses rêves et ses projets et nous en abreuver. Il n’est d’aucune faute qui ne sera punie, ni d’aucune évidence qui ne sera admise. Seuls les grands idéaux nourrissent les grands hommes, mais les rêves secrets forgent les grands esprits, et les esprits des hommes nourrissent leurs vertus. Du manant au monarque nul homme n’est petit lorsque grand est son rêve.

 

 

 

 

 

Le Marquis de Sade a écrit :

:

L’homme naît du plaisir, il s’en désaltère, s’en repaît. La femme est germe de désir, elle assouvit sa chair du bien être qu’elle offre sans même s’y rassasier. Et l’homme s’enorgueillit du plaisir qu’il lui donne en croyant la combler.

Louis Aragon a écrit :

 :

A trop entendre les fusils

Il se fait tard en ma jeunesse

Et qu’en ce mal fou qui m’oppresse

Elle se veut pleuvoir ma vieillesse

Aux larmes de tant d’hérésies

Rudyard Kipling a écrit :

 :

De l’enfance à la mort l’homme ne sait pas grandir. Il parvient à des âges où il lui est permis de croire qu’il est adulte mais à l’heure où s’éteint son morceau d’existence il se rend compte qu’il n’est jamais sorti de l’enfance.

Pablo Neruda a écrit :

 :

La paix est une fleur que l’on arrose à l’espérance, elle se fertilise au dialogue, elle fleurit au soleil de la solidarité et pour peu que les hommes y créent des amitiés, elle ne mourra plus jamais.

Emile Zola a écrit :

La justice en ce monde ne trouvera l’équité qu’au moment où les hommes auront l’humilité de savoir reconnaître qu’ils peuvent se tromper.

Mark Twain a écrit :

 :

La grandeur de tout homme tient en sa volonté de découvrir les mystères de ce monde afin de contribuer à sa prospérité en y ajoutant sa soif de connaissance.

Confucius a écrit :

Il faut se méfier davantage du colibris que de l’éléphant, car si l’éléphant sait qu’il peut dominer, il ignore que le colibris ne le sait pas, et si le colibris ignore que l’éléphant peut le dominer alors il sera plus fort que l’éléphant, et l’éléphant deviendra soumis au colibris.

 

 

 

 

Arthur Rimbaud a écrit :

 :

Il s’éveille en un cœur une envie de combattre

A pourfendre le mal au seuil d’indifférence

A n’en jamais admettre ce qui peut l’abattre

Afin de n’exister que pour cette espérance

De toujours y voir naître une lueur de vie

Entre les bras fertiles d’une femme assouvie

 

Friedrich Nietzsche a écrit :

 :

La perversion de l’humanité découle de la moralité que la religion lui incombe. L’homme y voudrait trouver l’harmonie à la plèvre de son existence en désordre. Il se rassure en dissimulant le fardeau que ses pairs lui ont légué et se forge en cette foi grégaire qu’on veut lui infliger.

Léopold Sédar Senghor a écrit :

 :

Après avoir brisé les chaînes qui l’entravent, l’homme aura encore à se libérer de celles qu’il forge en tous ses préjugés.

Daniel Defoe a écrit :

 :

Aussi loin que l’on soit, aussi seul que l’on soit, aussi démuni que l’on soit, on trouvera toujours une âme charitable prête à nous tenir la main pour nous guider, nous soutenir, nous accompagner et nous apporter le pain qui nous permettra de poursuivre le chemin.

Martin Luther King a écrit :

Il faut nourrir ses rêves de patience et de foi afin qu’un jour ils pleuvent sur toute l’humanité pour qu’elle s’en inspire.

Marcel Pagnol a écrit :

 :

Ce serait galéjade de penser que les hommes ne mentent à leur femme que par plaisir de cacher la vérité, ils ne font qu’user de la seule manière qu’ils maîtrisent de dissimuler leur triste réalité.

Anton Tchekhov a écrit :

Les hommes se complaisent dans la lourdeur de leurs habitudes afin d’éviter de découvrir un jour que leur vie ne les rend pas heureux.

Jacques Brel a écrit :

 :

On passe toute sa vie à chercher la femme qui saura nous aimer et quand on l’a trouvé on regrette le temps où on la cherchait en croyant qu’elle nous rendrait heureux.

 

Diogène a écrit :

La grandeur de l’homme se mesure à la capacité qu’il détient de savoir se défaire de tout ce qu’il possède sans s’en croire démuni.

 

 

 

George Sand a écrit :

Il est dans l’ordre des choses que les femmes soient soumises à subir la volonté des hommes, mais l’ordre des choses n’a été établi que par les hommes et pour les hommes, loin de se soucier des besoins des femmes et encore moins de leur volonté.

Paul Eluard a écrit :

 :

Plus vite l’homme aura compris les raisons de sa présence sur terre et meilleure sera sa destinée.

Abraham Lincoln a écrit :

 

Nous devons mettre tout en œuvre afin qu’au fil de notre histoire plus aucun individu ne soit soumis à quelque esclavage que ce soit, ni qu’il soit humilié en raison de ses divergences de race, de classe ou de religion. Renouveler la moindre domesticité serait la pire régression pour l’humanité.

John Steinbeck a écrit :

La solidarité des hommes est une force qui leur permet d’ouvrir les portes de la liberté et de l’avenir. C’est aussi leur noblesse et la beauté qui leur forge une espérance au sein du travail qu’ils accomplissent ensemble.

Federico Garcia Lorca a écrit :

La liberté est un fruit qu’il faut savoir cueillir à point. Lorsqu’il est vert, il peut anéantir les enfants mais s’il est trop avancé c’est le sang des vieillards qu’il répand. A point il se veut fort de tous ceux qui le récoltent.

Lewis Carol a écrit :

 :

En cherchant le chemin de la quête du graal, on rencontre parfois des trésors de vertus, mais on y découvre toujours la vérité de soi.

Antoine De Saint Exupéry a écrit :

 :

Il faut tant de déserts traversés, d’océans survolés et de montagnes franchies pour comprendre la méconnaissance de nos esprits, la faiblesse de notre pensée et la petitesse de notre être.

 

Charles Chaplin a écrit :

t :

Faire rire n’est pas une vertu de l’esprit ni un concept de l’intellect. Cela est du à la réalité de l’individu qui agit de la façon la plus naturelle qui soit dans une situation donnée qui se veut dramatique mais dont les circonstances nous déclenchent les rires.

Socrate a écrit :

 :

Nous inscrivons en nos mémoires la volonté d’être ce que nous sommes afin de tenter de trouver la force de devenir ce que nous voulions être au moment où nous n’étions encore qu’en devenir.

Paul Claudel a écrit :

 :

Nos actes, nos pensées, nos désirs et nos rêves ne peuvent émerger que par la volonté d’un être plus puissant qui nous guide et nous incite à nous épanouir vers le plus haut niveau en vertu de la noblesse humaine.

Georges Bernard Show a écrit :

Ce qu’il peut nous arriver de pire en l’existence, c’est de comprendre un jour que tout ce qui nous est arrivé ne s’est produit que pour une seule raison : n’avoir jamais rien compris.

Agatha Christie a écrit :

 :

On a toujours raison de croire que les hommes nous restent fidèles car ils le sont la plupart du temps, au moins en pensées dans les bras de leurs maîtresses.

Molière a écrit :

A pourfendre le mal avec acharnement, il nous est trop souvent permis de nous en croire exclus, mais ses vicissitudes ont tôt fait de nous en rappeler sa présence.

Descartes a écrit :

 :

 

La vérité est une hypothèse symptomatique basée sur la réalité de la connaissance et sur l’imaginaire de la volonté circonstancielle due à l’éphémère de notre subconscient.

Oscar Wilde a écrit :

 :

L’avantage pour ceux qui se croient déjà arrivés à peine partis, c’est qu’il leur faut moins de temps avant d’en être revenu.

 

 

 

 

Paul Verlaine a écrit :

 :

Où s’en vont tous ces songes

Allongés sur nos vies

Travestis en mensonges

A leurs fins assouvies

De leur félicité.

Charles Dickens a écrit :

Quel homme saurait souffrir de la faim, de la peur, de violence et des humiliations sans se forger de haine envers ses destructeurs.

Beaumarchais a écrit :

Les fats, les gougeâts, les rustres et les pleutres ont tôt fait de se croire à l’abri des sévices. Leur cœur est trop acide et leur esprit si noir, qu’ils dédaignent qu’un jour le juste sort n’afflue aux pages de leur destinée.

Jean de Lafontaine a écrit :

Il semble aisé de rire

De ce qui nous distance

S’abreuvant de satire

Avec quelque arrogance

Mais dès lors que l’affaire

Touche nos destinés

Qui veut s’en satisfaire

De nous, sera damné

Louise Michel a écrit :

 :

Les hommes ne cultivent pas de cruauté à l’égard des femmes, ils craignent trop souvent de leur être soumis et feignent alors une supériorité excluant chaque femme dans le moindre domaine qui soit afin d’être certain de maîtriser toute chose.

Sir Arthur Conan Doyle a écrit :

 :

Le mystère de l’homme relève bien moins de tout ce qu’il exprime, qu’en ce qu’il désire taire au plus profond de son être.

Tennessee Williams a écrit :

 :

Nous vivons tous sur un fil situé au dessus du vide, il nous faut chaque jour avancer à petits pas de manière à ne pas trébucher. Si par hasard un jour il nous arrivait de tomber, nous savons qu’il nous faudrait vivre dans un abîme profond jusqu’à l’éternité.

 

 

 

Guy de Maupassant a écrit :

La terre porte les hommes, elle érige leur foi, leur force et leur courage. Ceux qui en vivent savent ce qu’ils lui doivent, voilà pourquoi ils ne cessent de lui rendre hommage en lui dédiant leur existence.

Carlo Goldoni a écrit :

Il n’est pire farce pour un homme que de se prendre au sérieux en sachant qu’il n’est que bouffon.

Léon Tolstoï a écrit :

On ne peut prédire de l’homme ni les grâces, ni les affres de son devenir, il génère lui-même les sources de son destin ; mais on peut deviner les richesses dont il abreuvera son esprit pour lui apporter toute son ampleur.

Ian Flemming a écrit :

Les véritables secrets des hommes ne sont pas à l’intérieur de ce qu’ils dissimulent mais derrière ce qu’ils veulent dévoiler.

Aristote a écrit :

Rien ne peut être admis sur l’unique hypothèse de la théorie universelle de la suprématie de l’homme sur l’animal. Seul Dieu saurait se reconnaître une quelconque supériorité sur l’être, quel qu’il soit, l’homme n’étant qu’un élément parmi d’autres de notre univers.

Blaise Pascal a écrit :

 :

 

Il est du ressort de tout être humain de pouvoir contrôler l’ampleur de ses émois, sa sagesse et ses actes, celui de Dieu étant de contrôler tous les pouvoirs des humains afin de les réduire s’il le juge nécessaire.

Sigmund Freud a écrit :

 :

L’homme s’érige de l’enfant qu’il fut en s’appuyant sur ses pulsions, ses désirs et l’intention qui le porte au sommet de son être.

Honoré de Balzac a écrit :

Chaque individu hérite de l’ancestralité en émergeant de lui-même par le biais de l’enseignement qu’il reçoit et par la force du rejet de ce qu’il refuse de devenir.

 

 

 

 

 

James Earl Jones a écrit :

Il ne faut jamais mettre un moment de bonheur sous scellé, ni le conserver sous clé. Il faut le garder près de soi de manière à pouvoir le ressortir de temps à autre, se le mettre en mémoire pour illuminer tous les instants de souffrances et de déceptions.

 

 

Colette a écrit :

Pour nous femmes, il est plus facile d’atteindre les plus lointaines constellations que devenir un être considéré pour ses valeurs au même titre que n’importe quel homme.

Edgar Allan Poe a écrit :

Si la mort effraie la plupart des gens, elle les fascine aussi par toute la noblesse qu’elle engendre dans l’immobilisme grandiose qu’elle revêt sur son tapis sanguinaire.

Montesquieu a écrit :

 :

L’homme doit tout à l’homme : son histoire, sa grandeur, son héritage, sa patrie et sa terre. Mais c’est à la femme qu’il doit l’essentiel : la Vie.

Robert Louis Stevenson a écrit :

 

Puisque nous devons vivre ensemble dans ce monde imparfait il nous faut tout partager : les chances et les désillusions, les plaisirs et les chagrins, les envies et les déceptions. Ainsi nous apprendrons à nous connaître et peut être même nous aimer.

Nicolaï Vasselitch Gogol a écrit :

Nous sommes une armée de fourmis habitée par l’angoisse de survivre en affrontant les troubles et les tourments qui nous entravent. Mais, en dépit des éléments contradictoires qui nous assaillent, nous sommes capables de tenir, nantis de cette ferveur qui nous renforce : la foi.

Descartes a écrit :

 :

Le chemin de la vie ne peut s’arrêter que lorsqu’on a accompli tous les projets qui nous étaient destinés.

 

 

 

 

 

 

Pierre Corneille a écrit :

Assaillis de partout et jonchés de blessures

Nous vécûmes cent ans de lentes meurtrissures

Il nous fallut sans cesse espérer sans déclin

Que le ciel envers nous se fût alors enclin

Et chevaucher la vie armés de nos passions

Sans entacher les êtres en leur réputation

Michel Audiard a écrit :

 :
 :

Plus t’es blindée d’artiche et plus tu te fais brosser, mais quand tu te retrouves à sec les poules qui t’ont plumé s’en vont voir d’autres coqs.

 

Miguel de Cervantès a écrit :

 :

N’est-il point singulier qu’il nous faille chercher ailleurs en devenir l’être qu’ici nous sommes de longtemps advenu.

Alexandre Dumas a écrit :

Nos querelles humaines n’ont souvent pour objet que d’atteindre celui que l’on méprise en nous afin de mieux l’éteindre.

Georges Duhamel a écrit :

 :

Que peut-on imposer de pire à deux hommes que tout pourrait rapprocher (la jeunesse, le goût de la vie, le sens de la fraternité, l’amour de la patrie) que devenir ennemis par la seule volonté d’hommes bien plus puissants qui n’auront jamais à subir les combats dans la boue, les gifles du sang des camarades tombés, les affrontements barbares, les corps déchiquetés et la peur de ne plus savoir rester humain.

Emily Dickinson a écrit :

 :

Il me prend des désirs

De grande solitude

Des instants à saisir

En plus grande amplitude

Afin de mieux apprendre

A m’aimer, me connaître

Savoir enfin comprendre

Ce monde pour l’admettre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Furtives : Un parfum de Mono

26/03/2010 14:00 par vinny53poesie

                                                                                     Un parfum de Monoï

 

 

                                                         Dur voyage qui s’éternisait à bord de ce coucou de fortune dont le bruit des réacteurs donnait sans cesse l’impression d’une panne donnant suite à un crash. Jim Stevens, le commandant de bord, sorte de baroudeur Canadien qui s’était exilé en Polynésie, tentait de rassurer ses passagers avec des plaisanteries douteuses, du genre : « Ne vous inquiétez pas, nous sommes lundi et je ne me crache jamais le lundi ». Ou encore « Cet engin est fait pour flotter, alors si on s’écrase sur l’océan vous prendrez juste une gifle sur la gueule ».Christian serrait les fesses, c’était presque son baptême de l’air, en dehors de l’avion qui l’avait amené d’Orly à Papeete, il n’était jamais monté à bord du moindre engin volant. Pourtant il ne négligeait pas la chance qu’il avait d’avoir gagné ce séjour sur l’île de Waïana. Une loterie toute bête en découpant un coupon dans un journal. Il n’avait qu’une chance sur dix mille de remporter le gros lot et voilà que la chance qui jusque là ne l’avait guère favorisé, se présentait à lui. Tout s’était bien déroulé jusqu’au départ de Papeete, ce zinc âgé d’au moins trente ans n’offrait que peu de sécurité, même si le pilote semblait savoir ce qu’il faisait, en ce qui concernait l’engin on pouvait émettre des doutes. C’est alors que se produisit une panne de moteur, Jim Stevens ne s’en émut pas pour autant, il resta calme et enjoué. « Pas grave, il en reste un » lança-t-il avec ironie, « j’ai déjà plané avec mon vieux Georges » comme il aimait à le baptiser. Ensuite il annonça qu’on allait bientôt se poser. L’étendue de macadam qui tenait lieu de piste d’atterrissage semblait sommaire et plutôt accidentée, mais l’homme connaissait par cœur les lieux et il se posa tel un échassier avec grâce et précision. En sortant de là, Christian reprit son souffle en pensant déjà à ce que pourrait être le retour, mieux ne valait pas y penser et profiter de son séjour en toute quiétude. Comme le veut la tradition Polynésienne, des vahinés les accueillaient en les couronnant de colliers de fleurs. Toutes plus belles les unes que les autres, elles s’évertuaient à distribuer des sourires commerciaux mais sincères à ces touristes qui venaient dépenser leur argent dans leurs commerces. Le jeune homme célibataire et timide ne pouvait que se réjouir de toutes ces attentions. Le car qui attendait les passagers les emmena à l’hôtel appelé « Le Vanilla », nom qui pouvait présager de la douceur des lieux. En fait il s’agissait d’un petit hôtel modeste mais accueillant qui compensait sa simplicité par de jolies tapisseries sur les murs et des chambres savamment éclairées de manière filtrée avec des parfums exotiques sans excès. De plus il était bien tenu, et l’hygiène était plus que correcte. En arrivant dans sa chambre, Christian s’affala sur le lit, oubliant totalement le garçon qui venait de lui porte ses bagages et qui tendait vainement la main. Ecrasé par le décalage horaire et les émotions causées par ce vieux « Georges », il sombra dans un profond sommeil.

Réveillé aux premières heures de la matinée et ne voulant pas perdre un instant de son court séjour, il se hâta de se vêtir après une bonne douche et sans même prendre le temps d’avaler un petit déjeuner, il se précipita vers la plage. Celle-ci semblait déserte, pas un touriste ne venait souiller cette paisible étendue de sable blanc où seul le ressac délicat faisait office de perturbateur. Quelques autochtones parmi les plus jeunes s’exerçaient à glisser sur les rouleaux encore dociles à cette heure. Christian savourait la beauté de ce spectacle qui n’avait rien de commun avec les rigueurs rustiques de son limousin natal. Bien sûr qu’il aimait sa région, ses forêts de châtaigniers aux étendues d’ombres qui drapaient le ciel aux étés les plus cinglants. Ces collines abruptes où les prés d’herbe tendre s’étalaient en tapis de Ray Gras sauvage qu’appréciaient les « Belles de Sarlat » comme les nommaient les vieux paysans quand ils parlaient de leurs vaches élégantes aux cornes majestueuses et longues dressées sur leurs têtes fines arborant fièrement leur robe café au lait. Bien sûr qu’il aimait ces hauts plateaux ouverts tels des assiettes gigantesques offrant un aperçut plongeant sur les couronnes dorées que forment ces reliefs du Massif Central; Mais ce paysage là au vent sucré embrasé d’un soleil caressant, cette mer turquoise aux vagues quasi nacrées dansant aussi joliment que toutes les vahinés, ces arbres aussi droits que les colonnes du Parthénon, allant chercher le ciel pour y percer l’azur, en ombrageant la plage pour tiédir les baigneurs, ce spectacle là le ravissait aussi.

C’est alors que surgit, venue de la forêt, une sorte de princesse, c’est du moins, ce qu’il crut. Vêtue d’un paréo aux teintes orangées des seins jusques aux cuisses, parée d’une chevelure noire ruisselante jusqu’au bas du dos, de laquelle émergeait une fleur de monoï, les pieds nus à même le sable, ainsi elle apparut. Il crut tout d’abord qu’elle se dirigeait vers lui, mais son illusion fut de courte durée, elle alla directement vers l’un des jeunes surfeurs en pressant le pas. Evidemment, elle ne l’avait même pas remarqué, pourquoi l’aurait-elle fait pensa-t-il ? D’ailleurs elle semblait bien trop occupée à gronder celui qui pouvait être son petit frère pour se soucier de ce touriste très quelconque venu du continent. Elle empoigna la main du garçon, le forçant à la suivre sans discussion. Bon sang ! Songeait Christian, au moins elle a du caractère ! Les deux « enfants » quittèrent la plage ne remarquant ni l’un ni l’autre qu’un regard les visait tout au long de leur parcours. En dépit de sa déception, le jeune homme songeait qu’il avait eu de la chance de profiter à la fois de ce décor paradisiaque et de la beauté de cette jeune « princesse » à la démarche élégante et aux formes enivrantes. Pourtant il s’en voulait de l’avoir tant dévêtu d’un regard de convoitise, mais le dénuement de la jeune femme et l’harmonie de ses courbes généreuses soigneusement mises en valeur par le voluptueux étranglement de son vêtement, ne permettaient pas d’ignorer sa beauté.

Si sa première nuit n’avait été qu’un long ruban ininterrompu, en revanche la seconde revêtait des allures de voyage en train parsemé de nombreux arrêts en gare. Chaque fois qu’il se réveillait, un visage lui apparaissait, étendant les largesses de sa douceur, de son sourire au regard bienveillant et de son corps nu. Tous ses sens s’enfiévraient, son corps se raidissait et son front suintait de sueur. Il commençait à nourrir un fantasme, sur une jeune femme qu’il n’avait fait qu’apercevoir quelques minutes. La honte l’étreignait. Comment pouvait-il éprouver tant de désir vis-à-vis d’une femme qu’il ne connaissait même  pas. Il se sentit satire, pervers, obsédé, violeur … Il lui fallait coûte que coûte la revoir afin de définir la réalité de ses fantasmes. Se souvenant que bon nombre de fois il s’était vu déçu en rencontrant l’image de ses désirs pour la seconde fois. Il se hasarda à nouveau sur la plage, hélas, celle-ci était déserte. Plus d’enfant jouant avec les vagues et donc plus de sœur pour venir le chercher. Le ciel revêtait son manteau gris fourré de nuages pesants, le vent amenait peu à peu les graines de pluie qui s’épaississaient peu à peu jusqu’à en devenir insupportable au point que Christian s’efforça de chercher refuge dans le premier abri qu’il put trouver. C’était une cabane de gamins désaffectée mais qui offrait l’avantage d’un toit étanche et imperméable. Oubliant sa chemise et son bermuda trempés, Christian s’évada dans ses pensées délicieuses qu’il jugeait malsaines. Son esprit effeuillait ce corps envoûtant, lui parcourait les formes du bout des doigts, se délectant du goût de sa peau, de ses seins, allant même jusqu’à se repaître de ses sillons intimes. La honte lui empourprait le visage, ses mains tremblaient, son front suintait. Comment pouvait-il ? Ce n’était pas la première fois qu’il nourrissait un tel fantasme, mais il ne s’était jamais enfiévré pour une femme bien réelle. Depuis sa rupture avec Sophie, sa compagne d’adolescence qu’il avait gardé jusqu’à ce Noël pénible où la fête s’était transformée en règlement de compte, lorsqu’elle apprit qu’il l’avait trompé un an auparavant avec une étudiante de passage. En dépit des milliers de « pardon » implorés, des genoux à terre, et des « je t’aime » répétés les yeux mouillants, Sophie l’avait abandonné sans concession à son sort de minable infidèle. Par la suite l’amour le dégoûtait, les femmes même ne l’attiraient plus en dehors des créatures sublimes et retouchées des magazines dont s’abreuvent les hommes seuls et désespérés. Pourtant celle qui remplissait ses pensées au point de l’obséder était bien réelle et cela le rendait malade d’angoisse. Comme il souffrait de ne pas la voir à cet instant ! Mais en admettant qu’elle se présente à son regard, que pourrait-il faire ? Et si par on ne sait quel miracle elle lui parlerait, il se sentait incapable de prononcer autre chose que d’incompréhensibles syllabes. « Mon Dieu ! (Pensait-il), suis-je un idiot que de me griser d’une jeune fille à la fois trop belle, trop bien et surtout beaucoup trop jeune pour moi ! »
Son esprit le torturait, il voulait l’oublier. Non la voir. Non la regarder, l’admirer, la caresser, l’embrasser. Ne surtout pas la voir, l’effacer de ses pensées maladives et salasses. Enfin la voir un peu, sans se faire remarquer, juste pour la beauté de son visage de son corps ! Oui de son corps, c’était surtout cela qui importait ! D’ailleurs avait-il seulement remarqué son visage, ses yeux, la forme de ses joues hâlées, la taille de son nez, la finesse de ses traits ! Oui bien sur que rien de son être ne lui avait échappé, tout en elle semblait parfait. Ce combat de l’émerveillement et du désir n’offrait pas le moindre répit. Il ne se souciait même plus de l’intérêt de son voyage, ni de la chance qui l’avait amené à en arriver là. La pluie avait cessé depuis plus d’un quart d’heure qu’il en était encore à se déchirer d’effroi. Soudain comme un cadeau inattendu, quelqu’un s’approcha de lui et il entendit une voix chaude et belle lui demander :
n Pardon Monsieur, vous n’avez pas aperçu un garçon de onze ans dans le coin ?
n Euh !... Non désolé !
n Bon tant pis ! Je ne sais pas où il est encore parti ce petit crétin !
n Oh, je peux vous aider à le rechercher ? C’est votre…
n Mon petit frère, Kévin, il faut toujours qu’il s’enfuie aux heures des repas ! Mais je ne voudrais pas vous déranger !
n Non ! Je n’ai rien d’autre à faire !
n C’est gentil, merci ! Vous êtes en vacances ?
n Oui et non, j’ai gagné un voyage !
n Ah ! C’est cool, vous venez de Paris ?
n Non, de Limoges enfin la région !
n Ah ! C’est où, c’est loin de Paris ?
n Oui, plusieurs centaines de kilomètres !
n Ah ok ! Je ne suis jamais parti d’ici et je ne connais rien à part mon île et Papeete !
n C’est magnifique chez vous, un vrai paradis !
n Ho ! je suppose que vous avez lu tous les prospectus des agences, mais c’est loin d’être ce qu’on en dit !
n Ah pourquoi ?
n On a le soleil et la mer, c’est vrai, mais la vie est très chère et les gens sont pauvres ici et il n’y a presque pas de travail !
n Alors vous faites quoi pour vivre ?
n Ben moi, je vais à l’école le matin et après je travaille au marché et puis je fais des ménages chez des riches propriétaires, sinon je m’occupe de mon petit frère mais ça ne rapporte pas d’argent ça !
n A l’école ? Vous avez quel âge ?
n Quinze ans pourquoi ?
n Ah ! je …je vous croyais plus…
n Vous pensiez que j’avais plus ! Vous me donnez combien ?
n Dix huit, dix neuf …
n C’est marrant tout le monde me dit ça !
Christian se sentit mal. Le fait d’avoir de mauvaises pensées à l’égard d’une femme l’horrifiait déjà mais à la pensée qu’il s’agissait d’une enfant il s’écœurait ! Le surnom de salaud, de monstre pédophile, de violeur d’enfant s‘appliquait à ce qu’il était. Il frissonnait encore en regardait cette jolie fée qui lui parlait en s’allumant du plus beau des sourires, dans un regard étincelé de mille diamants. Il se surprit à respirer, à souffler comme si tout à coup la vertu avait remplacé l’horreur des pensées vagabondes et malsaines. L’écouter, la voir, la savoir à ses côtés devenait alors un bonheur tendre et serein où il faisait bon vivre. Plus rien ne comptait à présent que le souffle caressant d’un alizé nanti de sa tiédeur, le grondement des vagues roulant au travers d’une écume salée, et la présence rassurante et apaisante de cette jeune fille qui lui racontait sa vie simple mais avec ses mots inconscients et légers. Emergeant d’un fourré, Kévin apparut et la jeune fille le gronda comme elle en avait l’habitude. Christian souriait, se détendait, rassuré, il venait de découvrir la joie douce et fragile d’un cœur pur, oubliant presque les contours enivrants qui l’avaient placé dans un tel état.



FIN